Norme nationale de biosécurité à la ferme pour l'industrie apicole
Section 1 : Gestion de la santé des abeilles

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Des exemples de points à considérer pour la gestion de la santé de chaque secteur d'abeilles sont présentés dans l'annexe B à la fin du document.

1.1 Sources d'abeilles

Résultat visé

L'exposition aux organismes nuisibles est réduite par l'introduction d'abeilles dont l'état de santé est connu. Les sources sont documentées pour en faciliter la traçabilité.

Description

Les abeilles peuvent provenir de l'exploitation même ou d'autres éleveurs, apiculteurs ou producteurs œuvrant dans la même province, dans une autre province ou être importées de fournisseurs étrangers.

Risques

  1. Le risque d'introduction d'organismes nuisibles dans une exploitation apicole varie selon le type d'abeilles et leur provenance.
  2. Des organismes nuisibles peuvent être présents sur ou dans les abeilles ou dans le matériel d'expédition ou d'emballage.

Stratégies de gestion

Les inspections, la documentation et les permis exigés par les lois fédérales et/ou provinciales et leurs règlements d'application contribuent à atténuer ces risques.

Il importe de mettre en œuvre des stratégies de gestion pour planifier les introductions et les déplacements d'abeilles à l'intérieur de l'exploitation. Il faut notamment :

  1. acheter uniquement de sources fiables des abeilles dont l'état de santé est connu;
  2. identifier les abeilles ou l'équipement contenant des abeilles afin d'en faciliter la traçabilité à l'aide de registres;
  3. inspecter les abeilles avant leur introduction dans l'exploitation et, au besoin, les traiter et les isoler des abeilles qui n'ont pas été exposées à l'infection ou à l'infestation;
  4. après le transport, isoler les abeilles dès leur arrivée et entreprendre si nécessaire les procédures de traitement;
  5. sélectionner si possible des lots d'abeilles résistantes présentant un comportement hygiénique.

1.2 Prévention : réduire la sensibilité des abeilles aux organismes nuisibles

Résultat visé

Les facteurs sont gérés de manière à réduire la sensibilité des abeilles aux organismes nuisibles. Des mesures sont mises en œuvre lorsque les seuils d'intervention préétablis sont atteints.

Description

Un certain nombre de facteurs qui peuvent être gérés efficacement à l'échelle de l'exploitation peuvent menacer la santé des abeilles et accroître leur sensibilité aux organismes nuisibles. Exemples : conditions météorologiques défavorables, conditions d'entreposage inadéquates, malnutrition, densité en colonies trop élevée, piètre qualité des installations abritant les abeilles (p. ex. matériel de nidification, surpopulation dans les ruches).

Les abeilles qui sont affaiblies sont plus sensibles aux infections ou aux infestations et répondent moins bien aux traitements. Exposées à des situations de stress, elles peuvent étendre leur aire de butinage et sont dès lors plus susceptibles d'entrer en contact avec des abeilles infectées ou infestées.

En général, les abeilles périodiquement et brièvement exposées à des situations de faible stress se rétablissent relativement bien. Certains pesticides peuvent toutefois entraîner des dommages permanents ou même la mort immédiate des abeilles qui y ont été exposées.

Risques

Les risques associés à une hausse de la sensibilitéaux organismes nuisibles varient selon le type d'abeilles, l'ampleur et la duré de l'exposition.

Les risques incluent :

  1. d'importantes pertes d'abeilles;
  2. la réduction de l'efficacité de la pollinisation;
  3. l'interruption de la production de couvain;
  4. la réduction de la production de miel (si applicable);

Stratégies de gestion

Exemples de stratégies permettant de réduire la sensibilité des abeilles aux organismes nuisibles :

  1. limiter le plus possible l'exposition des abeilles à des conditions de température, d'humidité, de vents et de lumière suboptimales et à d'autres facteurs environnementaux défavorables en utilisant de l'équipement, des refuges et des installations bien conçues, en isolant adéquatement les ruches ou les nids et en les installant à des endroits appropriés. Assurer des conditions adéquates durant le transport et utiliserdes systèmes de régularisation de la climatisation;
  2. respecter la densité en colonies recommandées pour la pollinisation;
  3. prévoir un espace suffisant pour les abeilles, le couvain et les réserves de nourriture dans les ruches et les nids;
  4. veiller à ce que les abeilles aient accès à des sources d'eau et de nourriture non contaminées, le cas échéant.

1.3 Prévention : réduire l'exposition

Résultat visé

L'exposition directe et indirecte des abeilles saines à des abeilles infectées ou infestées est réduite le plus possible.

Description

La première ligne de défense contre l'infection ou l'infestation des abeilles saines consiste à réduire le plus possible leur exposition aux organismes nuisibles.

