ARCHIVÉE - Rapport d'enquête sur le seizième cas d'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) au Canada

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Contexte

Le 8 mai 2009, le Laboratoire provincial de l'Alberta a informé le Bureau de district d'Edmonton de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) qu'un échantillon de surveillance d'ESB (prélevé dans le cadre du programme de surveillance de l'ESB Canada-Alberta) avait réagi à l'épreuve de dépistage rapide Bio-Rad qui n'excluait pas un diagnostic d'ESB.

Des échantillons de cervelle ont été envoyés au Laboratoire national de référence pour l'ESB à Lethbridge, en Alberta. La présence de l'ESB a été confirmée au moyen de l'épreuve Immunoblot SAF (fibrille associée à la tremblante) et de l'anticorps monoclonal 6H4 le 14 mai 2009.

D'autres épreuves de dépistage ont été effectuées, dont le Prionics-Check Priostrip le 12 mai 2009, le Prionics-Check Western, le Hybrid Western Blot et le Bio-Rad TeSeE ELISA le 13 mai 2009. Toutes les épreuves de dépistage ont donné des résultats positifs. Les résultats du transfert de type Western indiquent qu'il s'agissait d'un cas d'ESB de type C (classique).

La carcasse a été entreposée en lieu sûr à l'endroit où le prélèvement des échantillons a eu lieu (sur l'exploitation agricole) avant d'être envoyée au laboratoire de l'ACIA à Lethbridge pour y être incinérée. Aucune partie de la carcasse n'est entrée dans la filière d'alimentation des humains, ni celle des animaux.

L'ACIA a immédiatement lancé une enquête épidémiologique conformément aux lignes directrices recommandées pour l'ESB (Code sanitaire pour les animaux terrestres de 2008) de l'Organisation mondiale de la santé animale, aussi appelée OIE. Plus précisément, l'ACIA a suivi les lignes directrices recommandées pour un pays reconnu comme présentant un risque maîtrisé à l'égard de l'ESB. L'enquête menée portait notamment sur ce qui suit :

  • la cohorte d'alimentation, composée de tous les bovins qui, au cours de leur première année de vie, ont été élevés avec l'animal atteint d'ESB (lui aussi dans sa première année de vie) et qui, selon l'enquête, ont consommé les mêmes aliments potentiellement contaminés que lui durant cette période;
  • la cohorte de naissance, composée de tous les bovins nés dans le même troupeau que l'animal infecté dans les 12 mois précédant et suivant la naissance de ce dernier, si les bovins mentionnés ci-dessus ne peuvent être identifiés;
  • les aliments que l'animal a pu avoir consommés au début de sa vie.

Enquête sur l'animal

L'animal positif était une vache laitière Holstein enregistrée qui est née le 26 août 2002. Elle avait 80 mois au moment de sa mort. L'animal est né à la même exploitation agricole et y est resté jusqu'à sa mort. Le producteur a indiqué que la maladie avait duré environ deux semaines.

Après coup, le propriétaire a admis qu'un changement de comportement avait commencé à se manifester à la fin de février 2009, que l'animal se comportait de façon erratique, essayant de sauter par-dessus les caniveaux de l'étable et tombant quelques fois.

L'animal de référence devenait de plus en plus nerveux en présence des autres vaches et son rang au sein du troupeau est passé de dominant à l'un des derniers. Sa démarche est devenue raide au niveau des quatre pattes et durant la dernière semaine de sa vie, elle a développé une hypersensibilité au toucher et des réactions anormales aux stimuli visuels.

Une perte de poids et une production de lait diminuée ont également été signalées. Au moment de l'examen par le vétérinaire en pratique privée, elle présentait une faiblesse accompagnée d'une ataxie subtile à légère des pattes arrière. L'éleveur a décidé de faire abattre l'animal sans cruauté. Comme l'animal répondait aux critères d'inclusion du Programme national canadien de surveillance de l'ESB, des dispositions ont été prises pour faire analyser les échantillons appropriés en laboratoire.

L'exploitation où l'animal est né est une exploitation laitière située dans le nord de l'Alberta. Il s'est avéré que la cohorte d'alimentation et de naissance comprenait 213 animaux qui ont été élevés dans l'exploitation agricole avec l'animal de référence. Cette cohorte était composée de mâles et de femelles Holstein. L'enquête de retraçage a permis de localiser 19 animaux vivants dans cinq lieux, y compris l'exploitation agricole de référence. Ces animaux ont été mis en quarantaine. Huit des 19 animaux de la cohorte encore vivants ont été abattus sans cruauté et leurs carcasses ont été éliminées par incinération, conformément aux recommandations de l'OIE. La même approche a eu cours pour les autres animaux vivants de la cohorte.

