Évaluation environnementale de l'utilisation d'urgence du vaccin iPED+ contre la diarrhée épidémique porcine fabriqué par Harrisvaccines, mais non homologué

Le 11 février 2014

La présente évaluation environnementale a été préparée et révisée par le Centre canadien des produits biologiques vétérinaires (CCPBV) de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA). L'information qu'elle renferme était pertinente au moment de sa préparation. Il se peut que la situation ait changé depuis. Si vous avez des questions, veuillez vous adresser au CCPBV.

Table des matières

Résumé

Le vaccin iPED+ fabriqué par Harrisvaccines contre la diarrhée épidémique porcine consiste en une particule de type viral (réplicon d'ARN) incapable de se propager, mais exprimant la protéine S (Spike) du virus de la diarrhée épidémique porcine (DEP). Le vaccin n'est pas encore homologué nulle part, et son efficacité n'a pas été établie. Depuis le signalement du premier cas de DEP au Canada, le 22 janvier 2014, de nombreux vétérinaires canadiens ont communiqué avec le Centre canadien des produits biologiques vétérinaires (CCPBV) de l'Agence canadienne d'inspection des aliments pour demander un accès d'urgence à ce produit vétérinaire non homologué. La présente évaluation environnementale (EE) a été préparée par le CCPBV dans le cadre de son évaluation de l'utilisation d'urgence au Canada de ce vaccin issu de la biotechnologie.

1. Introduction

1.1 Mesure proposée – Le Centre canadien des produits vétérinaires biologiques (CCPBV) de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) est responsable de la réglementation touchant la fabrication, l'importation, la dissémination et l'utilisation des produits vétérinaires biologiques au Canada, conformément à la Loi sur la santé des animaux et au Règlement sur la santé des animaux. Habituellement, il faut démontrer la pureté, l'innocuité, la puissance et l'efficacité d'un produit biologique avant que le CCPBV n'en autorise l'utilisation au Canada. Toutefois, dans des situations d'urgence, le CCPBV peut autoriser l'utilisation d'un produit biologique vétérinaire qui n'a pas encore satisfait à toutes les exigences d'homologation, en vertu du paragraphe 131.1(1) du Règlement :

131.1(1) Le ministre peut, lorsqu'une situation d'urgence se présente quant à la disponibilité et au besoin d'un produit vétérinaire biologique, exempter ce produit des dispositions du présent règlement pour la durée de l'urgence.

Des vétérinaires canadiens ont demandé au CCPBV la permission d'importer et d'utiliser un vaccin contre la diarrhée épidémique porcine non homologué du nom de iPED+, fabriqué par Harrisvaccines aux États-Unis.

La présente évaluation environnementale (EE) a été préparée par le CCPBV dans le cadre de son évaluation de l'autorisation d'importer et de mettre en circulation le vaccin susmentionné issu de la biotechnologie pour une utilisation d'urgence au Canada. L'évaluation est fondée sur l'information fournie par le fabricant du vaccin et celle obtenue par le CCPBV dans son examen de la littérature scientifique publiée à ce jour.

1.2 Contexte – Le 22 janvier 2014, le premier cas soupçonné de DEP a été signalé au Canada, dans le sud-ouest de l'Ontario. Depuis, au moins dix autres cas ont été confirmés.

La DEP est une maladie des porcs causée par un virus de la famille des Coronaviridae. Ses principaux symptômes sont la diarrhée et le vomissement chez les porcs de tous âges, mais les effets les plus ravageurs sont observés chez les porcelets où la mortalité atteint généralement 90 à 100 % chez les animaux de moins de 21 jours. Il s'agit d'une maladie hautement contagieuse, qui se propage par contact avec des matières fécales d'animaux infectés ou indirectement par des véhicules, de l'équipement, des chaussures ou autres vecteurs passifs contaminés. Depuis mai 2013, lorsque le United States Department of Agriculture (USDA) a confirmé le premier cas de DEP en Amérique du Nord, la maladie s'est propagée aux États-Unis et touche maintenant 23 États; elle a par ailleurs entraîné la mort de nombreux animaux ainsi que d'importantes pertes économiques. Naturellement, les producteurs canadiens de porcs s'inquiètent de l'impact de cette maladie sur leurs exploitations.

Le vaccin iPED+ fabriqué par Harrisvaccines n'est pas encore homologué nulle part. L'entreprise en est à satisfaire aux exigences d'une homologation conditionnelle aux États-Unis, et jusqu'à ce que celle-ci lui soit accordée, elle distribue le vaccin directement aux vétérinaires en vertu des exemptions de l'article 107.1 du titre 9 du Code of Federal Regulations des États-Unis et de la US Export Reform and Enhancement Act.

Le vaccin iPED+ comprend un segment d'ARN dit réplicon, qui est emballé dans des particules de type viral (VRP, pour Virus-Like RNA Replicon Particle) avec la capside et les glycoprotéines de l'enveloppe de la souche atténuée TC-83 du virus de l'encéphalite équine du Venezuela (EEV). Les VRP sont incapables de se propager, puisqu'il leur manque l'information génétique nécessaire pour produire leurs protéines structurales; ils ne peuvent donc pas produire de progéniture chez un animal vacciné. Le réplicon qui se trouve dans les VRP du vaccin contient l'information nécessaire à l'expression de la protéine antigénique S du virus de la DEP. Après la vaccination, la capside et les glycoprotéines du VRP permettent au réplicon de pénétrer dans les cellules de l'animal vacciné, où le réplicon peut induire l'expression de grandes quantités de protéines S du virus de la DEP. Cet antigène étranger est alors reconnu par le système immunitaire de l'animal, ce qui entraîne (vraisemblablement) des réponses immunitaires à médiation cellulaire et humorale contre la protéine S du virus de la DEP.