Risques

L'exposition des abeilles peut résulter :

  1. d'un contact direct entre abeilles entraînant :
    1. la transmission directe de l'organisme d'une abeille infectée ou infestée à une abeille saine ou au couvain de la même colonie ou du même nid; et
    2. un mélange d'abeilles dû à la dérive ou au transfert d'abeilles (incluant des abeilles d'une autre espèce) à une autre colonie ou à un autre nid.
  2. d'un contact indirect :
    • Une abeille infectée ou infestée contamine une surface (p. ex. outil ou équipement, nourriture, pollen ou eau) avec, par exemple, des déjections. L'organisme nuisible peut survivre assez longtemps sur cette surface pour infecter une autre abeille.

Stratégies de gestion

Exemples de stratégies permettant de réduire l'exposition par contact direct entre abeilles :

  1. utiliser de l'équipement apicole bien conçu;
  2. isoler les abeilles infectées ou infestées;
  3. prévenir les mélanges d'abeilles;
  4. se tenir informé des pratiques adoptées par les exploitations apicoles voisines et de l'état de santé de leurs abeilles.

Les stratégies permettant de réduire l'exposition des abeilles par contact indirect sont décrites à la section 2 – Gestion des opérations.

1.4 Diagnostic et surveillance

Résultat visé

Les organismes nuisibles et leurs signes sont détectés de façon fiable. Les risques posés par ces organismes font l'objet d'une surveillance constante visant à en évaluer l'ampleur.

Description

L'efficacité d'un programme de lutte antiparasitaire repose en grande partie sur la surveillance. La surveillance présente un lien direct avec la biosécurité et comporte les trois grands objectifs suivants :

  1. déterminer l'origine des signes ou des problèmes causés par des organismes nuisibles et éliminer les causes non infectieuses ou non liées à une infestation avant d'entreprendre un traitement;
  2. identifier l'organisme nuisible en cause et confirmer sa présence ou son ampleur de manière à déterminer si un traitement et des mesures de notification s'imposent;
  3. évaluer, le cas échéant, l'efficacité du traitement et déterminer si un traitement additionnel s'impose.

Risques

Le fait de ne pas surveiller les organismes nuisibles et leurs signes comporte les risques suivants :

  1. la propagation rapide de l'infection ou de l'infestation à l'ensemble de l'exploitation apicole;
  2. la propagation de l'infection ou de l'infestation aux exploitations apicoles voisines exposant des abeilles saines à des abeilles infectées ou infestées;
  3. l'absence des stades de développement des abeilles ou de l'organisme nuisible permettant l'administration d'un traitement efficace;
  4. l'erreur de diagnostic menant à l'administration d'un traitement inapproprié;
  5. l'administration d'un traitement inutile ou superflu si l'infection ou l'infestation est seulement soupçonnée et non confirmée ou si le seuil de traitement recommandé n'est pas atteint;
  6. l'évaluation incorrecte de l'efficacité du traitement due à un problème de résistance ou à des facteurs environnementaux.

Stratégies de gestion

Un programme de surveillance efficace repose sur les principes suivants :

  1. être constamment attentif aux épidémies et aux alertes dans la région;
  2. surveiller les facteurs environnementaux ou tout autre facteur susceptible d'être confondu avec des signes d'infection ou d'infestation;
  3. exercer une surveillance régulière couvrant toutes les étapes du développement des abeilles et des organismes nuisibles, en particulier celles où les abeilles sont les plus sensibles aux organismes nuisibles et celles où ces derniers sont les plus sensibles aux traitements dirigés contre eux;
  4. reconnaître les signes visuels précoces d'un éventuel problème (baisse de productivité, changement du comportement des abeilles, signes cliniques visibles) et, le cas échéant, entreprendre un examen plus approfondi des causes possibles afin de prévenir l'administration d'un traitement inutile;
  5. utiliser des méthodes d'échantillonnage pour évaluer les taux d'infection ou d'infestation (p. ex. dénombrement des spores ou des parasites);
  6. identifier les échantillons par colonie ou nid et par emplacement;
  7. utiliser des méthodes d'échantillonnage de portée suffisamment large pour couvrir l'ensemble de l'exploitation;
  8. manipuler les échantillons avec précaution pour prévenir toute propagation;
  9. confirmer le diagnostic en procédant à des vérifications sous microscope ou, si nécessaire, en faisant appel à des laboratoires de diagnostic ou à des services d'inspection;
  10. si l'occasion se présente, participer à des programmes d'inspection volontaire;
  11. consigner les observations, les dates des échantillonnages et toutes autres données pertinentes (p. ex. résultats d'essais);
  12. veiller à ce que les apiculteurs, les producteurs et leur personnel aient reçu la formation et les suivis voulus pour reconnaître les organismes nuisibles communs et exotiques et leurs signes;
  13. effectuer des tests si un problème de résistance au traitement est soupçonné;
  14. le cas échéant, évaluer l'efficacité du traitement de manière à en permettre ou éviter la répétition d'un traitement inefficace.

1.5 Plan d'intervention standard

Résultat visé

Un plan d'intervention standard englobant des seuils de traitement, des options et des plans de rotation, des procédures de notification, la tenue de registres et des mesures de suivi est en place.