Le sort des animaux restants de la cohorte d'alimentation et de naissance a été le suivant :

  • 77 animaux ont été retracés et on a confirmé leur mort ou leur abattage;
  • 67 animaux ont été retracés et on présume qu'ils sont morts ou ont été abattus;
  • 3 animaux ont été retracés et on confirme qu'ils ont été exportés pour l'abattage et le pays d'importation a été avisé;
  • 47 animaux ont été impossibles à retracer en raison de dossiers incomplets.

Enquête sur l'alimentation de l'animal

L'enquête sur les aliments du bétail a porté principalement sur les aliments auxquels l'animal de référence a pu avoir accès pendant sa première année de vie et sur les pratiques de fabrication utilisées pour produire chacun de ces aliments.

L'enquête menée sur les lieux de l'exploitation agricole a révélé que les vaches laitières étaient la seule espèce élevée à des fins commerciales. Parmi les autres animaux qui s'y trouvaient, mentionnons un chien et plusieurs chats.

L'exploitation agricole n'utilisait pas de pâturages; tous les fourrages étaient cultivés sur l'exploitation et récoltés à l'aide de machinerie agricole de la ferme. Les aliments qui n'étaient pas à base de fourrage comprenaient des céréales (orge), cultivées à l'exploitation ou achetées, du lait de remplacement, trois aliments complets différents de préparation commerciale ainsi que des produits de minéraux et de sel sous forme de bloc ou en vrac. Tous les produits, à l'exception des aliments de lactation complets de préparation commerciale livrés en vrac, ont été fournis en paquets (sacs ou blocs) de 20 ou 25 kg.

Du colostrum a initialement été donné aux génisses, suivi de lait de remplacement et de moulée de départ dès les trois premiers jours de vie, sans âge de sevrage clairement défini. L'alimentation en moulée de départ s'est poursuivie jusqu'à ce que les génisses atteignent environ six mois, tandis que les fourrages et les blocs de minéraux et de sel ont été introduits lorsqu'elles ont atteint environ trois mois. Dès l'âge d'environ six mois, les génisses ont été nourries de fourrages, d'orge et de produits minéraux seulement. Il est arrivé occasionnellement que des veaux mâles soient gardés au-delà de l'âge de deux semaines et, dans ce cas, ils étaient également nourris de la manière décrite ci-dessus.

Les aliments de lactation de préparation commerciale étaient livrés directement dans une cellule de stockage en vrac associée à la salle de traite et on utilisait ces aliments dans la préparation d'une ration totale mélangée destinée exclusivement au cheptel laitier. Le stockage, l'emplacement et l'utilisation prévue de ces aliments, combinés au fait que les génisses et les vaches laitières étaient abritées dans des bâtiments distincts et que l'équipement de mélange et de manutention n'était pas partagé, ont permis d'exempter ces aliments d'enquêtes complémentaires.

Les aliments visés par l'enquête en raison d'une alimentation directe sont les suivants : lait de remplacement, moulée de départ, orge, blocs de minéraux et blocs de sel. Une petite quantité de minéraux en vrac et de ration de l'éleveur ont été également soumis à l'enquête parce que la possibilité d'une exposition n'a pu être écartée.

Bien que la majeure partie de l'orge ait été cultivée sur l'exploitation, il manquait des renseignements exacts sur la source de certains achats. On a aussi signalé l'utilisation d'un dispositif de mélange mobile et d'un broyeur à cylindres appartenant à un tiers qui a servi à aplatir l'orge utilisée à l'exploitation. La documentation d'autres produits et de leur utilisation dans ce broyeur à cylindres n'était pas disponible, mais il semblerait que celui-ci ait servi à mélanger des céréales avec des suppléments commerciaux destinés aux non-ruminants situés à d'autres emplacements. Ces appareils ne peuvent être éliminés comme source de contamination possible de l'orge aplatie ayant servi à nourrir les animaux de l'exploitation. Les enquêtes sur les sources de lait de remplacement et de produits de sel ont révélé que ces produits étaient fabriqués dans des installations spécialisées consacrées exclusivement aux matières non interdites, ce qui a permis de les exclure comme source de contamination possible.

L'enquête menée chez le fabricant ayant fourni les blocs de minéraux a révélé qu'ils étaient fabriqués dans un établissement qui produisait également des aliments contenant des matières interdites. L'équipement utilisé à des fins multiples à cet établissement comptait l'équipement employé pour recevoir les ingrédients en vrac et l'équipement d'agitation par lots. L'examen des registres relatifs à ces lieux de production a permis de déterminer que des procédures visant à prévenir la contamination croisée avec des matières interdites étaient en place avec documentation à l'appui.

