RG-8 Directives réglementaires : Contaminants dans les aliments du bétail (anciennement RG-1, chapitre 7)

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Table des matières

Section 1 : Mycotoxins dans les aliments du bétail

Certaines moisissures du grain sont reconnues comme étant une source de toxines pouvant avoir un effet nuisible si présentes dans les aliments du bétail.

Les fabricants d'aliments du bétail doivent se rappeler qu'en vertu de la section 3 (3) de la Loi relative aux aliments du bétail, ils sont responsable de la salubrité des aliments du bétail qu'ils produisent.

Fiche de renseignements - Les mycotoxines

L.L. Charmley and H.L. Trenholm, AgReTech

Introduction

Les mycotoxines sont des métabolites secondaires produits par diverses moisissures sur plusieurs produits agricoles dans certaines conditions environnementales. On estime qu'au moins 25 % des grains produits chaque année dans le monde sont contaminés par des mycotoxines. Dans les climats tempérés comme au Canada, les mycotoxines les plus préoccupantes sont les trichotécènes (déoxynivalénol (DON), nivalénol (NIV), toxine T-2 et toxine HT-2), la zéaralénone (ZEN), les fumonisines (FB), surtout la fumonisine B1 (FB1), les ochratoxines, surtout l'ochratoxine A (OA) et l'ergot. Par ailleurs, les aflatoxines (AF) constituent un problème dans les aliments de l'homme et des animaux importés de régions tropicales et subtropicales plus chaudes. Au Canada, on observe surtout des mycotoxines sur les céréales et le maïs, mais on signale parfois leur présence sur d'autres cultures, comme la luzerne et les oléagineux, et dans des aliments tels le café, le cacao, le riz, la bière et le vin. Avec les techniques d'analyse qui deviennent plus sensibles et d'utilisation plus courante, on signalera sans doute de plus en plus la contamination de divers produits et également l'apparition de nouvelles mycotoxines.

Effets toxiques sur les humains et les animaux

La plupart des études de toxicité ont trait à l'ingestion d'aliments contaminés, mais l'inhalation et l'exposition cutanée peuvent également être à l'origine de signes de toxicité.

Les effets toxiques des nombreuses mycotoxines, notamment celles que l'on rencontre le plus communément, sont bien documentés chez plusieurs espèces animales et chez l'homme. Les symptômes des nombreuses mycotoxicoses sont nombreux et varient souvent selon l'espèce, le sexe, l'âge, le stress, l'état de santé et l'état reproductif de l'animal. Ainsi, on observe le refus de s'alimenter et des vomissements (DON); une atteinte de la fonction de reproduction et une réduction de la fertilité (ZEN, DON, toxine T-2); une néphrotoxicose (OA, FB); une neurotoxicose (FB); une pneumopathie (FB); une hépatotoxicose (FB); le cancer (AF, OA, FB) et la mort (AF, toxine T-2, FB, OA). Les recherches ont démontré les effets subtils de la contamination par des mycotoxines, notamment une atteinte de la fonction immunitaire avec une résistance moindre aux infections et aux maladies (DON, AF, OA) et une diminution de la performance de l'animal (DON, AF, toxine T-2, OA). Le premier effet augmente la probabilité de la transmission de pathogènes comme les salmonelles dans la chaîne alimentaire. Récemment, on a observé que les FB inhibent la biosynthèse des sphingolipides. On pense que cette voie biosynthétique serait un indicateur sensible de l'exposition alimentaire aux FB.

Lorsque le régime alimentaire d'une espèce animale tolérant une certaine mycotoxine est contaminé, il est possible que la toxine se retrouve dans des produits de l'animal, comme le lait ou la viande, destinés à la consommation humaine. En outre, les sous-produits de certains procédés alimentaire peuvent être très contaminés par certaines mycotoxines et peuve0nt être responsables de graves effets lorsqu'on les incorpore à l'alimentation d'espèces particulièrement sensibles aux mycotoxines ou toxines présentes. Dans ces deux cas, il faut être vigilant et prendre des précautions pour assurer l'innocuité des produits pour les humains et les animaux.

Dans les conditions naturelles, il est peu probable d'observer des mycotoxines isolées; on trouvera plus communément un ensemble de contaminants. En outre, la combinaison de plusieurs produits dans la fabrication des aliments pour animaux peut réunir différentes mycotoxines et exacerber le problème. Certaines mycotoxines, lorsqu'elles sont réunies, produisent un effet synergique, et certaines ont un effet additif sur la santé ou la performance d'un animal. Le type d'interaction dépend non seulement de la combinaison particulière de mycotoxines, mais également de l'espèce animale touchée. En outre, la réaction d'un animal à un aliment contaminé par une mycotoxine peut être aggravée par d'autres facteurs comme la disponibilité ou la carence d'éléments nutritifs, ou encore la présence de facteurs agressifs du milieu (température, entassement, etc.).