Il est important de noter qu'une grande partie du contenu de la présente EE du vaccin iPED+ est extrapolée de l'information recueillie sur le premier vaccin entièrement caractérisé produit avec la plateforme de particules de réplicon de virus à ARN de la société Harrisvaccine, c'est-à-dire le vaccin à ARN contre l'influenza porcine (code de produit USDA : 19A5.D0, dossier CCPBV 880VV/S3.0/H16). D'après les propriétés de cette plateforme technologique, nous n'avons aucune raison de croire que le vaccin à réplicon iPED+ n'aura pas les mêmes caractéristiques d'innocuité que le vaccin à ARN contre l'influenza porcine. En raison de l'urgence des demandes de vaccins iPED+ et du fait que ce vaccin n'en est qu'aux premières phases du développement, les données complètes sur l'efficacité du vaccin iPED+ ne sont pas disponibles pour le moment.

2. Objet et nécessité de la mesure proposée

2.1 Importance – Les mesures de biosécurité se révèlent insuffisantes pour stopper la propagation du virus de la DEP en Amérique du Nord. La vaccination avec un vaccin contre la DEP pourrait aider à prévenir, ou du moins à réduire la gravité des cas de DEP, si l'exposition au virus avait lieu après la vaccination.

2.2 Justification – Le CCPBV évalue au cas par cas les demandes d'accès d'urgence à des produits biologiques vétérinaires faites aux termes du paragraphe 131.1(1) du Règlement sur la santé des animaux. Les principales conditions à satisfaire pour que l'utilisation d'urgence soit accordée sont les suivantes : a) les vétérinaires doivent reconnaître qu'ils utiliseront le produit non homologué à leurs propres risques; b) il faut que les attentes quant à l'efficacité du vaccin soient raisonnables; et c) le CCPBV doit être convaincu que l'utilisation du vaccin au Canada ne mettra pas en danger la santé des animaux, des humains ou de l'environnement.

Condition A) Des vétérinaires canadiens ont répondu au CCPBV qu'ils étaient prêts à utiliser le vaccin non homologué à leurs propres risques.

Condition B) Dans des cas d'utilisation d'urgence, des attentes raisonnables d'efficacité peuvent habituellement être définies par au moins un des critères suivants :

  1. Les composantes du vaccin correspondent bien à la protection que le vaccin est censé conférer;
  2. homologation par une autorité réglementaire étrangère;
  3. données expérimentales préliminaires.

L'information fournie par Harrisvaccines sur la conception et les méthodes de production du vaccin iPED+ répond au critère (i) ci-dessus, et les résultats d'une étude à petite échelle faite par le fabricant montrant que le vaccin induit la production d'anticorps neutralisant le virus de la DEP chez les porcs (n = 4) après la vaccination suffisent à satisfaire au critère (iii). Dans l'ensemble, cette information permet de satisfaire à la condition B.

Condition C) La présente EE vise à déterminer si la condition C peut également être satisfaite.

3. Mesures possibles

Les deux mesures envisagées sont a) de délivrer aux vétérinaires qui le demandent, un Permis d'importation de produits biologiques vétérinaires pour leur permettre d'importer et d'utiliser le vaccin iPED+ à leurs propres risques si le CCPBV est convaincu que l'utilisation du vaccin non homologué au Canada ne risque pas de mettre en péril la santé des animaux, des humains ou de l'environnement; ou b) de ne pas délivrer de Permis d'importation de produits biologiques vétérinaires, si l'on découvre des risques importants qui ne peuvent être atténués.

4. Caractéristiques moléculaires et biologiques des organismes parentaux et recombinants

4.1 Provenance, description et fonction des organismes parentaux et du matériel génétique étranger – L'« organisme » vaccinal consiste en un segment d'ARN dit réplicon emballé dans un VRP avec la capside et les glycoprotéines de l'enveloppe d'une souche atténuée du virus de l'EEV. Le réplicon contient l'information génétique nécessaire à l'expression de la protéine S du virus de la DEP chez les animaux vaccinés. La capside et les glycoprotéines de la capsule qui recouvrent le réplicon permettent à celui-ci de pénétrer dans les cellules de l'animal vacciné.

Le segment du réplicon codant la protéine S vient d'un isolat chinois du virus de la DEP. Toutefois, l'analyse des séquences a montré que cet isolat présente plus de 99 % d'homologie de séquence avec les isolats du virus de la DEP qui circulent dans le Midwest des États-Unis.

Les autres séquences du réplicon comprennent les suivantes : la région 5' non traduite (5'-UTR) et les gènes codant les protéines non structurales 1-4 de la souche vaccinale atténuée TC-83 du virus de l'EEV, un promoteur subgénomique 26S et de la région 3' non traduite (3'-UTR) du virus de l'EEV, ainsi qu'un site de clonage multiple.

La capside et les glycoprotéines de l'enveloppe du VPR dans lequel se trouve le réplicon ARN sont produites par des séquences provenant également de la souche vaccinale TC-83 du virus de l'EEV.

Cette souche a été créée en 1961, par des passages répétés de la souche du virus de l'EEV isolée d'un âne à Trinidad sur des cellules cardiaques de cobaye (Manuel terrestre de l'OIE, Paessler et coll., 2006). À l'origine, la souche vaccinale avait été mise au point pour protéger le personnel impliqué dans la recherche, considérée à haut risque, sur le virus de l'EEV. Cette souche a été utilisée dans des pays autres que le Canada pour vacciner des chevaux contre l'EEV. Au Canada, la vaccination des chevaux contre cette maladie n'est pas permise, puisque le pays est considéré indemne de l'EEV.

La partie lipidique de l'enveloppe du VRP provient de la lignée de cellules VERO, une lignée de cellules de rein d'un singe vert africain, utilisée pour fabriquer le vaccin.

