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Chapitre 7 – Contaminants dans les aliments du bétail –  Section 7.2 Niveaux d'intervention relatifs aux dioxines, furanes, biphényles polychlorés (BPC) de type dioxine, et BPC totaux présents dans les aliments du bétail


Révisée: 2009-12-07

L'ACIA procède périodiquement à des enquêtes sur les aliments du bétail afin de détecter les polluants de l'environnement qui pourraient avoir une incidence sur la sécurité de la chaîne de production alimentaire et sur la santé des animaux. Depuis 1998, les types différents des aliments du bétail et des ingrédients des aliments du bétail ont été recensé visant à déterminer leur teneur en dioxines, furanes et biphényles polychlorés (BPC). On a ainsi estimé que, pour les humains, les aliments sont la principale source d'exposition aux dioxines, aux furanes et aux BPC, 90 % de ces substances provenant des aliments d'origine animale (Fürst, Beck et Theelen, 1992). Les estimations indiquent aussi que 80 % de ces contaminants des produits d'origine animale proviennent des aliments du bétail. Les résultats des enquêtes initiales et l'analyse des publications scientifiques pertinentes nous amènent à considérer que les farines de poisson, les huiles de poisson, les aliments pour poissons et les ingrédients minéraux constituent des sources potentielles de ces contaminants, et, à ce titre, ont été surveillés dans le cadre du Programme de surveillance des dioxines, des furanes et des BPC. Les résultats de l'échantillonnage ont été compilés et l'on a déterminé les concentrations de base de dioxines, de furanes et de BPC.

Les dibenzo-p-dioxines polychlorées (PCDD) et les dibenzofuranes polychlorés (PCDF), souvent appelés tout simplement « dioxines », se forment au cours de la fabrication des hydrocarbures chlorés et risquent donc de se retrouver sous forme de contaminants dans les BPC, les pesticides organochlorés et les herbicides phénoxyacides. Les procédés de blanchiment faisant intervenir du chlore peuvent aussi entraîner la formation de dioxines. Des dioxines se forment également lors de la combustion de matières organiques en présence de chlore et sont donc présentes dans les cendres volantes des incinérateurs; les feux de forêts en produisent naturellement. Les PCDD et les PCDF sont très persistants dans l'environnement et sont considérés comme des polluants omniprésents. On les retrouve à de très faibles concentrations chez tous les organismes vivants, et ils peuvent être bioaccumulables dans les chaînes alimentaires en raison de leur caractère lipophile.

Selon le degré de chloration (1 à 8 atomes de chlore) et les substitutions, il est possible de distinguer 75 PCDD et 135 PCDF : on leur donne le nom de « congénères ». La toxicité des congénères de la dioxine varie considérablement. Parmi les 210 congénères connus, seuls 17 sont considérés toxiques, et l'analyse des « dioxines totales » effectué par l'ACIA est fondée sur la concentration combinée de ces 17 congénères de dioxine et furane. L'exposition et les teneurs en résidus chimiques sont exprimées en équivalents toxiques (TEQ) du congénère le plus toxique, soit la 2,3,7,8-tétrachloro-dibenzo-p-dioxine (2,3,7,8-TCDD), ce qui permet de comparer les résultats des analyses.

Le Centre International de Recherche contre le Cancer (CIRC) a classé la 2,3,7,8-TCDD comme cancérogène du groupe 1, c'est-à-dire cancérogène pour les humains. Chez les animaux de laboratoire, les effets observés comprennent endométriose, troubles du comportement et du développement, effets sur la reproduction et immunotoxicité. Les effets biochimiques et toxicologiques de l'exposition aux dioxines sont fonction de la concentration dans les tissus et non de la dose. Ils sont donc les mêmes, que l'absorption se fasse par fortes doses sur une courte période ou petites doses sur une longue période.

Les BPC aussi sont considérés comme des polluants persistants. Ils diffèrent des PCDD et des PCDF dans la mesure où ils ont été intentionnellement fabriqués pour être utilisés dans les transformateurs, les isolateurs, les condensateurs, etc., alors que les dioxines et les furanes sont produits involontairement comme sous-produits non désirés. Les BPC comprennent 209 congénères différents et l'analyse des « BPC totaux » effectué par l'ACIA est fondée sur la concentration combinée de 72 des 209 congénères individuels de BPC. Certaines des 209 congénères, du fait de leur structure chimique et de leur activité biologique, sont considérés comme étant « de type dioxine ».