Prévention

Certaines pratiques de gestion permettent de réduire la contamination par les mycotoxines :

  • Limiter les dommages causés par les oiseaux et les insectes, car les moisissures ont tendance à envahir plus facilement les grains endommagés que les grains intacts.
  • Récolter les grains le plus tôt possible. Les moisissures comme Fusarium se développent rapidement dans des conditions humides.
  • Sécher et entreposer adéquatement les grains pour empêcher la croissance des moisissures et la production de mycotoxines après la récolte.
  • En présence de maïs dont la teneur en eau est élevée, veiller à ce que les conditions d'ensilage demeurent anaérobiques pour limiter la croissance des moisissures et la contamination par les mycotoxines. Les moisissures ne peuvent pas croître dans des conditions anaérobies strictes.
  • Utiliser la rotation des cultures pour réduire la persistance des moisissures d'une année à l'autre.
  • Éviter de cultiver des plantes qui peuvent être susceptibles à une infestation de moisissures dans les champs avoisinants là où la maladie peut se répandre d'une culture à l'autre.
  • En cas de contamination, les spores de moisissures et les mycotoxines sont souvent concentrées dans les fines et les poussières de grain. On recommande à ceux qui manipulent le grain de porter un masque pour éviter d'inhaler et d'ingérer la poussière.

Une des meilleures stratégies pour éliminer ou réduire la contamination par les mycotoxines consiste à développer avant la récolte une résistance de la plante hôte à l'infestation par les moisissures et à la production de mycotoxines dans la récolte. Des progrès en ce sens ont été enregistrés concernant la résistance à une infestation par Aspergillus et à la contamination par les AF chez le maïs, à une infestation par Fusarium et à la contamination par le DON chez le blé et à une infestation par Fusarium et à la contamination par les FB chez le maïs. On étudie présentement des stratégies de modification génétique et de sélection d'hybrides naturellement résistants à l'infestation par les moisissures et à la contamination par les mycotoxines. Les résultats prometteurs indiquent que, dans certaines conditions, les modifications génétiques consistant à conférer une résistances aux insectes, aux moisissures et aux mycotoxines peuvent accroître la salubrité des produits destinés à la consommation humaine et animale, comme le maïs.

Dans le cadre du Programme national d'inspection des aliments du bétail, 300 échantillons environ font l'objet chaque année d'une analyse du DON, de la FB1, de la toxine T-2, de la toxine HT-2, du diacétoxyscirpénol (DAS), de la ZEN et de l'OA. En outre, on surveille les AF (mycotoxines pas encore détectées dans les cultures canadiennes) dans le maïs importé de régions au climat plus sec et plus chaud, comme le sud des É.-U. Il existe également un programme de surveillance des mycotoxines qui sert à étudier les poussées de mycotoxines.

Seuils d'intervention

La FAO a publié dans la série Études FAO : Alimentation et nutrition, une étude détaillée de la réglementation et des directives relatives à plusieurs mycotoxines dans divers pays (FAO, Food and Nutrition Paper 81, 2003). Les tableaux 1 et 2 renferment les tolérances recommandées pour plusieurs mycotoxines tirées de règlements ou de directives (Canada et É.-U. seulement).

Au Canada, les concentrations d'AF dans les aliments pour les humains et les animaux sont réglementées, et le DON et la toxine HT-2 font l'objet de directives (voir tableau 1). En outre, bien qu'une réglementation ou des directives protègent les consommateurs de nombreux pays contre les effets néfastes des AF dans les aliments pour les humains et les animaux, les concentrations maximales admissibles varient beaucoup d'un pays à l'autre, tout comme les directives ou les réglementations relatives à d'autres mycotoxines, lorsque de telles directives ou réglementations existent.

Plusieurs agences internationales tentent présentement d'en arriver à une normalisation des concentrations réglementaires de mycotoxines à l'échelle internationale. C'est une tâche très difficile dans le mesure où il faut tenir compte de nombreux facteurs avant d'adopter des normes d'application de la réglementation. Outre les facteurs scientifiques, comme l'évaluation du risque (données d'exposition et toxicologiques) et la précision des analyses, des facteurs économiques et politiques, comme les intérêts commerciaux de chaque pays et la nécessité de disposer continuellement d'un approvisionnement alimentaire suffisant, ont également un rôle à jouer dans le processus décisionnel. L'ensemble du processus se complique du fait que les seuils d'intervention n'ont trait qu'à une seule mycotoxine, mais qu'en réalité on a souvent affaire à plusieurs mycotoxines dans un produit contaminé, ce qui pourrait nécessiter un seuil d'intervention différent (plus bas). La mesure de la toxicité des diverses associations de mycotoxines que l'on retrouve dans la nature est une tâche énorme, probablement impossible à réaliser, d'autant plus que des mycotoxines non0 encore élucidées peuvent être présentes dans ces mélanges. En outre, des facteurs nutritionnels, le type de gestion, l'environnement et l'espèce peuvent contribuer à l'effet d'une association de mycotoxines sur la santé animale et humaine.