Description

Un plan d'intervention standard consiste en l'ensemble des interventions dirigées contre les organismes nuisibles décelés dans l'exploitation ou la région. Les risques pour la biosécurité associés à ces organismes peuvent âtre assujettis à des exigences provinciales ou faire l'objet d'alertes.

Un plan d'intervention standard comporte des procédures pour la ségrégation et la destruction des abeilles et de l'équipement apicole infectés ou infestés, l'application de méthodes de lutte culturale et chimique et des procédures de communication et de notification.

Risques

Le fait de ne pas avoir mis en œuvre un plan d'intervention standard comporte les risques suivants :

  1. la réduction de l'efficacité ou l'échec du traitement entraînant l'affaiblissement ou la mort des abeilles;
  2. l'accélération de la propagation de l'infection ou de l'infestation dans l'exploitation apicole et les exploitations voisines;
  3. l'augmentation du risque de réinfection ou de réinfestation;
  4. l'augmentation du risque d'apparition d'une résistance au traitement;
  5. l'affaiblissement des abeilles et l'augmentation de leur sensibilité aux organismes nuisibles.

Stratégies de gestion

Pour qu'un plan d'intervention soit efficace, les apiculteurs, les producteurs et leur personnel doivent avoir reçu une formation appropriée sur les procédures à appliquer pour mettre en œuvre le plan et savoir quand et comment communiquer avec les autorités ou les spécialistes.

Un plan d'intervention standard repose sur les principes suivants :

  1. se tenir au courant des recommandations en matière de lutte contre les organismes nuisibles;
  2. comprendre les facteurs environnementaux pouvant réduire l'efficacité des traitements;
  3. établir des éléments déclencheurs pour la mise en œuvre du plan d'intervention :
    1. le pourcentage d'abeilles, de ruches ou de nids présentant des signes de maladie;
    2. le nombre de parasites ou d'insectes nuisibles présents;
    3. les seuils de traitement;
    4. la baisse significative de la production;
    5. l'absence de réponse aux traitements de routine; et
    6. le taux de mortalité inhabituellement élevé.
  4. restreindre le déplacement des abeilles soupçonnées d'être infectées ou infestées ou reconnues comme telles;
  5. tenir un registre des traitements effectués et des résultats obtenus.

Les interventions incluent le recours à la lutte physique, culturale, mécanique et chimique.

Pour que la lutte chimique soit efficace, il faut :

  1. comprendre et appliquer à la lettre les instructions figurant sur l'étiquette des produits de traitement utilisés;
  2. respecter les recommandations de l'industrie relatives au moment et à la portée des applications;
  3. utiliser les traitements disponibles en rotation et en alternance afin de prévenir l'apparition d'une résistance aux produits utilisés;
  4. enlever les agents de traitement à la fin de la période de traitement lorsqu'indiqué ou prescrit;
  5. combiner les traitements à des mesures d'assainissement et de désinfection afin d'éviter une nouvelle exposition.

1.6 Plan d'intervention d'urgence

Résultat visé

Un plan d'intervention d'urgence est en place et les conditions justifiant sa mise en œuvre sont bien comprises.

Description

La mise en œuvre d'un plan d'intervention d'urgence est déclenchée lorsque la présence d'un organisme nuisible exotique ou peu familier présentant un risque élevé est soupçonnée ou confirmée dans une exploitation apicole, une région ou un pays. De tels risques pour la biosécurité doivent habituellement être signalés en vertu des lois et règlements provinciaux, en particulier s'il s'agit de maladies à déclaration obligatoire ou à notification figurant sur la liste de l'ACIA.

Risques

Le fait de ne pas disposer d'un plan d'intervention d'urgence comporte les risques suivants :

  1. les pertes économiques potentiellement importantes si des mesures appropriées sont prises à court terme ou si aucun traitement n'est disponible;
  2. l'ordonnance de quarantaine visant les installations apicoles pouvant demeurer en vigueur pendant une longue période;
  3. la restriction possible du déplacement d'abeilles (ou de l'achat ou de la vente d'abeilles et de matériel apicole) dans les zones de quarantaine obligatoire;
  4. l'accélération de la propagation de l'infection ou de l'infestation dans l'exploitation apicole et les exploitations voisines.

Stratégies de gestion

En plus des composantes d'un plan d'intervention standard, un plan d'intervention d'urgence devrait également comprendre :

  1. un plan de communication et de notification d'urgence;
  2. un protocole de gestion des abeilles adapté à l'une ou l'autre des deux situations suivantes :
    1. un risque pour la biosécurité soupçonné mais non confirmé;
    2. un risque pour la biosécurité confirmé.
  3. des protocoles de quarantaine applicables si une ordonnance de quarantaine a été émise ou une zone de quarantaine a été désignée par décret;
  4. un protocole régissant les déplacements des visiteurs; et
  5. une affiche.
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