4.2 Méthode de modification génétique – Trois plasmides d'ADN ont été construits avec des techniques classiques de biologique moléculaire. Ces plasmides servent de séquences maîtresses pour la production du vaccin. Un des plasmides contient la séquence du réplicon, un autre, les séquences nécessaires à l'expression des protéines de la capside du virus de l'EEV et le troisième contient les séquences nécessaires à la production des glycoprotéines E1, E2, E3 et 6KD du virus de l'EEV. Chaque plasmide contient un promoteur T7 en amont des séquences du réplicon ou du virus de l'EEV, permettant la transcription in vitro des régions voulues. Les plasmides contiennent également un gène de résistance à la kanamycine, mais ce gène n'est pas présent dans le vaccin en raison de la digestion par une enzyme de restriction faite avant la transcription in vitro.

Pendant la fabrication du vaccin, les cellules VERO sont cotransfectées avec des transcrits purifiés produits par transcription in vitro à partir des promoteurs T7 des trois plasmides. Dans les cellules cotransfectées, le réplicon à ARN gère la production de nombreuses copies de lui-même, tandis que les deux séquences d'ARN auxiliaires sont traduites en protéines de la capside et en glycoprotéines de l'enveloppe. Ces éléments nouvellement synthétisés s'assemblent en VRP et incorporent le réplicon à ARN. Les segments d'ARN auxiliaire présents dans la cellule (ceux codant les protéines de la capside et les glycoprotéines de l'enveloppe) ne sont pas incorporés dans les VRP parce qu'ils ne comportent pas les signaux nécessaires à cette incorporation. Les VPR sont ensuite purifiés du liquide de culture cellulaire, on en vérifie la qualité puis on prépare le vaccin final.

Le CCPBV conserve, dans ses dossiers, les détails des méthodes utilisées pour construire les plasmides de séquences maîtresses et produire le vaccin.

4.3 Stabilité génétique et phénotypique de l'organisme vaccinal – Les études présentées par le fabricant sur son vaccin à réplicon contre l'influenza porcine confirment la stabilité de cette incapacité des VRP à se propager. Dans une étude, les porcs ont reçu en même temps deux doses équivalant à 50 fois la dose normale pour les porcs : une dose par voie intramusculaire et une, par voie intraveineuse. Des prélèvements de sang, ainsi que des écouvillonnages des voies nasale et rectale, ont été faits 3, 7, 10 et 14 jours après les injections et ont été analysés à la recherche de particules capables de se répliquer. Pour ce faire, les échantillons prélevés ont été appliqués à une monocouche de cellules VERO (on les a laissés une heure pour l'adsorption, après quoi les cultures ont été lavées et on leur a ajouté du milieu neuf), puis on a transféré le milieu de culture de ces cellules (24 heures après l'inoculation) à une monocouche de cellules VERO fraîches, avant de rechercher les effets cytopathologiques de ce deuxième passage en cultures VERO. Si des particules capables de réplication avaient été présentes dans les échantillons, elles auraient infecté les premières cellules VERO sur lesquelles elles ont été appliquées, leur progéniture aurait été libérée dans le milieu et la deuxième culture de cellules VERO aurait été infectée et on aurait constaté des effets cytopathologiques. Or, aucun effet cytopathologique n'a été observé dans les cultures du deuxième passage, indiquant que le défaut qui rend les VRP incapables de se propager est stable, même après l'injection chez des animaux.

Dans chaque lot de vaccins, on vérifie également la présence de virus capables de se propager. Cette vérification, semblable à la précédente, est faite comme suit : on inocule une culture de cellules VERO avec un échantillon du vaccin, on lave les cellules, puis après 24 heures on transfère le milieu de culture à une nouvelle culture de cellules VERO non infectées. L'épreuve est satisfaisante si aucun effet cytopathologique n'est décelé dans la deuxième culture de cellules VERO après trois jours. Encore une fois, si des virus capables de se répliquer étaient présents dans le vaccin, leur progéniture serait libérée dans le milieu de culture des premières cellules et elle infecterait les cellules de la deuxième culture, causant des effets cytopathologiques détectables.

4.4 Transfert horizontal de gènes et possibilités de recombinaison – De par sa conception, le système de production du vaccin permet de réduire au minimum le risque de recombinaison donnant lieu à la production d'un virus capable de se répliquer. Le système fractionné utilisé permet d'éviter que le matériel génétique codant les protéines structurales du virus de l'EEV se retrouve dans les particules vaccinales. En effet, les ARN auxiliaires codant les protéines de structure du virus de l'EEV sont ajoutés en deux segments d'ARN distincts, ce qui signifie qu'il faudrait au moins deux recombinaisons indépendantes avec le réplicon à ARN pour générer un segment d'ARN contenant toute l'information nécessaire pour produire un virus capable de se propager. Une autre entrave à la recombinaison est le fait que les ARN auxiliaires n'ont pas de promoteur et ne peuvent donc pas agir comme des unités transcriptionnelles autonomes. Ce qui signifie non seulement qu'il faut au moins deux recombinaisons indépendantes, mais que celles-ci doivent se faire d'une manière telle que les ARN auxiliaires soient intégrés dans un ordre déterminé. La séquence codant la capside doit s'intégrer en aval du promoteur subgénomique 26S sur le réplicon, mais en 5' par rapport au glycoprotéines, pour que l'activité autocatalytique de la protéine capsidique puisse cliver la capside du reste de la polyprotéine. L'ARN codant les glycoprotéines doit s'insérer non seulement en aval de la protéine capsidique, mais sur le même cadre de lecture que la protéine capsidique pour éviter le déphasage du cadre. Enfin, les recombinaisons doivent pouvoir supprimer l'effet du codon d'arrêt à la fin de la séquence de la capside sur l'ARN auxiliaire et restaurer le site de clivage autocatalytique de la capside, qui a expressément été détruit lors de la création de cet ARN auxiliaire codant la capside (Vander Veen et coll., 2012; Kamrud et coll., 2010).