Néanmoins, ces obstacles n'ont pas empêché la plupart des pays de l'Union européenne de s'entendre sur une politique normalisée de réglementation de la concentration des AF dans différents aliments et ingrédients alimentaires (FAO, Food and Nutrition Paper 81, 2003).

On a proposé une norme universelle de 15 µg/g d'AF totales dans les aliments. Toutefois, des pays dont les normes sont plus sévères à cause du pouvoir cancérogène de ces toxines n'accepteront probablement pas cette valeur. Les problèmes liés à l'adoption d'une législation à cet égard ont trait aux carences propres à l'analyse de ces substances (manque de reproductibilité des résultats, échantillonnage non homogène et peu représentatif et manque d'expertise des laboratoires).

Idéalement, il faudrait éliminer les mycotoxines de la chaîne alimentaire, mais c'est pratiquement impossible. Les seuils de tolérance présentés à titre de directives dans les tableaux 1 et 2 sont basés principalement sur des études portant sur des toxines individuelles. Des recherches plus poussées sur les interactions des mycotoxines les unes avec les autres et avec d'autres facteurs environnementaux et nutritionnels permettront de valider et éventuellement de modifier ces directives.

Détoxication

La poussière de grain et les grains ratatinés plus légers peuvent être plus fortement contaminés par les mycotoxines. Par conséquent, on peut réduire la contamination en éliminant la poussière et les grains plus légers par une méthode de séparation faisant appel à la densité. On peut réduire la contamination en surface par trempage, décorticage ou nettoyage des grains à l'air forcé. Le rôtissage peut réduire la concentration des mycotoxines en brûlant les contaminants en surface et en éliminant les toxines et autres métabolites de moisissure volatiles et thermolabiles.

On peut également réduire les concentrations de mycotoxines et leurs effets sur les animaux en augmentant la concentration nutritionnelle des aliments et en évitant de donner des produits contaminés aux espèces d'animaux sensibles.

Tableau 1. Concentrations maximales admissibles d'aflatoxines ayant force de loi et directives réglementaires concernant d'autres mycotoxines dans certains aliments pour les humains et les animaux et les produits laitiers. D'après « Worldwide regulations for mycotoxins, FAO, Food and Nutrition Paper 64, 1997. »
Mycotoxines Produit Canada Produit É.-U
Déoxynivalénol (mg/kg) Blé tendre non nettoyé pour la consommation humaine 2 Produits de blé finis 1
Déoxynivalénol (mg/kg) Rations pour bovins et volaille 5 Grains et sous-produits de grains destinés aux bovins de boucherie en parc d'engraissement de plus de 4 mois et aux poulets (ne dépassant pas 50 % de la ration totale des bovins ou des poulets) 10
Déoxynivalénol (mg/kg) Rations pour porcs, jeunes veaux et animaux laitiers en lactation 1 Grains et sous-produits de grains (ne dépassant pas 40 % de la ration) 5
Déoxynivalénol (mg/kg) Grains et sous-produits de grains destinés aux porcs (ne dépassant pas 20 % de la ration) 5
Toxine HT-2 mg/kg
(ppm)
Rations pour bovins et volaille 0,1
Toxine HT-2 mg/kg
(ppm)
Rations pour animaux laitiers 0,025
Aflatoxines µg/kg
(ppb)
Produits de noix pour consommation humaine 15 Tous les aliments 20
Aflatoxines µg/kg
(ppb)
Aliments pour animaux 20 Produits laitiers (AFM1) 0,5
Aflatoxines µg/kg
(ppb)
Ingrédients alimentaires 20
Aflatoxines µg/kg
(ppb)
Tourteau de coton destiné aux bovins, aux porcs ou à la volaille adulte (peu importe l'âge ou l'état de reproduction) 300
Aflatoxines µg/kg
(ppb)
Produits de maïs et d'arachide destinés aux bovins de boucherie de reproduction, aux porcs et à la volaille adulte 100
Aflatoxines µg/kg
(ppb)
Produits de maïs et d'arachide destinés aux porcs de finition de 100 lbs ou plus 200
Aflatoxines µg/kg
(ppb)
Produits de maïs et d'arachide destinés aux bovins de boucherie de finition 300
Tableau 2. Seuils de tolérance recommandés (mg/kg) pour plusieurs mycotoxines au Canada et aux É.-U.
Mycotoxine Seuils de tolérance recommandés au Canada : Directives aux États-Unis
Diacétoxyscirpénol (DAS) Aliments pour porcs < 2
Aliments pour volaille < 1
Toxine T-2 Aliments pour porcs et volaille < 1
Zéaralénone (ZEN) Rations pour jeunes truies < 1 - 3
Rations pour vaches 10 (1,5 si autres toxines présentes)
L'industrie porcine s'est déclarée préoccupée par les concentrations de 0,25 - 5 dans les rations pour moutons et porcs
Ochratoxine A (OA) Rations pour porcs (lésions aux reins) 0,2
Rations pour porcs (gain de poids réduit) 2
Rations pour volaille 2
Ergot Teneur maximale en alcaloïdes des aliments :
Bovins, moutons, chevaux 2-3
Porcs 4 - 6
Poussins 6 - 9
Fumonisine Alimentation animaleNote de bas de page 1
Ration totale des chevaux et lapins 1
Ration totale des porcs 10
Ration totale des bovins, moutons, et chèvres de plus de 3 mois 30
Ration totale des reproducteurs chez les ruminants et la volaille 15
Ration totale de la volaille destinée à l'abattoir 50
Alimentation humaineNote de bas de page 2
Produits de maïs dégermé moulu à sec, 2
Son de maïs moulu à sec, 4
Maïs nettoyé, pour masa, 4
Maïs nettoyé, pour maïs à éclater, 3