Il est également possible d'exprimer l'exposition aux 12 à 14 BPC de type dioxine les plus toxiques en équivalents toxiques (TEQ). En 1977, la fabrication et l'importation de BPC ont été interdites en Amérique du Nord, et les BPC encore utilisés dans les applications électriques sont en train d'être éliminés progressivement.

Nota : À partir de ce point-ci dans cette section, le terme « dioxines » désigne les dioxines (PCDD), furanes (PCDF) et BPC de type dioxine. L'ACIA calcule les dioxines totales, y compris les BPC de type dioxine, par utiliser la mode internationale standardisée d'établissements de rapports de TEQ-OMS (équivalents toxiques - Organisation mondiale de la santé) avec les facteurs d'équivalence de la toxicité (FET) approprié de l'OMS de 1998 (Van den Berg et coll., 1998). Cette méthodologie peut servir au dosage de 7 congénères de la dioxine, 10 congénères du furane et 12 congénères des BPC de type dioxine. Toutes les données et tous les niveaux d'intervention (sauf pour BPC totaux) dans le reste de cette section sont exprimés utilisant la terminologie de TEQ-OMS.

Les méthodes d'analyses acceptables y compris une système de purification par extraction (extraction liquide-liquide ou extraction par Soxhlet) et l'utilisation de la chromatographie en phase gazeuse avec la spectrométrie de masse à haute résolution (CPG-MSHR). Ça c'est la méthode utilisée par la laboratoire de l'ACIA pour l'analyse des échantillons. La méthode XDS-CALUX®, numéro 4435 de l'Environmental Protection Agency (EPA) des États-Unis, a été examiné et est une méthode de sélection acceptable pour les minéraux. Si les autres méthodes d'analyse sont utilisées, il faut que les méthodes soient premièrement examinés par la laboratoire de l'ACIA pour déterminer si les résultats sont acceptables.

Sur la base des données résultant de l'analyse des échantillons prélevés dans le cadre du Programme de surveillance, des niveaux d'intervention ont été établis pour l'ensemble des dioxines présentes dans les farines de poisson, dans les huiles de poisson, dans les aliments pour poissons, dans les minéraux, dans les complexes minéraux, dans les macro-prémélanges et dans les antimottants (voir le tableau 1). Sur la base des résultats des échantillons, l'ACIA a aussi réexaminer son niveau d'intervention pour les BPC totaux dans les huiles marines1 utilisé comme ingrédient dans les aliments du bétail (voir le tableau 2). Une explication plus poussée des modalités d'établissement de ces niveaux d'intervention est présentée en annexe.

Ces niveaux d'intervention sont considérés comme provisoires. Ils pourraient être abaissés dans l'avenir, dans le souci constant de réduire les sources superflues de contaminants dans les aliments d'origine animale. Cette approche concorde avec la politique de l'ACIA destinée à détecter et à éliminer les sources de contaminants présentes dans la chaîne de production alimentaire.

Les fabricants d'aliments du bétail se voient rappeler leur responsabilité de produire des aliments sans danger pour tous les animaux d'élevage et de prévenir l'introduction de contaminants dans la chaîne de production alimentaire par l'entremise d'aliments d'origine animale.


1 Dans le cadre de la présente section, les huiles marines sont définies comme huiles des sources marines approuvés (p. ex., huile de poisson, huile de mollusque), qui sont inscrites dans les Annexes IV et V du Règlement sur les aliments du bétail.

Tableau 1. Sommaire des niveaux d'intervention applicables aux dioxines totales, furanes totaux et des BPC de type dioxine totaux
(ng TEQ-OMS/kg) dans différents ingrédients d'aliments du bétail.

Ingrédient d'aliments du bétail Niveau d'intervention
ng TEQ-OMS/kg)
Farine de poisson 3
Huile de poisson 16
Aliments pour poissons 6
Minéraux, complexes minéraux,
macro-prémélanges et antimottants
1,5

Tableau 2. Niveau d'intervention applicable aux BPC totaux (mg/kg) dans les huiles marines.