Il y a donc plusieurs barrières pour assurer qu'il n'y ait pas formation de recombinants capables de se répliquer durant la production du vaccin. Conformément à ce qui précède, le fabricant du vaccin affirme n'avoir jamais détecté de recombinants capables de se répliquer. En l'absence des séquences d'ARN auxiliaire, les VRP ne peuvent pas produire de capside ni de glycoprotéine de l'enveloppe dans les cellules de l'animal vacciné, et ces protéines de structure sont essentielles à l'assemblage de nouveaux VRP et à la propagation de l'infection d'une cellule à l'autre chez l'animal.

Chez l'animal vacciné, le matériel génétique présent dans les VRP (c.-à-d. le réplicon à ARN) est limité dans sa capacité de transfert horizontal de gènes et de recombinaison avec d'autres virus, notamment parce que les VRP ne causent qu'un seul cycle d'infection et que leur nombre n'est pas amplifié chez l'hôte. La seule source de VRP est celle qui est injectée avec le vaccin, soit environ 3 x 108 particules. Selon les données du fabricant sur le vaccin à réplicon contre l'influenza porcine, la quantité de VRP dans le sang, les sécrétions nasales et les matières fécales des animaux vaccinés est inférieure à la limite de détection dès le troisième jour suivant la vaccination (première mesure effectuée). De même, dans la littérature scientifique, un article signale que l'ARN d'un VRP provenant d'une souche différente du virus de l'EEV était indétectable dans le sang, le foie, le cerveau et la moelle épinière 24 heures après l'injection intramusculaire chez la souris (Kowalski et coll., 2007). Dans l'étude de Kowalski, le réplicon à ARN a été détecté dans les échantillons de tissu musculaire et cutané prélevés aux points d'injection. D'autres études semblent cependant indiquer que les VRP peuvent être rapidement acheminés du point d'injection aux nœuds lymphatiques drainant la région en question avec la migration des cellules dendritiques infectées (Laust et coll., 2007; MacDonald et Johnston, 2000). Quoi qu'il en soit, la faible quantité d'unités vaccinales présentes tôt après la vaccination (outre quelques ARN résiduels dans les nœuds lymphatiques et peut-être au point d'injection) devrait réduire les occasions de recombinaison avec d'autres pathogènes. Pour que l'ARN puisse se recombiner, il faudrait qu'une même cellule soit infectée par le VRP et par un autre virus à ARN. De plus, la recombinaison entre deux virus à ARN non segmentés a tendance à être plus fréquente lorsqu'il y a de l'homologie entre les deux virus (Simon-Loriere et Holmes, 2011). Or, il n'y a pas d'alphavirus qui infecte les porcins de façon courante au Canada.

Le réplicon à ARN se réplique dans le cytoplasme, sans intermédiaire à ADN. Cette caractéristique réduit le risque de recombinaison nucléaire avec l'ADN de l'animal vacciné, de même que la possibilité de mutations d'insertion ou d'expression de gènes aberrants résultant de l'intégration du matériel génétique dans l'ADN chromosomique.

4.5 Éventail d'hôtes, spécificité, tropisme tissulaire et capacités de propagation et d'excrétion virale – Comme le virus de l'EEV de type sauvage, les VRP dérivés de ce virus présentent un tropisme tissulaire à l'égard des cellules dendritiques, comme les cellules de Langerhans de la peau et les cellules dendritiques inflammatoires issues de monocytes et, lors de l'infection, migrent jusqu'aux nœuds lymphatiques qui drainent le point d'injection (Tonkin et coll., 2012; Gardner et coll., 2008; Nishimoto et coll., 2007; MacDonald et Johnston, 2000). Dans les études faites avec le vaccin à réplicon contre l'influenza porcine mis au point par Harrisvaccines, rien n'indiquait que le VRP était excrété dans les sécrétions nasales ou les matières fécales des porcs 3, 7, 10 ou 14 jours après la vaccination, ni dans les matières fécales des souris 1, 3, 7, 14-19, 21, 28 ou 42 jours après la vaccination. Si de petites quantités de VRP étaient éliminées intactes par un animal vacciné et qu'elles soient passées inaperçues dans les études du fabricant, rappelons que les VRP ne sont pas stables à la température ambiante ni à l'extérieur d'un hôte, et que les virus de l'EEV sont habituellement sensibles à la dessiccation, à la lumière du soleil, aux pH acides ainsi qu'à divers désinfectants courants (Fiche technique de l'OIE sur l'EEV).

Les études du fabricant sur le vaccin à réplicon conter l'influenza porcine ont montré que les VRP ne peuvent se propager directement d'un porc vacciné à d'autres porcs avec lesquels ils entrent en contact, ni de souris vaccinées à d'autres souris avec lesquelles elles entrent en contact.

Habituellement les virus de l'EEV de type sauvage sont transmis par des moustiques qui deviennent infectés après avoir ingéré le sang d'un animal virémique (Weaver et coll., 2004). Après avoir infecté les cellules du mésentéron de l'insecte, le virus doit se propager aux glandes salivaires avant que le moustique ne puisse transmettre le virus à un autre hôte vertébré par l'intermédiaire de sécrétions salivaires. Au moment où les études du fabricant visant à détecter la propagation de l'« organisme » vaccinal contre l'influenza porcine entre les animaux, il n'y avait peut-être pas de moustiques ni d'autres arthropodes hématophages connus pour faciliter la transmission indirecte du virus de l'EEV de type sauvage entre les animaux. Toutefois, on ne s'attend pas à ce que les moustiques puissent propager les VRP d'un porc vacciné à d'autres animaux. S'il arrivait qu'un moustique ingère quelques VRP, ces derniers ne peuvent produire qu'un seul cycle d'infection chez les insectes. Après l'ingestion de sang contenant des VRP dérivés du virus de l'EEV, les cellules infectées par le VRP semblent localisées dans le mésentéron du moustique et non dans les glandes salivaires (Smith et coll., 2007). De plus, il se peut qu'un repas de sang doive contenir au moins 105 VRP par millilitre pour qu'on puisse trouver des cellules du mésentéron infectées par le VRP chez des moustiques, du moins chez l'espèce Aedes taeniorhynchus (Smith et coll., 2007). Avec seulement approximativement 3 x108 VRP injectés chez un porc durant la vaccination, il est peu probable que ce titre soit atteint dans le sang d'un animal vacciné, sauf peut-être immédiatement après la vaccination près du point d'injection.