Notes de tableau

Note de tableau 1

D'après le Center for Veterinary Medicine/Food and Drug Administration Draft report, 24 février 2000.

Retour à la référence de la note de tableau 1

Note de tableau 2

D'après le Center for Food Safety and Applied Nutrition/Center for Veterinary Medicine, Food and Drug Administration, 9 novembre 2001.

Retour à la référence de la note de tableau 2

Contact

Division des aliments pour animaux
Agence canadienne d'inspection des aliments
59, Promenade Camelot
Ottawa (Ontario) K1A 0Y9

Références

Charmley, L.L., et Trenholm, H.L. Mars 2000. A Review of Current Literature on Mycotoxins and Their Regulations. (Unpublished review for Canadian Food Inspection Agency, Government of Canada).

Charmley, L.L., Trenholm, H.L., et Prelusky, D.B. 1995. Mycotoxins: their origin, impact and importance: insights into common methods of control and elimination. In: Biotechnology in the Feed Industry, Proceedings of Alltech's Eleventh Annual Symposium. T.P. Lyons et K.A. Jacques (Eds) pages 41-63.

Charmley, L.L. et Prelusky, D.B. 1994. In: Mycotoxins in Grain. Compounds Other than Aflatoxin. Miller, J.D., et Trenholm, H.L. (Eds) Eagan Press, St. Paul, MN, USA pages 421-435.

Plant Products Division, National Feed Inspection Programs, 1996-1997 (1-3-93).

Trenholm et al., 1982. Vomitoxine et zéaralénone dans les aliments du bétail. Agriculture Canada, publication 1745F.

Trenholm et al., 1988. Réduction des mycotoxines dans les aliments destiné aux animaux. Agriculture Canada, publication 1827F.

Underhill, L. Fiche technique - Les mycotoxines. Programme d'inspection sur les mycotoxines. Septembre 1996.

Section 2 : Niveaux d'intervention relatifs aux dioxines, furanes, biphényles polychlorés (BPC) de type dioxine, et BPC totaux présents dans les aliments du bétail

L'ACIA procède périodiquement à des enquêtes sur les aliments du bétail afin de détecter les polluants de l'environnement qui pourraient avoir une incidence sur la sécurité de la chaîne de production alimentaire et sur la santé des animaux. Depuis 1998, les types différents des aliments du bétail et des ingrédients des aliments du bétail ont été recensé visant à déterminer leur teneur en dioxines, furanes et biphényles polychlorés (BPC). On a ainsi estimé que, pour les humains, les aliments sont la principale source d'exposition aux dioxines, aux furanes et aux BPC, 90 % de ces substances provenant des aliments d'origine animale (Fürst, Beck et Theelen, 1992). Les estimations indiquent aussi que 80 % de ces contaminants des produits d'origine animale proviennent des aliments du bétail. Les résultats des enquêtes initiales et l'analyse des publications scientifiques pertinentes nous amènent à considérer que les farines de poisson, les huiles de poisson, les aliments pour poissons et les ingrédients minéraux constituent des sources potentielles de ces contaminants, et, à ce titre, ont été surveillés dans le cadre du Programme de surveillance des dioxines, des furanes et des BPC. Les résultats de l'échantillonnage ont été compilés et l'on a déterminé les concentrations de base de dioxines, de furanes et de BPC.

