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RAPPORT SUR L'ENQUÊTE RELATIVE AU TROISIÈME CAS D'ENCÉPHALOPATHIE SPONGIFORME BOVINE (ESB) DÉCOUVERT EN ALBERTA, AU CANADA

Contexte

Le 4 janvier 2005, une vache d'Innisfail, en Alberta, a été euthanasiée. Un vétérinaire en pratique privée a prélevé des échantillons aux fins d'analyse dans le cadre du Programme national de surveillance de l'ESB du Canada. Les échantillons de tissu cérébral de l'animal ont été envoyés dans un laboratoire provincial de l'Alberta où on les a soumis à un test de dépistage rapide de l'ESB, le Bio-Rad. Une réaction a été observée le 6 janvier, puis le 7 janvier 2005. Les échantillons ont été envoyés au Centre scientifique canadien de santé animale et humaine, à Winnipeg, où l'ESB a été confirmée par le test d'immunocytochimie, le 11 janvier 2005. Aucune partie de la vache n'a été introduite dans la chaîne alimentaire humaine ni dans la fabrication des aliments pour les animaux. La carcasse a été isolée de la ferme de référence, puis transportée au laboratoire de l'ACIA à Lethbridge, en Alberta, où elle a été incinérée.

L'ACIA a immédiatement lancé une enquête épidémiologique, conformément aux principes directeurs de l'Organisation mondiale de la Santé Animale (OIE), portant sur trois volets :

  • les veaux nés de la vache infectée au cours des deux années précédant l'apparition des signes cliniques;
  • la cohorte de naissance (bovins nés sur la ferme d'origine dans les 12 mois précédant et suivant la naissance de l'animal infecté);
  • les aliments du bétail utilisés pour nourrir l'animal durant les premières années de sa vie.

Enquête sur l'animal

Née le 21 mars 1998, la vache de race Charolais avait moins de sept ans au moment de sa mort. Elle est demeurée toute sa vie à la ferme où elle était née. La vache avait été isolée du troupeau; sa santése détériorait et elle présentait un dysfonctionnement des membres postérieurs que l'éleveur avait attribué à une blessure. L'éleveur a fait venir un vétérinaire en pratique privée sur les lieux. L'animal a été euthanasié et on a prélevé un échantillon en vue du dépistage de l'ESB.

L'enquête a révélé que l'animal avait eu deux veaux au cours des deux années précédentes. L'un d'entre eux avait été abattu. L'autre a été euthanasié et incinéré au laboratoire de l'ACIA à Lethbridge. Aucun test de dépistage de l'ESB n'a été effectué sur cet animal car il n'avait pas encore un an.

La cohorte de naissance comprenait 349 bêtes. L'enquête a permis de retracer 41 animaux vivants de ce troupeau qui ont été euthanasiés. L'analyse des échantillons prélevés en vue du dépistage de l'ESB a donné des résultats négatifs. Les animaux ont été incinérés. Comme les bovins de ce troupeau auraient entre cinq et sept ans aujourd'hui, la plupart d'entre eux avaient été abattus ou étaient morts de cause naturelle. Les 308 autres bêtes du troupeau ont été retracées :

  • 273 sont mortes ou ont été abattues au Canada,
  • 32 sont mortes à l'exploitation agricole d'origine,
  • trois animaux sont impossible à retracer en raison de registres incorrects.

Enquête sur l'alimentation de l'animal

Une enquête approfondie des achats d'aliments du bétail, des méthodes d'alimentation, des procédés de fabrication et de la documentation a eu lieu à l'exploitation agricole d'origine, chez les fabricants d'aliments pour le bétail et chez les détaillants. Elle a révélé que l'animal atteint de l'ESB avait été exposé, au cours du tout premier âge, à quatre sources d'aliments du commerce pour le bétail (rations alimentaires pour les veaux, alimentation complémentaire et deux suppléments minéraux) qui peuvent avoir été les sources d'infection. Ces quatre sources n'auraient pas dû contenir des farines de viande d'autoclave de ruminants, mais nous ne pouvons écarter la possibilité que l'une d'elles ou plusieurs d'entre elles aient pu être contaminées. Les fabricants d'aliments pour le bétail utilisaient à l'époque des farines provenant de ruminants pour faire des aliments qui n'étaient pas destinés aux ruminants. Ces sources d'aliments pour les animaux ont été fabriquées après l'entrée en vigueur de l'interdiction frappant les aliments du bétail. Cependant, comme les registres de production ne sont pas disponibles, il est impossible de confirmer les dates de fabrication.