4.6 Comparaison des organismes modifiés et des organismes parentaux – Quelques substitutions de nucléotides ont été faites dans la séquence du gène nsp1 dans le réplicon à ARN, pour permettre de distinguer les séquences dérivées du réplicon de celles de la souche vaccinale parentale TC-83.

4.7 Voie d'administration/de transmission – Le vaccin doit être administré par voie intramusculaire. D'après la conception du VRP et les données du fabricant, on ne s'attend pas à ce qu'il y ait de transmission.

5. Innocuité pour l'humain

5.1 Données antérieures sur l'innocuité – La souche vaccinale TC-83 de l'EEV de laquelle est dérivé le vaccin a d'abord été mise au point pour l'utilisation chez le personnel à risque élevé qui travaillait sur des projets de recherche sur l'EEV (Manuel terrestre de l'OIE). Le virus vivant TC-83 a été administré à des milliers de personnes, principalement des employés de laboratoire et du personnel militaire (Pittman et coll., 1996).

Les particules vaccinales à réplicon issu du virus de l'EEV semblables à l'actuel vaccin contre la DEP ont été administrées à au moins 140 volontaires humains en bonne santé (en général, chacun recevait trois doses) dans le cadre de différents essais cliniques de phase I (Wecker et coll., 2012; Bernstein et coll., 2010). Un vaccin à réplicon dérivé du virus de l'EEV a également été administré à 12 sujets atteints du cancer de la prostate, chacun ayant reçu jusqu'à 5 doses du vaccin expérimental contre le cancer (Slovin et coll., 2013). Aucun problème d'innocuité n'a été décelé dans ces études.

5.2 Risque d'exposition pour l'humain – On s'attend à ce que la probabilité d'exposition de l'humain aux VRP du vaccin soit faible, puisque les VRP ne se propagent pas chez l'animal vacciné, et qu'ils ne semblent pas être excrétés dans une mesure significative chez les porcs vaccinés, si tant est qu'ils soient excrétés. Ces résultats sont fondés sur les tentatives faites pour détecter le VRP 3 jours après la vaccination et l'absence de propagation à des porcs sensibles en contact avec des porcs vaccinés 24 heures après l'administration du vaccin à réplicon contre l'influenza porcine fabriqué par Harrisvaccines. De plus, en raison de leur sensibilité connue à la chaleur et de leur sensibilité présumée (selon les caractéristiques du virus de l'EEV) à la dessiccation, à la lumière du soleil et aux agents de nettoyage courants, on ne s'attend pas à ce que les VRP persistent dans l'environnement même si une quantité limitée était excrétée ou si une quantité réduite du vaccin y était déversée sans qu'on s'en rende compte.

Les protocoles de biosécurité mis en œuvre dans presque toutes les exploitations commerciales modernes de production porcine limitent habituellement l'accès du grand public aux animaux et aux installations.

5.3 Conséquences possibles de l'exposition – On ne s'attend pas à ce que l'exposition des humains au vaccin ou aux animaux vaccinés représente un risque pour la santé. Les VRP sont incapables de se propager, en raison de l'absence de matériel génétique requis pour la production de protéines structurales additionnelles, et cette carence n'est pas propre à l'espèce.

5.4 Pathogénicité pour l'humain des microorganismes parentaux – La souche parentale TC-83 est atténuée et peut être administrée aux humains en tant que vaccin vivant. Lorsque le vaccin TC-83 est administré aux humains, on signale qu'environ 25 % des gens éprouvent des effets défavorables après la vaccination. Toutefois, il s'agit habituellement d'effets de courte durée qui ressemblent aux symptômes de la grippe (Pittman et coll., 1996).

Les virus de la DEP ne sont pas réputés causer de maladie chez l'humain.

5.5 Effets des manipulations génétiques sur la pathogénicité pour l'humain – Les manipulations génétiques faites sur le virus parental TC-83 de l'EEV servent à en atténuer la pathogénicité. En éliminant le matériel génétique du virus codant des protéines structurales, le fabricant a créé un réplicon à ARN semblable à un virus, mais qui a perdu la capacité de se propager.

5.6 Risques associés à une utilisation répandue du vaccin – Aucun risque associé à l'utilisation courante du vaccin n'a été identifié.

6. Innocuité pour l'animal

6.1 Données antérieures sur l'innocuité – Le vaccin iPED+ n'a pas encore fait l'objet d'essais d'innocuité à grande échelle sur le terrain. Le fabricant a administré le vaccin à un petit nombre de porcs, dont des porcs naïfs, dans le cadre d'études sur la R et D, et n'a pas signalé de problème d'innocuité. Harrisvaccines a également distribué plus de 20 000 doses du vaccin non homologué à des vétérinaires aux États-Unis, pour qu'ils puissent l'utiliser dans les exploitations dont ils s'occupent.

Harrisvaccines a distribué plus de 700 000 doses de son vaccin iPED, la première génération de vaccin à réplicon contre la DEP, lequel n'exprimait que la région S1 de la protéine S; ce vaccin a été utilisé chez les porcs aux États-Unis.