Les dibenzo-p-dioxines polychlorées (PCDD) et les dibenzofuranes polychlorés (PCDF), souvent appelés tout simplement « dioxines », se forment au cours de la fabrication des hydrocarbures chlorés et risquent donc de se retrouver sous forme de contaminants dans les BPC, les pesticides organochlorés et les herbicides phénoxyacides. Les procédés de blanchiment faisant intervenir du chlore peuvent aussi entraîner la formation de dioxines. Des dioxines se forment également lors de la combustion de matières organiques en présence de chlore et sont donc présentes dans les cendres volantes des incinérateurs; les feux de forêts en produisent naturellement. Les PCDD et les PCDF sont très persistants dans l'environnement et sont considérés comme des polluants omniprésents. On les retrouve à de très faibles concentrations chez tous les organismes vivants, et ils peuvent être bioaccumulables dans les chaînes alimentaires en raison de leur caractère lipophile.

Selon le degré de chloration (1 à 8 atomes de chlore) et les substitutions, il est possible de distinguer 75 PCDD et 135 PCDF : on leur donne le nom de « congénères ». La toxicité des congénères de la dioxine varie considérablement. Parmi les 210 congénères connus, seuls 17 sont considérés toxiques, et l'analyse des « dioxines totales » effectué par l'ACIA est fondée sur la concentration combinée de ces 17 congénères de dioxine et furane. L'exposition et les teneurs en résidus chimiques sont exprimées en équivalents toxiques (TEQ) du congénère le plus toxique, soit la 2,3,7,8-tétrachloro-dibenzo-p-dioxine (2,3,7,8-TCDD), ce qui permet de comparer les résultats des analyses.

Le Centre International de Recherche contre le Cancer (CIRC) a classé la 2,3,7,8-TCDD comme cancérogène du groupe 1, c'est-à-dire cancérogène pour les humains. Chez les animaux de laboratoire, les effets observés comprennent endométriose, troubles du comportement et du développement, effets sur la reproduction et immunotoxicité. Les effets biochimiques et toxicologiques de l'exposition aux dioxines sont fonction de la concentration dans les tissus et non de la dose. Ils sont donc les mêmes, que l'absorption se fasse par fortes doses sur une courte période ou petites doses sur une longue période.

Les BPC aussi sont considérés comme des polluants persistants. Ils diffèrent des PCDD et des PCDF dans la mesure où ils ont été intentionnellement fabriqués pour être utilisés dans les transformateurs, les isolateurs, les condensateurs, etc., alors que les dioxines et les furanes sont produits involontairement comme sous-produits non désirés. Les BPC comprennent 209 congénères différents et l'analyse des « BPC totaux » effectué par l'ACIA est fondée sur la concentration combinée de 72 des 209 congénères individuels de BPC. Certaines des 209 congénères, du fait de leur structure chimique et de leur activité biologique, sont considérés comme étant « de type dioxine ».

Il est également possible d'exprimer l'exposition aux 12 à 14 BPC de type dioxine les plus toxiques en équivalents toxiques (TEQ). En 1977, la fabrication et l'importation de BPC ont été interdites en Amérique du Nord, et les BPC encore utilisés dans les applications électriques sont en train d'être éliminés progressivement.

Remarque : À partir de ce point-ci dans cette section, le terme « dioxines » désigne les dioxines (PCDD), furanes (PCDF) et BPC de type dioxine. L'ACIA calcule les dioxines totales, y compris les BPC de type dioxine, par utiliser la mode internationale standardisée d'établissements de rapports de TEQ-OMS (équivalents toxiques - Organisation mondiale de la santé) avec les facteurs d'équivalence de la toxicité (FET) approprié de l'OMS de 1998 (Van den Berg et coll., 1998). Cette méthodologie peut servir au dosage de 7 congénères de la dioxine, 10 congénères du furane et 12 congénères des BPC de type dioxine. Toutes les données et tous les niveaux d'intervention (sauf pour BPC totaux) dans le reste de cette section sont exprimés utilisant la terminologie de TEQ-OMS.

Les méthodes d'analyses acceptables y compris une système de purification par extraction (extraction liquide-liquide ou extraction par Soxhlet) et l'utilisation de la chromatographie en phase gazeuse avec la spectrométrie de masse à haute résolution. Ça c'est la méthode utilisée par la laboratoire de l'ACIA pour l'analyse des échantillons. La méthode XDS-CALUX®, numéro 4435 de l'Environmental Protection Agency (EPA) des États-Unis, a été examiné et est une méthode de sélection acceptable pour les minéraux. Si les autres méthodes d'analyse sont utilisées, il faut que les méthodes soient premièrement examinés par la laboratoire de l'ACIA pour déterminer si les résultats sont acceptables.