Il a été déterminé que la moulée de départ utilisée durant la période d'intérêt avait été fabriquée dans deux établissements différents. Une de ces établissements a fourni 125 kg de ce produit au cours du premier mois de vie de l'animal de référence. L'autre a fourni 4 550 kg de ce produit au cours des six premiers mois de vie de l'animal de référence.

Les registres de production de l'établissement ayant fabriqué les 125 kg de moulée de départ n'étaient pas disponibles. L'un des ingrédients du mélange granulé utilisés dans ces aliments a été fabriqué dans un autre établissement où des matières interdites sont manipulées, mais certains registres de production n'étaient pas disponibles.

L'établissement ayant fabriqué la majorité de la moulée de départ a aussi fabriqué deux autres produits distribués à l'exploitation agricole (un minéral en vrac et une ration de l'éleveur) auxquels l'animal de référence aurait pu être exposé. Cet établissement a aussi fabriqué des aliments contenant des matières interdites à l'aide d'équipement partagé dans l'ensemble des principales zones de fabrication. Des procédures visant à empêcher la contamination croisée par des matières interdites étaient en place, avec documentation à l'appui. On a constaté à deux reprises l'absence de documents au lieu de réception d'ingrédients en vrac. Les conclusions de l'enquête laissent croire que l'exposition la plus probable à des matières infectieuses relève de la contamination croisée par des ingrédients utilisés dans la fabrication de moulée de départ durant les six premiers mois de vie (par l'un des deux fabricants). D'autres sources, en particulier l'orge potentiellement contaminée par de l'équipement de roulage utilisé à des fins multiples, ne peuvent être écartées.

Sommaire de l'enquête

Le dépistage de ce cas ne modifie en rien les paramètres de risque associés à l'ESB au Canada. L'emplacement et l'âge de l'animal correspondent aux cas antérieurs. Les résultats des activités de surveillance à ce jour, y compris le cas présent, témoignent de l'incidence extrêmement faible de l'ESB au Canada.

Depuis la confirmation, en mai 2003, du diagnostic de l'ESB chez un animal né au Canada, notre pays a sensiblement augmenté le dépistage ciblé des bovins des catégories à risque élevé, comme le préconise l'OIE. Ce travail vise à la fois à déterminer l'incidence de l'ESB au Canada et à surveiller l'efficacité des mesures d'atténuation du risque mises en œuvre.

Le Programme national de surveillance de l'ESB du Canada continue de confirmer l'incidence extrêmement faible de l'ESB au Canada, 16 cas ayant été détectés à ce jour.

En ce qui concerne l'ESB, la salubrité de la viande de bœuf produite au Canada est garantie par les mesures de santé publique renforcées davantage en 2003. L'enlèvement des matières à risque spécifiées (MRS) – les tissus qui sont susceptibles d'abriter l'agent infectieux de l'ESB – de toutes les carcasses des animaux abattus pour l'alimentation humaine est la mesure la plus efficace pour protéger les consommateurs, au Canada et dans les pays importateurs, contre l'exposition à l'agent infectieux de l'ESB dans les produits carnés.

Comme le démontre le système de surveillance, l'interdiction frappant les aliments du bétail mise en œuvre en 1997 empêche réellement l'amplification de l'ESB au Canada. Une réglementation supplémentaire a été édictée en 2007 afin de renforcer l'interdiction frappant les aliments du bétail au Canada. La plus importante modification est le retrait des MRS de tous les aliments du bétail, aliments pour animaux de compagnie et engrais. Ce renforcement accélérera l'éradication de l'ESB du cheptel bovin national en empêchant l'entrée de plus de 99 p. 100 des sources potentielles d'agents infectieux de l'ESB dans la filière canadienne d'alimentation du bétail. Ces mesures réduisent efficacement le risque de transmission de l'ESB.

Le Canada a été classé officiellement, conformément au système scientifique de l'OIE, dans la catégorie des pays présentant un risque maîtrisé à l'égard de l'ESB. Ce statut sanitaire reconnaît clairement l'efficacité des mesures de surveillance, d'atténuation du risque et d'éradication que le Canada a mises en œuvre, ainsi que le travail réalisé par tous les ordres de gouvernement, le secteur de l'élevage bovin, les vétérinaires et les grands éleveurs pour lutter efficacement contre l'ESB au Canada et, ultimement, pour l'éradiquer.

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