6.2 Devenir du vaccin chez les espèces visées et non visées – Après avoir été injectés dans le muscle du porc, il semble que les VRP infectent avant tout les cellules dendritiques se trouvant près du point d'inoculation, comme les cellules de Langerhans de la peau et les cellules dendritiques inflammatoires dérivées des monocytes (Tonkin et coll., 2012; Nishmoto et coll., 2007; MacDonald et Johnston, 2000). Les cellules dendritiques infectées/activées migrent rapidement jusqu'aux nœuds lymphatiques drainant le point d'injection. Les résultats d'une étude laissent supposer qu'une faible dose (103) de VRP issus du virus de l'EEV, injectée dans le tissu sous-cutané de la souris pouvait être éliminée du site d'injection dans l'heure suivant l'administration, et que les VRP pouvaient être détectés dans les nœuds lymphatiques drainant le point d'infection dans les 30 minutes suivant l'inoculation (MacDonald and Johnston, 2000).

Dans la cellule infectée, le réplicon à ARN monocaténaire positif est traduit en protéines non structurales 1-4. Celles-ci gèrent ensuite la réplication du réplicon, la production du transcrit subgénomique 26S et la traduction du transit subgénomique en quantités élevées de protéines S du virus de la DEP. Cet antigène étranger induit ensuite, chez l'hôte vacciné, une réponse immunitaire contre la protéine S du virus de la DEP. Comme nous l'avons mentionné précédemment, même si le réplicon ARN peut se répliquer dans les cellules infectées, aucune progéniture de VRP ne peut se former ni être libérée des cellules infectées pour infecter d'autres cellules, à cause de l'absence de matériel génétique codant les protéines structurales nécessaires.

Les cellules dendritiques activées sont habituellement éliminées de l'organisme par apoptose (Granucci et Zanoni, 2009). Dans l'étude mentionnée ci-dessus, les VRP pouvaient être détectés dans les nœuds lymphatiques drainant le point d'injection pendant cinq jours (MacDonald et Johnston, 2000).

Conformément à la notion de clairance rapide des VRP chez un animal, les résultats fournis par le fabricant sur l'utilisation du vaccin à réplicon contre l'influenza porcine indiquent que, 14 jours après la vaccination, aucun VRP ne peut être détecté par RT-PCR dans les échantillons de tissu musculaire prélevés au point d'injection, les tonsilles, le poumon, la rate, le foie, les reins, le cœur, le cerveau, l'intestin et les nœuds lymphatiques situés les plus près du point d'injection.

6.3 Risque d'excrétion et/ou de propagation par suite de contacts entre des animaux vaccinés et des animaux visés ou non visés – Avec son vaccin à réplicon contre l'influenza porcine, le fabricant a vérifié si les VRP étaient excrétés chez les porcs et les souris vaccinés et s'ils pouvaient se propager.

Dans l'étude sur les porcs, les animaux ont reçu parallèlement deux doses du vaccin contre l'influenza porcine à raison de 50 fois la dose normale pour le porc : une dose par voie intramusculaire et une, par voie intraveineuse. Des écouvillonnages nasaux et rectaux ont été prélevés 3, 7, 10 et 14 jours après les injections, l'ARN a été extrait de chacun des échantillons, puis analysé par RT-PCR à la recherche du réplicon à ARN. Aucun réplicon à ARN n'a pu être détecté, ce qui signifie que 3 jours après l'injection, la quantité de VRP est sous la limite de détection de l'épreuve. Ces résultats laissent supposer que les VRP ne sont pas excrétés dans les sécrétions nasales ni les matières fécales à partir de 3 jours après la vaccination. Le fabricant n'a pas non plus détecté de VRP dans le sang, les écouvillonnages nasaux ou rectaux prélevés 3, 7, 10 et 14 jours chez des porcs qui avaient été mis en contact avec des porcs vaccinés 24 heures après la vaccination. Même si on a constaté la présence d'anticorps anti-hémagglutinine (anti-HA) du virus de l'influenza porcine chez tous les animaux vaccinés, aucun des porcs témoins qui avaient été en contact avec ces animaux ne présentait d'anticorps anti-HA, corroborant ainsi l'hypothèse selon laquelle le vaccin ne peut se propager des porcs vaccinés à ceux qui sont en contact avec eux (Vander Veen et coll., 2012).

Une étude semblable a été réalisée chez la souris et a montré que les VPR n'étaient pas excrétés dans les matières fécales et qu'ils ne pouvaient pas se propager des souris vaccinées aux souris qui étaient en contact avec elles.

Tel qu'il a été mentionné au point 4.5, on ne sait pas s'il y avait des arthropodes hématophages capables de transmettre le virus sauvage de l'EEV d'un animal à un autre au moment des études du fabricant. Néanmoins, en raison de la composition génétique des particules, on ne s'attend pas à ce que les VRP puissent se propager d'autres animaux et causer une infection productive chez un animal exposé de manière indirecte.

6.4 Retour de la virulence résultant de la réinoculation chez les animaux – Le fabricant a utilisé son vaccin à réplicon contre l'influenza porcine pour confirmer que le VRP maintient son incapacité de se propager, même quand il est injecté à des animaux. Dans une étude, les porcs ont reçu simultanément deux doses de vaccin à raison de 50 fois la dose normale pour les porcs : une dose par voie intramusculaire et une, par voie intraveineuse. Les échantillons de sang, ainsi que des écouvillonnages des voies nasale et rectale, ont été faits 3, 7, 10 et 14 jours après les injections et ont été analysés à la recherche de particules capables de se répliquer. Pour ce faire, les échantillons prélevés ont été appliqués à une monocouche de cellules VERO (on les a laissés une heure pour l'adsorption, après quoi les cultures ont été lavées et on leur a ajouté du milieu neuf), puis on a transféré le milieu de culture de ces cellules (24 heures après l'inoculation) à une monocouche de cellules VERO fraîches, avant de rechercher les effets cytopathologiques de ce deuxième passage en cultures VERO. Si des particules capables de réplication avaient été présentes dans les échantillons, elles auraient infecté les premières cellules VERO sur lesquelles elles ont été appliquées, leur progéniture aurait été libérée dans le milieu et la deuxième culture de cellules VERO aurait été infectée et on aurait constaté des effets cytopathologiques. Or, aucun effet cytopathologique n'a été observé dans les cultures du deuxième passage, indiquant que le défaut qui rend les VRP incapables de se propager est stable, même après l'injection chez des animaux.

