ARCHIVÉE - Rapport d'enquête sur le dix-huitième cas d'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) au Canada

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Contexte

Le 10 février 2011, le Laboratoire provincial de l'Alberta a informé le Bureau de district d'Edmonton de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) qu'un échantillon de surveillance de l'ESB (prélevé dans le cadre du programme de surveillance de l'ESB Canada-Alberta) avait réagi à l'épreuve de dépistage rapide Bio-Rad TeSeE ELISA qui n'excluait pas un diagnostic d'ESB.

Des échantillons ont été envoyés au Laboratoire national de référence pour l'ESB à Lethbridge, en Alberta, qui est aussi le laboratoire de référence de l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE). La présence de l'ESB dans les échantillons a été confirmée au moyen d'épreuves d'immunohistochimie (IHC) le 18 février 2011. En plus de cette méthode, le Laboratoire national de référence pour l'ESB a évalué l'échantillon au moyen de l'épreuve de dépistage rapide Prionics-Check Westernmd, du Hybrid Western Blot, de l'épreuve de dépistage rapide Prionics Check PrioSTRIPmd, de l'épreuve Bio-Rad TeSeE ELISA et de l'épreuve d'immunoblot SAF (fibrille associée à la tremblante). Tous les résultats des épreuves se sont avérés positifs. Les résultats du transfert de type Western indiquent qu'il s'agissait d'un cas d'ESB de type C (classique).

La carcasse a été entreposée en lieu sûr à l'endroit où le prélèvement des échantillons a eu lieu, avant d'être envoyée au laboratoire de l'ACIA à Lethbridge pour y être incinérée. Aucune partie de la carcasse n'est entrée dans la filière d'alimentation des humains, ni celle des animaux.

L'ACIA a immédiatement lancé une enquête épidémiologique conformément aux lignes directrices recommandées pour l'ESB (Code sanitaire pour les animaux terrestres de 2010) de l'OIE. Plus précisément, l'ACIA a suivi les lignes directrices recommandées dans le cas d'un pays présentant un risque d'ESB maîtrisé. L'enquête menée portait notamment sur ce qui suit :

  • la cohorte d'alimentation, composée de tous les bovins qui, au cours de leur première année de vie, ont été élevés avec l'animal atteint d'ESB (lui aussi dans sa première année de vie) et qui, selon l'enquête, ont consommé les mêmes aliments potentiellement contaminés que lui durant cette période;
  • la cohorte de naissance, composée de tous les bovins nés dans le même troupeau que l'animal infecté dans les 12 mois précédant et suivant la naissance de ce dernier, si les bovins mentionnés ci-dessus ne peuvent être identifiés;
  • les aliments que l'animal a pu avoir consommés au début de sa vie.

Enquête sur l'animal

L'animal positif était une vache laitière Holstein pure race née le 23 août 2004 et avait 77 mois au moment de sa mort. L'animal est né à l'exploitation agricole et y est resté jusqu'à sa mort. L'animal positif affichait des signes neurologiques depuis trois semaines lorsque l'éleveur a communiqué avec le vétérinaire en pratique privée. Il était ataxique, présentait une inclinaison de la tête, peinait à se lever et vacillait une fois debout. À la suite d'une consultation avec l'éleveur et le praticien vétérinaire local, il a été déterminé que l'animal répondait aux critères d'inclusion du Programme national de surveillance de l'ESB du Canada. L'animal a été euthanasié le 4 février 2011 et des dispositions ont été prises pour prélever les échantillons appropriés en vue de les soumettre à des analyses.

L'exploitation de naissance est une grosse exploitation agricole commerciale. En plus du cheptel laitier, elle abritait aussi de la volaille, des bovins de boucherie et des moutons durant la période d'intérêt qui s'est échelonnée du 23 août 2003 au 23 août 2005. Toutefois, chacun des troupeaux ou bandes appartenant à cette exploitation était administré comme une unité distincte par son propre gestionnaire. Les troupeaux de bovins de boucherie et de moutons ne se sont pas mêlés au troupeau laitier ni entre eux, et ils ont reçu des rations différentes à manger.