Ingrédient d'aliments du bétail Niveau d'intervention
(mg/kg)
Huiles marines 0,3

Références

Fürst, P. Beck, H., et Theelen, R.M.C. Assessment of human intake of PCDDs and PCDFs from different environmental sources. Toxic Substances Journal, no 12, p. 133-150, 1992.

Van den Berg et coll. Review: Toxic Equivalency Factors (TEFs) for PCBs, PCDDs, PCDFs for humans and wildlife. Environmental Health Perspectives, no 106, p. 775-792, 1998.


Annexe

Niveau d'intervention applicable aux dioxines de la farine de poisson

Des échantillons de farine de poisson ont été prélevés par l'ACIA de 2002 à 2006 pour faire des analyses de dioxines. Ensuite le niveau d'intervention applicable aux dioxines présentes dans la farine de poisson a été calculé en ajoutant la valeur d'un écart-type à la concentration moyenne de dioxine de ces échantillons (voir la figure 1) et en arrondissant le résultat à la ng TEQ-OMS/kg (nanogramme équivalents toxiques, Organisation mondiale de la santé par kilogramme) la plus près. Sur la base de ce calcul, le niveau d'intervention pour les dioxines totales de la farine de poisson a été établi à ng TEQ-OMS/kg. Comme les concentrations mesurées dans la majeure partie des échantillons de farine de poisson prélevés de 2002 à 2006 se situent encore sous ce nouveau niveau d'intervention, ce dernier n'aura d'incidence que sur les sources de farine de poisson aux teneurs inutilement élevées en dioxines totales, furanes totaux et BPC de type dioxine totaux.

Figure 1. Concentration de dioxine totale des échantillons de farine de poisson entrant dans la fabrication d'aliments du bétail prélevés de 2002 à 2006.

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Figure 1. Concentration de dioxine totale des échantillons de farine de poisson entrant dans la fabrication d'aliments du bétail prélevés de 2002 à 2006.
Concentration de dioxine totale des échantillons de farine de poisson entrant dans la fabrication d'aliments du bétail prélevés de 2002 à 2006

Niveau d'intervention applicable aux dioxines de l'huile de poisson

Des échantillons d'huile de poisson ont été prélevés par l'ACIA de 2002 à 2006 pour faire des analyses de dioxines. Ensuite le niveau d'intervention applicable aux dioxines (voir la figure 2) présentes dans l'huile de poisson a été calculé en ajoutant la valeur d'un écart-type à la concentration moyenne de dioxine de ces échantillons et en arrondissant le résultat à la ng TEQ-OMS/kg (nanogramme équivalents toxiques, Organisation mondiale de la santé par kilogramme) la plus près. Sur la base de ce calcul, le niveau d'intervention pour les dioxines totales de l'huile de poisson a été établi à 16 ng TEQ-OMS/kg. Comme le montre la figure 2 ci-dessous, les concentrations mesurées dans la plupart des échantillons d'huile de poisson prélevés de 2002 à 2006 dans le cadre du Programme de surveillance se situent sous ce nouveau niveau d'intervention, et, de ce fait, ce dernier n'aura d'incidence que sur les sources d'huile de poisson aux teneurs inutilement élevées en dioxines totales, furanes totaux et BPC de type dioxine totaux.

Figure 2. Concentration de dioxine totale des échantillons d'huile de poisson entrant dans la fabrication d'aliments du bétail prélevés de 2002 à 2006.