L'ARN isolé de ces mêmes échantillons de sang et écouvillonnages des voies nasale et rectale a également été analysé par RT-PCR à la recherche de réplicons à ARN. Aucun réplicon ARN n'a pu être détecté, ce qui signifie que 3 jours après l'injection, la quantité de VRP est sous le seuil de détection de l'épreuve. Les échantillons des tissus suivants prélevés 14 jours après la vaccination se sont révélés négatifs aux épreuves de RT-PCR à la recherche de VRP : tissu musculaire au point d'injection, tonsilles, poumon, rate, foie, reins, cœur, cerveau, intestin et nœuds lymphatiques situés le plus près du point d'injection. Si les VRP du vaccin avaient retrouvé la capacité de se propager et d'être amplifiés à des titres élevés chez l'hôte, on se serait attendu à en détecter la présence dans au moins un des tissus analysés.

Dans l'ensemble, ces données confirment que les VRP ne retrouvent pas la capacité de se propager chez les porcs après la vaccination. Or, la restauration de cette capacité de propagation serait essentielle pour que les particules virales puissent retrouver leur virulence; sinon l'infection ne peut se propager au-delà de la première cellule infectée.

Étant donné qu'on n'a pas pu récupérer de VRP chez le premier groupe d'animaux vaccinés, le fabricant n'a pas pu procéder à une étude de réinoculation.

6.5 Effet d'une surdose chez les espèces visées et non visées – Le fabricant a vérifié l'innocuité d'une surdose de vaccin en administrant à dix porcelets d'environ six semaines deux doses du vaccin contre l'influenza porcine, chacune équivalant à 50 fois la dose normale administrée au porc. Une des doses a été donnée par voie intramusculaire, la voie recommandée, tandis que l'autre a été donnée simultanément par voie intraveineuse. Aucun effet défavorable associé à l'administration du vaccin n'a été signalé.

Le fabricant a aussi administré le vaccin contre l'influenza porcine par voie intrapéritoniale à des souris à raison de 1/10 environ de la dose administrée au porc, sans constater de signes de toxicité.

Des vaccins dérivés du virus de l'EEV semblables à ceux de la société Harrisvaccines contre l'influenza porcine et la DEP ont été testés chez le cobaye, le rat, le lapin, le bovin, le macaque rhésus, le macaque cynomologue et l'humain et aucun problème d'innocuité n'a été relevé (Herbert et coll., 2013; Loy et coll., 2013; Wecker et coll., 2012; Bernstein et coll., 2010; Hubby et coll., 2007; Laust et coll., 2007).

6.6 Éventail d'hôtes et possibilité de dissémination du vecteur – La possibilité de dissémination du vecteur est limitée. En effet, les VRP ne sont capables que d'un cycle d'infection. Lorsque le réplicon à ARN s'introduit dans une cellule, il ne peut se multiplier pour produire de nouveaux VRP qui pourraient infecter d'autres cellules.

7. Environnement touché

7.1 Étendue de la dissémination dans l'environnement – L'étendue de la dissémination des VRP du vaccin sera très limitée. En effet, les VRP n'ont pas l'information génétique nécessaire pour produire une progéniture. Par conséquent, la quantité maximale de VRP qui pourrait être libérée dans l'environnement est celle contenue dans le vaccin. Après la vaccination d'un animal, on présume que la grande majorité des VRP s'introduisent dans des cellules et sont dégradés par les voies métaboliques normales des protéines et des acides nucléiques, avant que leurs constituants ne soient éliminés et rejetés dans l'environnement.

7.2 Persistance du vecteur dans l'environnement et répercussions cumulatives – Les VRP sont des structures enveloppées comme le virus parental de l'EEV. Ceci les rend relativement sensibles à la chaleur, à la dessiccation et aux détergents, et il est peu probable qu'ils survivent dans l'environnement à l'extérieur d'une cellule hôte (fiche technique de l'OIE; Sagripanti et coll., 2010; Harper, 1961). Les données que le fabricant a fournies sur son vaccin à réplicon contre l'influenza porcine indiquent que les VRP sont complètement inactivés après 7 jours à 37 ºC et fortement inactivés après 21 jours à 27 ºC, même dans un milieu protecteur comme celui de la fiole stérile du vaccin. Les virus de l'EEV sont également sensibles à l'inactivation par les rayons UV du soleil (Lytle et Sagripanti, 2005).

7.3 Degré d'exposition des espèces non visées – Étant donné qu'au Canada la plupart des porcins sont élevés dans des installations de production biosécuritaires, il y a relativement peu d'espèces non visées qui pourraient être exposées aux VRP. Comme nous l'avons mentionné précédemment, leur incapacité à se propager limite grandement l'exposition.

8. Incidences sur l'environnement

8.1 Risques et avantages – L'avantage de ce vaccin est qu'il pourrait aider à protéger les porcins du Canada contre la maladie causée par le virus de la DEP, soit en réduisant le nombre ou la gravité des cas de DEP. Plusieurs pensent que le risque d'exposition au virus de la DEP est actuellement très élevé au Canada en raison de la propagation du virus en Amérique du Nord. Depuis l'introduction du virus aux États-Unis il y a moins d'un an, la DEP s'est propagée à 23 États et a maintenant atteint une province canadienne, malgré la vigilance accrue de l'industrie et de son adhésion rigoureuse à des protocoles de biosécurité. La vaccination pourrait être un outil qui aide à réduire l'impact de la DEP au Canada.