Sur la base des données résultant de l'analyse des échantillons prélevés dans le cadre du Programme de surveillance, des niveaux d'intervention ont été établis pour l'ensemble des dioxines présentes dans les farines de poisson, dans les huiles de poisson, dans les aliments pour poissons, dans les minéraux, dans les complexes minéraux, dans les macro-prémélanges et dans les antimottants (voir le tableau 3). Sur la base des résultats des échantillons, l'ACIA a aussi réexaminer son niveau d'intervention pour les BPC totaux dans les huiles marinesNote de tableau 3 utilisé comme ingrédient dans les aliments du bétail (voir le tableau 4).

Ces niveaux d'intervention sont considérés comme provisoires. Ils pourraient être abaissés dans l'avenir, dans le souci constant de réduire les sources superflues de contaminants dans les aliments d'origine animale. Cette approche concorde avec la politique de l'ACIA destinée à détecter et à éliminer les sources de contaminants présentes dans la chaîne de production alimentaire.

Les fabricants d'aliments du bétail se voient rappeler leur responsabilité de produire des aliments sans danger pour tous les animaux d'élevage et de prévenir l'introduction de contaminants dans la chaîne de production alimentaire par l'entremise d'aliments d'origine animale.

Tableau 3. Sommaire des niveaux d'intervention applicables aux dioxines totales, furanes totaux et des BPC de type dioxine totaux
(ng OMS TEQ/kg) dans différents ingrédients d'aliments du bétail.
Ingrédient d'aliments du bétailNiveau d'intervention
ng OMS TEQ/kg
Farine de poisson 3
Huile de poisson 16
Aliments pour poissons 6
Minéraux, complexes minéraux,
macro-prémélanges et antimottants
1,5
Huiles végétales

Par exemple :

  • Huile végétable (palme)
  • Huile végétable (palme) hydrogénée

Sous-produits de la fabrication d'huile végétale

Par exemple :

  • Sels calciques d'acides gras
  • Distillats d'acides gras de palme, fractionnés
  • Distillat d'acides gras d'huile de palme hydrogénée
  • Acide palmitique (C16:0) de palme
0,75 (pour les dioxines et furanes seulement)
1,5
Tableau 4. Niveau d'intervention applicable aux BPC totaux (mg/kg) dans les huiles marines.
Ingrédient d'aliments du bétailNiveau d'intervention
(mg/kg)
Huiles marines 0,3

Note de tableau

Note de tableau 3

Dans le cadre de la présente section, les huiles marines sont définies comme huiles des sources marines approuvés (p. ex., huile de poisson, huile de mollusque), qui sont inscrites dans les Annexes IV et V du Règlement sur les aliments du bétail.

Retour à la référence de la note de tableau 3

Références

Fürst, P. Beck, H., et Theelen, R.M.C. Assessment of human intake of PCDDs and PCDFs from different environmental sources. Toxic Substances Journal, no 12, p. 133-150, 1992.

Van den Berg et coll. Review: Toxic Equivalency Factors (TEFs) for PCBs, PCDDs, PCDFs for humans and wildlife. Environmental Health Perspectives, no 106, p. 775-792, 1998.

Fiche de renseignements - L'ACIA recommande de ne pas utiliser de bois ayant subi un traitement chimique à proximité des animaux et des aliments du bétail

L'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) recommande aux éleveurs à l'échelle du Canada de ne pas utiliser de structures en bois traité avec des produits chimiques à proximité des animaux destinés à l'alimentation humaine ou des aliments du bétail. En effet, la présence de teneurs potentiellement nuisibles en produits chimiques peut permettre la contamination de produits animaux, comme la viande, le lait ou les oeufs, par le bois ainsi traité.

Dans le cadre de son programme de surveillance des résidus, l'ACIA a détecté des teneurs en dioxines supérieures aux teneurs naturelles dans du lait cru provenant de deux exploitations laitières de la Colombie-Britannique. Santé Canada est d'avis que les teneurs en dioxines détectées ne présentent pas de risque immédiat pour la santé. Toutefois, cette situation a déclenché la prise de mesures visant à retracer et à éliminer la source de la contamination, conformément à l'approche du Canada en matière de gestion des dioxines dans l'approvisionnement alimentaire. Des processus naturels et industriels libèrent des dioxines et ces dernières se retrouvent donc en faible concentration dans la chaîne d'alimentation des humains à l'échelle du globe.

L'enquête a montré que le bois traité avec des produits chimiques qui est utilisé dans la fabrication de certaines fosses d'ensilage (contenants d'aliments des animaux) peut être la principale source des dioxines détectées. Il a été démontré que l'exposition à du bois traité avec des produits chimiques comme le pentachlorophénol (PCP) occasionne des teneurs en dioxines supérieures aux teneurs naturelles dans les aliments du bétail; ces dioxines sont ensuite transmises aux produits animaux. Le suivi exercé après l'application de mesures de prévention a révélé une baisse des teneurs en dioxines.

