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Guide des insectes forestiers exotiques 2006

PDF (6 005 ko)


Préparé par:
Troy Kimoto
Unité des enquêtes phytosanitaires Agence canadienne d'inspection des aliments
Marnie Duthie-Holt
Medi-For Forest Health Consulting
Louise Dumouchel
Unité d'évaluation de risques phytosanitaires
Agence canadienne d'inspection des aliments


Le Guide des insectes forestiers exotiques vise à réduire le nombre d'espèces exotiques envahissantes (EEE) qui sont introduites au Canada.

Le Guide donne une description des insectes, de leur distribution géographique, des dommages qu'ils causent aux arbres hôtes. L'introduction de la plupart des espèces décrites dans ce guide pourrait poser un risque grave pour les forêts du Canada, mais certaines sont déjà établies au Canada.

Cette publication a été publiée pour la première fois en 2004 par l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA).

On peut aussi se procurer cette publication en format imprimé ou sur CD. Pour obtenir un exemplaire, composez le 1-800-442-2342.


REMERCIEMENTS

Nous sommes très reconnaissants envers Rob Favrin, Bruce Gill, David Holden, Erhard Dobesberger, John Garland et Doreen Watler, de l'ACIA, Leland Humble, Edward Hurley et Wayne MacKay, du Service canadien des forêts, John Borden, de la Simon Fraser University, Jerry Carlson, de New York State Lands and Forests, et Ron Kimoto d'avoir révisé diverses sections du manuscrit. Nous remercions également Scott Holt, de Medi-For Forest Health Consulting, et Alex Gustafsson, de Phero Tech Inc., de leur contribution à l'élaboration de la version préliminaire. Enfin, nous tenons à souligner l'excellent travail de traduction effectué par Pierre de Tonnancour, de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada.

La traduction française a été révisée par Jean-Guy Champagne, Steve Cote, Marcel Dawson, Mélanie Mecteau et Jacqueline Van Acker, de l'ACIA.

Diverses recherches documentaires ont été réalisées par Patricia Madaire et Greg Eldridge, d'Agriculture et Agroalimentaire Canada.

La revue de conception a été menée par Rob Favrin, Jacqueline Van Acker, Kurt Sauder, Nancy Kummen, Jerry Dowding, Ches Caister, Kara Soares et Ken Marchant, de l'ACIA.

L'élaboration de ce guide a été rendue possible grâce au soutien financier de la section du perfectionnement professionnel et technique, de l'ACIA.



Introduction

Les forêts et les arbres constituent des ressources extrêmement précieuses en raison des avantages écologiques, économiques, spirituels et sociaux qu'ils procurent à tous les Canadiens.

Les activités humaines ont une incidence sur l'environnement ambiant en altérant la structure et la dynamique des écosystèmes. Le commerce mondial et les migrations humaines ont connu une expansion considérable au fil des ans. Cette expansion accroît le risque que des organismes soient introduits accidentellement et parviennent à s'établir dans des régions situées à l'extérieur de leur aire de répartition naturelle.

La plupart des organismes qui sont introduits dans un nouvel environnement ou transportés sur de grandes distances ne survivent pas. Certains d'entre eux trouvent cependant des conditions favorables dans leur milieu d'adoption et parviennent à survivre, à trouver une source de nourriture adéquate et à se reproduire avec succès. Une fois établis, ils prolifèrent rapidement, car les prédateurs, parasitoïdes et agents pathogènes qui contribuent normalement à tenir leurs populations en échec sont généralement absents de leur nouvel environnement. Les forêts canadiennes ont connu une évolution constante depuis la dernière période glaciaire (il y a environ 10 000 ans) en réaction aux incendies, aux conditions climatiques et aux insectes et agents pathogènes indigènes. Chaque fois qu'un ravageur exotique parvient à s'établir dans une nouvelle région, les arbres sont soudainement exposés à une menace inconnue et peuvent être incapables de se défendre adéquatement contre le nouvel envahisseur.

En l'absence d'agents naturels susceptibles de contenir leurs populations, les ravageurs forestiers introduits peuvent proliférer et provoquer chez leurs nouveaux hôtes une forte mortalité localisée ou généralisée dont les impacts pour les propriétaires fonciers, les municipalités, les industries et les écosystèmes forestiers peuvent être considérables. Par exemple, l'agrile du frêne (Agrilus planipennis), petit buprestide originaire de Chine récemment établi en Amérique du Nord, a déjà causé la mort de très nombreux frênes verts et frênes blancs et menace de limiter considérablement l'aire de répartition de ces deux essences. Il convient toutefois de noter que ce ravageur a rarement causé des dommages aussi importants dans son aire d'origine.