Il faut souligner que le vaccin iPED+ de Harrisvaccines n'a pas encore été homologué nulle part parce que son efficacité n'a pas été établie. Malgré les données anecdotiques sur les effets bénéfiques du vaccin aux États-Unis, les résultats des études de provocation contrôlée ne sont pas encore disponibles, et les données sur l'immunogénicité fournies jusqu'à présent sont fondées sur la réponse sérologique chez un faible nombre de porcs seulement. Par conséquent, même si le CCPBV est prêt à permettre aux vétérinaires d'utiliser cet outil potentiel contre la maladie causée par le virus de la DEP, à l'heure actuelle, il ne peut prédire l'efficacité du vaccin sur le terrain. C'est pourquoi les vétérinaires devront reconnaître qu'ils savent que le vaccin n'est pas homologué, qu'ils l'utilisent à leurs propres risques et qu'ils doivent informer leurs clients que l'efficacité du vaccin n'a pas été établie. En outre, les vétérinaires et les producteurs doivent savoir que l'utilisation du vaccin ne doit pas remplacer la mise en œuvre de protocoles de biosécurité accrus.

8.2 Innocuité relative en comparaison d'autres vaccins – À l'heure actuelle, il n'y a aucun autre vaccin disponible au Canada contre la DEP. Comparativement à l'utilisation de souches atténuées vivantes du virus de la DEP comme vaccins, chez lesquelles l'atténuation de la virulence pourrait n'être due qu'à quelques mutations ponctuelles, le présent vaccin présente un risque beaucoup plus faible de retour à la virulence. En fait, il n'y a pratiquement aucun risque que le vaccin iPED+ « retrouve » virulence et cause la DEP, puisque le vaccin ne contient qu'un segment du virus de la DEP. Comparativement à l'utilisation de virus inactivés, il n'y a aucun risque que le vaccin iPED+ cause la maladie en raison d'une inactivation chimique incomplète, puisque le vaccin iPED+ ne requiert aucune inactivation chimique durant la production, comme c'est le cas pour un vaccin tué.

Il semble que les VRP contenus dans le vaccin iPED+ ne soient pas excrétés et qu'ils ne se propagent pas entre les animaux, alors l'« organisme » vaccinal recombinant risque moins d'être disséminé dans l'environnement que d'autres vaccins génétiquement modifiés vivants qu'on peut envisager.

9. Mesures d'atténuation

9.1 Santé des travailleurs – Les personnes qui administrent le vaccin aux porcs sont celles qui présentent le plus grand risque d'exposition par auto-injection accidentelle. Si un tel accident devait se produire, on ne s'attend pas à ce que l'exposition au VRP présente un risque pour la santé humaine étant donné que des VRP apparentés ont été administrés à des volontaires humains et que des mutations génétiques rendent les VRP incapables de se propager, et ce, quelle que soit l'espèce chez laquelle ils se trouvent. De plus, puisque le vaccin ne contient aucun adjuvant, il n'y a aucun risque de problèmes cliniques liés à l'auto-injection accidentelle d'un adjuvant huileux. En cas de déversement accidentel du vaccin, ce dernier est facilement inactivé par les agents habituels de nettoyage et de désinfection.

9.2 Manipulation d'animaux vaccinés ou exposés – Au Canada, la plupart des porcins sont élevés dans des établissements biosécuritaires auxquels la population générale n'a pas d'accès. Les employés qui manipulent les animaux vaccinés auront une exposition limitée aux VRP, puisque les études du fabricant sur le vaccin à réplicon contre l'influenza porcine montrent que les VRP ne sont pas excrétés dans les matières fécales ni dans les sécrétions nasales 3 jours après la vaccination (soit le premier point temporel examiné).

10. Surveillance

10.1 Mesures d'ordre général – Les permis d'importation pour l'utilisation d'urgence du vaccin iPED+ stipuleront que le détenteur du permis doit signaler toute lacune ou problème important d'innocuité, de puissance ou d'efficacité du produit à l'ACIA dans les 15 jours suivant la date à laquelle la lacune ou le problème a été porté à sa connaissance. De plus, on demandera aux vétérinaires de fournir une rétroaction au CCPBV sur leur expérience du vaccin, notamment sa performance présumée, anecdotique ou autre.

10.2 Mesures visant les humains – On ne procédera à aucune surveillance particulière de l'innocuité du produit à l'égard des humains.

10.3 Mesures visant les animaux – Les vétérinaires, les personnes effectuant la vaccination et les producteurs doivent signaler toute réaction indésirable soupçonnée au CCPBV conformément aux dispositions énoncées ci-dessus. Les réactions indésirables soupçonnées doivent être signalées au moyen du formulaire CFIA/ACIA 2205 –  Déclaration des événements indésirables soupçonnés à l'égard des produits biologiques vétérinaires. Suivant le permis d'importation, les vétérinaires devront également tenir un registre des troupeaux et des établissements dans lesquels le vaccin a été utilisé.

11. Conclusions et mesures mises en œuvre

Après l'évaluation des données disponibles, le CCPBV a conclu que l'importation et l'utilisation, au Canada, du vaccin non homologué iPED+ contre la diarrhée épidémique porcine fabriquée par Harrisvaccines ne devraient avoir aucun effet indésirable important sur l'environnement, si le vaccin est fabriqué et analysé conformément aux bonnes pratiques de fabrication généralement reconnues et selon le mode d'emploi figurant sur l'étiquette.

À la lumière des résultats de la présente évaluation, le CCPBV a décidé d'accepter les demandes des vétérinaires concernant l'importation du vaccin iPED+ pour utilisation d'urgence.

Chaque lot de vaccin iPED+ destiné au Canada doit avoir fait l'objet d'un contrôle de la qualité par le fabricant, et les résultats de ce contrôle doivent être soumis au CCPBV aux fins d'examen. Les permis d'importation pour une utilisation d'urgence du vaccin iPED+ délivrés par le CCPBV aux vétérinaires seront limités à quelques lots spécifiquement approuvés. Le vaccin importé par un vétérinaire ne peut être utilisé que sous sa supervision et ne peut être distribué à d'autres.

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