Les éleveurs ne devraient pas entreposer d'aliments du bétail dans un endroit où ceux-ci risquent d'entrer en contact avec des structures en bois ayant subi un traitement chimique. De surcroît, les animaux ne devraient pas pouvoir entrer en contact avec du bois traité avec des produits chimiques, dont la sciure et les copeaux de bois qui peuvent servir de litière. À tout le moins, les parois des fosses d'ensilage fabriquées avec ce type de bois devraient être recouvertes à l'intérieur d'une bâche de plastique et de bois non traité. Il est recommandé de porter des gants lorsque l'on manipule du bois traité et d'éliminer les débris conformément aux règlements provinciaux, territoriaux et municipaux.

Section 3 : Utilisation du violet de gentiane dans les aliments du bétail

La Division des aliments pour animaux a ré-évalué l'innocuité du violet de gentiane pour l'alimentation du bétail.

Sur la base des informations disponibles, il a été décidé de retirer l'approbation de cet ingrédient. L'information reçue ne prouve pas de façon satisfaisante l'innocuité de violet de gentiane lorsqu'utilisé à un niveau de 4 ppm dans les aliments.

Comme le violet de gentiane sera retiré de la liste des ingrédients permis dans les aliments du bétail, tous les enregistrements pour les produits contenant cet ingrédient ont été annulés. Des actions réglementaires seront entreprises pour tous les produits contenant du violet de gentiane et qui seront disponible après le 30 juin, 1992.

Section 4 : Contaminants métalliques

L'ACIA contrôle régulièrement les aliments destinés aux humains et les aliments du bétail afin d'y détecter d'éventuels contaminants qui pourraient compromettre la salubrité de la chaîne des aliments destinés à la consommation humaine et la santé des animaux. On surveille la présence éventuelle de contaminants métalliques dans les aliments du bétail et leurs ingrédients, car de tels contaminants sont potentiellement nocifs pour le bétail et les humains.

Les métaux sont des éléments chimiques qui sont présents naturellement à diverses concentrations dans l'environnement ainsi que dans les aliments du bétail et les aliments destinés aux humains. Les métaux sont aussi utilisés dans de nombreux procédés industriels et notamment pour la fabrication d'ingrédients des aliments du bétail. Sous leur forme élémentaire, les métaux ne peuvent être métabolisés ou éliminés; par conséquent, les animaux qui consomment des aliments contaminés par des métaux pourraient les accumuler dans leurs tissus au fil du temps. Les animaux contaminés pourraient alors transférer les métaux à leur descendance, à la chaîne des aliments du bétail, à l'environnement ou aux aliments d'origine animale. Même lorsque les concentrations de certains contaminants métalliques sont négligeables, ceux-ci peuvent se retrouver dans les tissus en concentration inacceptable pour des aliments destinés à l'alimentation humaine (p. ex. la viande, le lait ou les oeufs). De surcroît, les aliments du bétail à fortes teneurs en métaux présentent un danger pour la santé de ceux qui travaillent avec ces produits ou qui y sont exposés d'une autre façon.

Échantillonnage

Dans le cadre du Programme national d'inspection des aliments du bétail, tous les types d'aliments du bétail peuvent faire l'objet d'un échantillonnage pour la détection des contaminants métalliques. Ces échantillonnages sont effectués au hasard sur une variété d'aliments du bétail, que ce soit des aliments complets ou des ingrédients. L'accent est mis sur l'échantillonnage des ingrédients minéraux, des prémélanges et des suppléments minéraux, car il s'agit là des produits les plus susceptibles de contenir des contaminants métalliques. Des inspecteurs prélèvent des échantillons au hasard dans les établissements commerciaux de fabrication d'aliments du bétail, dans les usines d'équarrissage, chez les détaillants d'aliments du bétail et dans les fermes.

Contaminants métalliques d'intérêt et seuils d'intervention

Les résidus de contaminants métalliques faisant régulièrement l'objet d'une analyse comprennent l'aluminium (Al), l'arsenic (As), le cadmium (Cd), le chrome (Cr), le plomb (Pb) et le mercure (Hg). Le mercure ne fait l'objet d'une surveillance que dans les sous-produits de poisson (c.-à-d. la farine de poisson et l'huile de poisson). Depuis un certain nombre d'années, la Division des aliments pour animaux veille au respect des seuils d'intervention fixés pour l'aluminium, l'arsenic, le cadmium et le plomb (voir le tableau 5). Aucun seuil d'intervention n'a été fixé pour le chrome et le mercure, mais les résultats du dosage de ces métaux dans les échantillons sont évalués au cas par cas.