Il s'est avéré que la cohorte de naissance et d'alimentation comprenait 361 animaux. L'enquête de retraçage a permis de localiser 21 animaux vivants dans trois emplacements, y compris l'exploitation agricole de naissance. Tous ces animaux ont été mis en quarantaine. À ce jour, 2 des 21 animaux vivants qui restaient de la cohorte ont été abattues sans cruauté et les carcasses ont été éliminées dans un site d'enfouissement approuvé pour les matières à risque spécifiées conformément aux recommandations de l'OIE. Les animaux restants de la cohorte sont marqués de façon permanente, assujettis aux contrôles officiels sur le mouvement, et ils seront abattus ou leur carcasse sera éliminée à leur mort, conformément aux recommandations de l'OIE.

Le sort des animaux restants de la cohorte de naissance et d'alimentation a été le suivant :

  • 138 animaux ont été retracés et on a confirmé leur mort ou leur abattage;
  • 128 animaux ont été retracés et on présume qu'ils sont morts ou ont été abattus;
  • 38 animaux ont été retracés et on confirme qu'ils ont été exportés pour l'abattage et le pays d'importation a été avisé;
  • 36 animaux ont été impossibles à retracer en raison de dossiers incomplets.

Enquête sur l'alimentation de l'animal

L'enquête sur les aliments du bétail vise à déterminer les sources possibles d'exposition de l'animal de référence à des « matières interdites », des sous-produits animaux définis dans le Règlement sur la santé des animaux du Canada qu'il est interdit de donner à manger aux espèces animales ruminantes en raison du risque qu'ils représentent pour la transmission de l'ESB. L'enquête sur les aliments du bétail a porté principalement sur les aliments auxquels l'animal de référence a pu avoir accès pendant sa première année de vie et sur les pratiques de fabrication utilisées pour produire ces aliments. Tous les aliments auxquels l'animal de référence atteint d'ESB a eu accès étaient, à notre connaissance, destinés à l'alimentation des ruminants.

Pratiques d'alimentation

Les veaux mâles et femelles ont été hébergés dans des huches à veaux durant les quatre premières semaines de leur vie. Ils ont été nourris de lait de vache la première semaine, puis celui-ci a été remplacé par une ration de démarrage commerciale. Entre l'âge d'une et de quatre semaines, les veaux mâles ont été vendus à un engraisseur de veaux, tandis que les veaux femelles sont demeurées dans les huches et ont gardé la même alimentation jusqu'à l'âge de huit semaines.

À l'âge de huit semaines, les veaux restants ont été transférés dans des cases contenant de 16 à 20 veaux chacune, et de l'âge de huit à vingt semaines, ils auraient eu accès à une ration de démarrage commerciale, à du foin et à du sel.

De l'âge de vingt semaines à un an, les veaux ont été hébergés dans de plus grandes cases contenant de 35 à 40 veaux chacune et ils se nourrissaient d'une ration totale mélangée faite d'ensilage, d'orge, de minéraux destinés aux génisses, de paille et soit de tourteau de canola, de tourteau de soja ou de drêche sèche de distillerie. Ils avaient également libre accès à du foin et à des minéraux destinés aux génisses pendant cette période. Les animaux laitiers n'ont pas eu accès aux autres aliments du bétail commerciaux utilisés sur l'exploitation.

L'enquête a révélé que le camion utilisé pour transporter les céréales à l'exploitation avait également servi au ramassage d'aliments pour volaille contenant des matières interdites chez le fournisseur commercial. Ces céréales comprenaient de l'avoine destinée aux rations pour moutons et de l'orge, qui a ensuite été utilisée dans les rations pour vaches et pour bœufs. Les entretiens avec le personnel de l'exploitation agricole indiquent que le camion était nettoyé physiquement entre chaque utilisation; toutefois, l'absence de procédures écrites et de registres ne permet pas d'éliminer le camion comme zone de contamination croisée possible des céréales employées dans les rations pour vaches laitières avec des matières interdites.