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Figure 2. Concentration de dioxine totale des échantillons d'huile de poisson entrant dans la fabrication d'aliments du bétail prélevés de 2002 à 2006.
Concentration de dioxine totale des échantillons d'huile de poisson entrant dans la fabrication d'aliments du bétail prélevés de 2002 à 2006

Niveau d'intervention applicable aux dioxines des aliments pour poissons

Le niveau d'intervention applicable aux dioxines présentes dans les aliments pour poissons a été établi à 6 ng TEQ-OMS/kg (nanogrammes équivalents toxiques, Organisation mondiale de la santé par kilogramme), valeur fondée sur le calcul de la concentration de dioxine résultant de l'incorporation d'une proportion maximale d'huile de poisson de 30 % et d'une proportion maximale de farine de poisson de 40 %. Dans le pire des scénarios, 4,8 ng TEQ-OMS/kg de dioxines proviendraient de l'huile de poisson, et 1,2 ng TEQ-OMS/kg de dioxines de la farine de poisson, ce qui ferait un total de 6 ng TEQ-OMS/kg. L'échantillonnage des aliments pour poissons effectué dans le cadre du Programme de surveillance a été plus limité que pour les ingrédients des aliments pour poissons; quoi qu'il en soit, tous les échantillons d'aliments pour poissons prélevés de 2002 à 2006 présentaient des teneurs bien inférieures au niveau d'intervention.

Niveau d'intervention applicable aux dioxines des minéraux, complexes de minéraux, macro-mélanges et antimottants

Des échantillons des minéraux, les complexes de minéraux, les macro-prémélanges et les antimottants ont été prélevés par l'ACIA de 2002 à 2007 pour faire des analyses de dioxines. Le niveau d'intervention applicable aux dioxines dans les minéraux, les complexes de minéraux, les macro-prémélanges et les antimottants a été calculé en ajoutant la valeur d'un écart-type à la concentration moyenne de dioxine de ces échantillons et en arrondissant le résultat à la 0,5 ng TEQ-OMS/kg la plus près (voir la figure 3). Basée sur cette calculation, le niveau d'intervention applicable aux dioxines présentes dans les produits minéraux a été établi à 1,5 ng TEQ-OMS/kg (nanogramme équivalents toxique, Organisation mondiale de la santé par kilogramme). Aux fins du calcul de ce niveau d'intervention, cinq échantillons ayant donné des valeurs aberrantes extrêmes (supérieures à 15 ng TEQ-OMS/kg) ont été écartés car ils avaient été directement associés à des produits contaminés de sorte que les concentrations qu'on y a mesurées ne pouvaient être considérées comme représentatives des concentrations normales observées dans les minéraux entrant dans la fabrication des aliments du bétail. La plupart des échantillons prélevés dans le cadre du Programme de surveillance de 2002 à 2007 se situaient sous ce nouveau niveau d'intervention.

Figure 3. Concentration de dioxine totale de divers échantillons de minéraux et de suppléments entrant dans la fabrication d'aliments du bétail prélevés de 2002 à 2007.

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Figure 3. Concentration de dioxine totale de divers échantillons de minéraux et de suppléments entrant dans la fabrication d'aliments du bétail prélevés de 2002 à 2007.
Concentration de dioxine totale de divers échantillons de minéraux et de suppléments entrant dans la fabrication d'aliments du bétail prélevés de 2002 à 2007

Niveau d'intervention applicable aux BPC totaux dans les huiles marines

Le niveau d'intervention applicable aux BPC présentes dans les huiles marines a été réduite à 0,3 mg/kg ou 300 µg/kg. Le nouveau taux de concentration des BPC totaux a été calculé par l'ajout d'un écart-type par rapport à la moyenne de concentration totale de BPC dans les échantillons d'huile de poisson prélevés par l'ACIA de 2000 à 2006, en arrondissant au 0,1 mg/kg près (voir la figure 4). La majorité des échantillons d'huile de poisson a une concentration inférieure à ce nouveau niveau qui touche seulement les échantillons ayant des concentrations inutilement élevées de BPC totaux. Les huiles marines doivent contenir un taux de concentration inférieur à 0,3 mg/kg de BPC totaux pour être utilisées dans la fabrication d'aliments du bétail.

Figure 4. Niveaux de concentration de BPC totaux dans les échantillons d'huile de poisson destinés aux aliments du bétail prélevés de 2002 à 2006.

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Figure 4. Niveaux de concentration BPC totaux dans les échantillons d'huile de poisson destinés aux aliments du bétail prélevés de 2002 à 2006.
Niveaux de concentration de BPC totaux dans les échantillons d'huile de poisson destinés aux aliments du bétail prélevés de 2002 à 2006

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