Vue d'ensemble de l'enquête

Comme le révèlent les évaluations des risques et l'expérience dégagée des enquêtes précédentes, ce dernier cas d'ESB n'est pas tout à fait inattendu. Le premier cas, détecté en mai 2003, avait révélé l'existence au Canada d'un taux de prévalence de l'ESB non détecté jusque-là. Depuis, dans le cadre du programme national de surveillance du Canada, qui vise les animaux les plus susceptibles d'être atteints de l'ESB, on a analysé les échantillons prélevés sur plus de 30 000 animaux. Étant donné l'ampleur du programme et le groupe d'animaux ciblé, il était prévu que l'on décèlerait de temps à autre un petit nombre de cas additionnels. Cependant, d'après l'âge et le nombre d'animaux ciblés dans le cadre du programme, le Canada demeure un pays où le risque d'ESB est faible et décroissant. Le fait que l'interdiction frappant les aliments du bétail ait été en vigueur pendant presque six ans avant que l'on découvre l'ESB chez un animal né au Canada, en mai 2003, a contribué considérablement à prévenir la propagation de la maladie. Ces cas démontrent aussi l'intégrité du système de surveillance du Canada et la volonté des producteurs de bovins et des vétérinaires canadiens à soumettre les échantillons en vue du dépistage de la maladie.

L'enquête a révélé que certains aliments pour les animaux, probablement fabriqués peu après l'entrée en vigueur de l'interdiction frappant les aliments du bétail au Canada, peuvent avoir été contaminés. Cette constatation concorde avec l'expérience vécue par tous les pays confrontés à l'ESB qui ont instauré de telles interdictions. Comme cela se produit toujours lorsqu'une règle exige la réorganisation des opérations, il a fallu du temps pour mettre entièrement l'interdiction en application. Les équarrisseurs, les fabricants d'aliments pour les animaux, les détaillants, les distributeurs et les producteurs ont dû concevoir et appliquer de nouveaux procédés à l'intérieur de leur exploitation. Les fabricants de diverses sortes d'aliments pour les animaux ont dû notamment alterner les lots de production, instaurer des systèmes de nettoyage et d'étiquetage différents et modifier la tenue des dossiers en conséquence. Pendant que ces changements étaient planifiés et mis en oeuvre, il est possible que des aliments pour les animaux fabriqués peu après l'entrée en vigueur de l'interdiction aient été contaminés par des matières interdites.

L'interdiction frappant les aliments du bétail représente une mesure sanitaire importante dont l'objectif est avant tout d'empêcher la propagation de l'ESB chez les bovins. C'est pourquoi, en 1997, le Canada a mis cette mesure en place, avant que l'on décèle la maladie chez les animaux nés au Canada. Le degré d'efficacité de l'interdiction peut avoir une incidence sur le temps qu'il faut pour éliminer complètement la maladie au sein du cheptel. Manifestement, l'interdiction frappant les aliments du bétail au Canada a été efficace car elle a réussi à amener l'ESB à un très bas niveau au pays et entraînera l'élimination complète de la maladie au fil du temps. Les résultats du programme de surveillance du Canada à ce jour viennent le confirmer vu le petit nombre de cas découverts et l'âge des animaux atteints. Comme la période d'incubation de l'ESB est influencée par le niveau d'infectiosité auquel un animal est exposé (plus il est exposé, plus la période d'incubation est courte et inversement), l'âge des animaux atteints révèle que le niveau de contamination provenant des aliments du bétail aurait été très bas, même avant l'entrée en vigueur de l'interdiction. Malgré le court délai de la mise en oeuvre de l'interdiction frappant les aliments du bétail, en 1997, tout porte à croire que cette interdiction, telle qu'elle a été conçue et appliquée, est efficace. Les améliorations de l'interdiction envisagées serviraient à réduire le délai nécessaire à l'élimination complète de l'ESB au Canada.

L'interdiction frappant les aliments du bétail représente une mesure sanitaire d'importance et la découverte de l'ESB chez cet animal né après son entrée en vigueur n'a pas d'incidence sur la salubrité de la viande produite actuellement au Canada. Après le premier cas d'ESB, le gouvernement du Canada s'est empressé de mettre en oeuvre la mesure de santé publique la pus efficace qu'un pays confronté à cette maladie puisse prendre : il a exigé que les matières à risque spécifiées soient retirées à lors de l'abattage des bovins au Canada. Le personnel de l'inspection de l'ACIA et ses pairs des provinces et territoires vérifient si ces matières ont bel et bien été retirées. Grâce à cette mesure fondée sur des principes scientifiques, les consommateurs du Canada et des pays importateurs sont protégés efficacement contre l'exposition à l'ESB dans les viandes produites au Canada.

En ce qui concerne les cohortes de naissance abattues avant l'obligation de retirer les matières à risque spécifiées promulguée en juillet 2003, un certain nombre de facteurs contribuent au risque très faible associé à la viande de ces animaux notamment : la majorité des animaux abattus pour la viande au Canada ont entre 18 et 22 mois et par conséquent, sont beaucoup moins susceptibles d'atteindre un stade où la maladie pose un risque d'infection; tous les animaux du système fédéral sont soumis à l'inspection ante et post mortem; l'incidence de l'ESB à l'intérieur d'un troupeau est rare, comme l'a confirmé l'expérience canadienne des derniers mois où l'on n'a trouvé aucun autre cas d'ESB chez les animaux retracés et les échantillons analysés; la plus grande concentration de prions se retrouve dans le cerveau, la moelle épinière et les yeux, parties qui en général ne sont pas incluses dans le régime alimentaire de la majorité des Canadiens.