Sources d'aliments et d'ingrédients

Les tourteaux de canola et de soja provenaient habituellement d'un établissement spécialisé de transformation d'oléagineux qui n'a jamais manipulé ni utilisé de matières interdites. Ces produits ont donc été éliminés comme source possible de contamination. On a recensé un achat de tourteau de soja d'un fournisseur d'aliments du bétail commercial qui manipulait des matières interdites; toutefois, l'examen des registres de production de l'établissement a démontré la prise de mesures de contrôle appropriées, ce qui a permis d'éliminer ce lot de tourteau de soja comme source possible de contamination.

L'origine de la drêche sèche de distillerie utilisée sur l'exploitation agricole n'a pu être déterminée. Cependant, ce produit venait probablement d'un établissement de fabrication d'aliments avec un seul ingrédient spécialisé et serait une source de contamination très peu probable.

La ration de démarrage pour veaux, les minéraux et les suppléments utilisés par l'exploitation laitière provenaient tous d'un fournisseur d'aliments du bétail commercial unique, autre que celui des aliments destinés à l'exploitation avicole. Des rapports d'inspection ont permis de confirmer que cet établissement n'a pas utilisé ou manipulé de matières interdites depuis 1997 au moins. Ces produits ont donc été éliminés comme source possible de contamination.

Les blocs de sel utilisés par l'exploitation laitière ont été achetés chez un détaillant, et il a été confirmé qu'ils provenaient d'un fabricant de sel spécialisé. Ils ont donc été éliminés comme source possible de contamination.

Compte tenu du régime d'alimentation à l'exploitation et des registres de production examinés, on a conclu que la source probable d'exposition à l'agent infectieux de l'ESB semblait être la contamination croisée où les aliments pour volaille contenaient des matières interdites en raison d'un nettoyage incomplet d'un moyen de transport utilisé pour livrer l'orge au troupeau laitier.

Sommaire de l'enquête

Le dépistage de ce cas ne modifie en rien les paramètres de risque associés à l'ESB au Canada. L'emplacement et l'âge de l'animal correspondent aux cas antérieurs. Les résultats des activités de surveillance à ce jour, y compris le cas présent, témoignent de l'incidence extrêmement faible de l'ESB au Canada.

Depuis la confirmation, en mai 2003, du diagnostic de l'ESB chez un animal né au Canada, notre pays a sensiblement augmenté le dépistage ciblé des bovins des catégories à risque élevé, comme le préconise l'OIE. Ce travail vise à la fois à déterminer l'incidence de l'ESB au Canada et à surveiller l'efficacité des mesures d'atténuation du risque mises en œuvre.

En ce qui concerne l'ESB, la salubrité de la viande de bœuf produite au Canada est garantie par les mesures de santé publique renforcées davantage en 2003. L'enlèvement des matières à risque spécifiées (MRS) – les tissus qui sont susceptibles d'abriter l'agent infectieux de l'ESB – de toutes les carcasses des animaux abattus pour l'alimentation humaine est la mesure la plus efficace pour protéger les consommateurs, au Canada et dans les pays importateurs, contre l'exposition à l'agent infectieux de l'ESB dans les produits carnés.

Comme le démontre le système de surveillance, l'interdiction frappant les aliments du bétail mise en œuvre en 1997 empêche réellement l'amplification de l'ESB au Canada. Une réglementation supplémentaire a été édictée en 2007 afin de renforcer l'interdiction frappant les aliments du bétail au Canada. La plus importante modification est le retrait des MRS de tous les aliments du bétail, aliments pour animaux de compagnie et engrais. Ce renforcement accélérera l'éradication de l'ESB du cheptel bovin national en empêchant l'entrée de plus de 99 p. 100 des sources potentielles d'agents infectieux de l'ESB dans la filière canadienne d'alimentation du bétail. Ces mesures réduisent efficacement le risque de transmission de l'ESB.

Le Canada a été classé officiellement, conformément au système scientifique de l'OIE, dans la catégorie des pays présentant un risque maîtrisé à l'égard de l'ESB. Ce statut sanitaire reconnaît clairement l'efficacité des mesures de surveillance, d'atténuation du risque et d'éradication que le Canada a mises en œuvre, ainsi que le travail réalisé par tous les ordres de gouvernement, le secteur de l'élevage bovin, les vétérinaires et les grands éleveurs pour lutter efficacement contre l'ESB au Canada et, ultimement, pour l'éradiquer.

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