Le seuil d'intervention pour un aliment du bétail correspond à la concentration d'un contaminant métallique au-delà de laquelle il y a un risque pour la santé en raison de la toxicité potentielle du métal ou de la présence de résidus en concentrations inacceptables dans les aliments d'origine animale. Ces seuils ont été établis pour faciliter l'évaluation de l'innocuité des produits (c.-à-d. déterminer les sources possibles de contamination et les mesures correctives appropriées) et favoriser le respect de la conformité par l'industrie. Ces seuils ont été fixés en fonction de la ration totale du bétail et non des minéraux considérés de façon individuelle.

Tableau 5 : Seuils d'intervention applicable aux contaminants métalliques dans la ration totale à la distribution, aliments du bétail et fourrages compris.
Contaminant métallique Seuil d'interventionNote de bas de tableau 4 Niveau rapporté
/Limite de quantification
Aluminium (Al) non-ruminants : 200 ppm

ruminants 1 000 ppm

3,2 ppm
Arsenic (As) ppm 5,2 ppm
Cadmium (Cd) chevaux : 0,2 ppm

autre bétail : 0,4 ppm

0,05 ppm
Plomb (Pb) ppm ppm

Notes de tableau

Note de tableau 4

Équivaut à la teneur maximale en un contaminant métallique dans la ration totale.

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Conformité et exemples de calculs

Un produit qui a fait l'objet d'un échantillonnage visant la détection de contaminants métalliques est jugé acceptable si les teneurs en contaminants y sont inférieures aux seuils d'intervention. Ces derniers sont établis pour des rations totales; par conséquent, si un produit n'est pas complet (c.-à-d. qu'il faut le mélanger à un autre aliment, le diluer ou le mélanger à du fourrage), il faut calculer quelle sera la teneur du métal dans la ration totale. Si l'ingrédient peut être ajouté à des aliments destinés à plusieurs espèces animales, alors la dose recommandée la plus élevée doit être considérée comme la dose maximale acceptable dans le pire des cas.

Exemple de calcul pour un aliment acceptable :
Monogastriques (porc, volaille)Chevaux et ruminants (bovins, moutons, chèvres)
Résultat des analyses en laboratoire –
teneur en Cadmium (Cd) dans un
prémélange :
3,6 ppm 3,6 ppm
Dose du prémélange dans l'aliment complet : 5 % 5 %
Dose dans la ration totale (50 % de fourrage) : s/o 50 %
Teneur en Cd dans la ration totale : 0,18 ppm
(= 3,60×0,05)
0,09 ppm
(= 3,60×0,05×0,5)

Décision : la teneur en Cd calculée pour les rations des monogastriques, des chevaux et des ruminants est inférieure aux seuils d'intervention fixés pour le Cd pour les chevaux (0,2 ppm) et toutes les autres espèces de bétail (0,4 ppm), le produit est donc acceptable.

Exemple de calcul pour un aliment inacceptable :
Monogastriques (porc, volaille)Chevaux et ruminants (bovins, moutons, chèvres)
Résultat des analyses en laboratoire –
teneur en Cadmium (Cd) dans un prémélange :
15,00 ppm 15,00 ppm
Dose du prémélange dans l'aliment complet : 5 % 5 %
Dose dans la ration totale (50 % de fourrage)
s/o

50 %
Teneur en Cd dans la ration totale : 0,75 ppm
(= 15,00×0,05)
0,38 ppm
(= 15,00×0,05×0,5)

Décision : la teneur en Cd calculée pour les rations des monogastriques et des chevaux est supérieure à leurs seuils d'intervention fixés pour le Cd (0,4 ppm et 0,2 ppm respectivement); le produit est donc inacceptable pour les monogastriques ou les chevaux. Cependant, la teneur en Cd calculée pour les rations des ruminants est inférieure au seuil d'intervention fixé pour le Cd (0,4 ppm), donc le produit est acceptable pour les ruminants.

Il ne faut pas servir au bétail des aliments dépassant le seuil d'intervention pour un métal donné. Cette démarche facilite la détection et l'élimination des sources de contaminants dans les aliments destinés aux humains et dans les aliments du bétail.

Nous rappelons aux fabricants d'aliments du bétail et aux producteurs qu'il leur revient de se procurer des ingrédients auprès de fournisseurs qui ont mis en place des registres/systèmes démontrant que la salubrité des ingrédients est assurée. Cela aidera à la promotion de la fabrication d'aliments :

  1. sécuritaires pour tous les types d'animaux d'élevage, et
  2. n'entraînant pas l'accumulation de résidus dommageables dans les tissus des animaux d'élevage ou dans les produits d'origine animale destinés à l'alimentation humaine.
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