Une santé : c’est notre vocation
Avec la désignation de 2011 comme l’Année mondiale vétérinaire et la célébration internationale du 250e anniversaire de l’enseignement de la médecine vétérinaire, il est naturel de se pencher sur la contribution de la profession au bien public à l’échelle de la planète. Le moment est également tout indiqué pour réfléchir longuement à la façon dont la profession répond aux besoins de la société d’aujourd’hui et de demain.
Il s’agit peut-être d’un heureux hasard qu’en 2011, nous ayons aussi assisté à la déclaration officielle de l’éradication de la peste bovine. En Amérique du Nord, cette réalisation n’attirera probablement pas l’attention de la majorité, vu que la maladie n’a jamais été introduite ici. Des félicitations s’imposent pour la vigilance des vétérinaires et l’intendance des éleveurs d’animaux de ferme qui ont su protéger le Canada contre cette maladie.
Fait intéressant, certains des premiers vaccins contre la peste bovine ont été développés au Canada dans le cadre d’une stratégie de défense contre la possibilité d’une propagation délibérée du virus en temps de guerre dans le but de perturber l’approvisionnement alimentaire du pays.
Le Canada n’a jamais connu l’impact énorme de la peste bovine sur la production animale ni la famine qu’elle entraîne pour les humains, laquelle a ravagé de nombreux pays d’Afrique, d’Europe et d’Asie et remonte aux premiers signalements de la maladie en 367 av. J.-C.
Néanmoins, lorsque la déclaration officielle a été prononcée conjointement par l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) plus tôt cette année, ce fut pour moi un moment émouvant de voir des vétérinaires émus jusqu’aux larmes, car ils avaient été témoins de la dévastation que cette maladie avait causée dans leur pays.
Une réalisation capitale pour un si grand nombre d’habitants de la planète, l’éradication de la peste bovine est aussi motif à réflexion sur la façon dont la profession vétérinaire peut obtenir du succès à une échelle semblable à l’avenir. Dans notre environnement mondialisé, le commerce de masse et les voyages signifient que les problèmes dans une région du monde peuvent rapidement se propager à d’autres régions et que les interconnexions entre la santé des humains, des animaux et des écosystèmes deviennent de plus en plus évidentes.
Le concept de « Une santé » s’est acquis une place importante à la lumière de plusieurs incidents zoonotiques qui ont été très médiatisés dernièrement comme le virus du Nil occidental en Amérique du Nord ou le virus Nipah en Malaisie et le virus Hendra en Australie. Le débat se poursuit entre les professionnels de la santé et les scientifiques à propos des avantages offerts par cette approche. Toutefois, le concept de « Une santé » n’est pas nouveau. Le principe a effectivement servi de fondement à la profession vétérinaire et a justifié la création de la première école de médecine vétérinaire à Lyon, en France, il y a 250 ans.
Dans sa définition la plus simple, « Une santé » consiste à gérer les problèmes se situant à la charnière de la santé des écosystèmes, de la santé animale et de la santé humaine. Ce concept vise à observer les conséquences d’interventions bien intentionnées dans un élément du continuum sur les autres éléments et à comprendre la cause qui se cache derrière la cause d’un problème.
« Une santé » ne change pas ce que nous faisons, mais plutôt comment nous le faisons. La gestion de la rage représente le modèle classique d’« Une santé », car elle démontre les efforts concertés pour réduire la propagation du virus au moyen de programmes d’appâts, de programmes de vaccination des animaux de compagnie et de ferme, et d’une exposition réduite des humains. Une approche intégrée semblable a aussi été utilisée pour tenter de gérer la leptospirose et la maladie de Lyme.
Parmi les autres stratégies d’« Une santé », il y a notamment la coordination de la surveillance du virus hautement pathogène de l’influenza aviaire H5N1 chez les populations d’oiseaux migrateurs et de volaille, et des souches d’influenza en circulation chez les humains ainsi qu’une intensification de la vaccination contre la maladie du charbon dans les régions historiquement endémiques à la lumière des cycles récents de sécheresse et d’inondations.
Les principes d’« Une santé » peuvent aussi nous aider à aborder collectivement les préoccupations entourant l’antibiorésistance et l’adaptation des pathogènes.
Les résultats des approches d’« Une santé » s’étendent bien au-delà de la gestion de la maladie et de la protection de la santé publique. La prospérité économique, la protection environnementale, la biodiversité, la sécurité alimentaire et la confiance du public peuvent aussi s’en trouver rehaussées.
Le concept pourrait se décrire ainsi : « La nécessité qui incite les humains, les écosystèmes et les animaux à vivre ensemble en harmonie. »
Par ailleurs, « Une santé » peut également nous définir en tant que profession dans les années à venir. C’est ce qui correspond à nos fonctions, à nos compétences et à notre vocation.
(par le Dr Brian Evans, vétérinaire en chef et chef de la salubrité des aliments pour le Canada, Agence canadienne d’inspection des aliments)
Cet article a paru en octobre 2011 dans La Revue vétérinaire canadienne.
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