En vertu de la Loi sur la protection des végétaux, l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) est chargée de protéger les ressources végétales du Canada contre l'introduction et la propagation de ravageurs justiciables de quarantaine, conformément aux normes énoncées dans la Convention internationale pour la protection des végétaux. Pour ce faire, l'Agence élabore des politiques de réglementation des importations, exportations et expéditions interprovinciales et met en place des programmes d'inspection, de surveillance et d'éradication.

VOIES D'INTRODUCTION

Appliquée aux organismes introduits, l'expression « voies d'introduction » fait référence à la façon dont ceux-ci sont introduits dans de nouveaux environnements. Diverses politiques phytosanitaires révèlent que les plus forts risques d'introduction d'insectes forestiers sont associés à l'importation et à la circulation interprovinciale des produits suivants:

  • matériaux d'emballage en bois
  • conteneurs d'expédition
  • matériel de pépinière
  • bois de chauffage
  • grumes non traitées et non écorcées
  • arbres de Noël
  • biens personnels

Les matériaux d'emballage en bois sont l'une des principales voies d'introduction d'insectes forestiers exotiques parce qu'ils sont employés pour l'expédition d'une large gamme de marchandises (p. ex. produits en acier, granit, marchandises diverses, verre, machinerie, véhicules, produits de grande consommation, etc.).

Le risque posé par les matériaux d'emballage en bois varie de façon inversement proportionnelle à la qualité et la finition du bois utilisé. Dans le passé, de nombreux phytoravageurs exotiques ont été interceptés dans le bois d'arrimage en vrac, des palettes, des boîtes ou d'autres produits d'emballage fabriqués avec du bois de qualité inférieure de diverses origines. L'Amérique du Nord a récemment convenu de commencer à appliquer une directive de la Convention internationale pour la protection des végétaux (ISPM no 15) régissant la circulation des emballages en bois d'origine étrangère.

Le risque d'introduction de ravageurs forestiers exotiques s'accroît dans les villes et les secteurs urbanisés parce que le volume de marchandises qui y est importé est plus élevé. Les arbres et les boisés y sont souvent exposés à de piètres conditions de croissance en raison de la compaction du sol, la pollution atmosphérique, les dommages mécaniques, etc. L'impact conjugué de ces facteurs accroît la vulnérabilité des arbres et des boisés aux ravageurs forestiers exotiques.

Les programmes de surveillance des ravageurs forestiers mis en place par l'ACIA visent tout particulièrement les voies d'introduction et les endroits les plus à risque (p. ex. ports ou terminaux internationaux, secteurs industriels, sites d'enfouissement et d'entreposage, pépinières, etc.). Par exemple, avant d'entrer au Canada, les marchandises à haut risque expédiées dans des conteneurs doivent être inspectées dans les grands ports.Toutefois, comme seule une faible proportion de ces conteneurs est inspectée au point d'entrée, d'importants volumes de matériaux d'emballage en bois atteignent les centres urbains et ruraux à l'échelle du pays sans avoir été examinés. Compte tenu des difficultés énormes que soulève la surveillance des ravageurs forestiers à l'échelle d'un pays aussi grand que le Canada, il est important d'obtenir la contribution du plus grand nombre d'observateurs possible.

OBJECTIFS

Ce guide est destiné aux Canadiens des secteurs public et privé qui oeuvrent dans le domaine de la phytoprotection et de l'arboriculture. En accordant une attention particulière aux caractères distinctifs, à la gamme d'hôtes, aux dommages et à l'aire de répartition plutôt qu'à la biologie des insectes, les auteurs de ce guide espèrent faciliter la détection de ravageurs exotiques durant les évaluations phytosanitaires. Le succès des programmes d'éradication des insectes justiciables de quarantaine repose dans une large mesure sur la découverte et l'identification précoces des populations, alors que celles ci sont encore restreintes et gérables. Il y a tout lieu de croire que ce guide deviendra un excellent outil de détection précoce.

Le présent document a pour objet de faciliter la détection des insectes forestiers exotiques et devrait être utilisé conjointement aux guides courants d'identification des ravageurs indigènes.Toutefois, les renseignements qui y sont présentés ne transformeront pas ses utilisateurs en spécialistes de l'identification des insectes. Certains insectes exotiques, en particulier les scolytes, ressemblent à d'autres espèces indigènes ou naturalisées. Certains dommages causés par les insectes forestiers exotiques peuvent être très semblables à ceux infligés par les ravageurs indigènes (p. ex. aiguilles rougies). En conséquence, tout spécimen dont l'identité demeure douteuse devrait être confié à un entomologiste professionnel à des fins de confirmation d'identification.

La plupart des insectes décrits dans ce guide pourraient causer de graves problèmes au Canada s'ils réussissaient à s'y établir. Les quelques espèces qui y sont parvenues sont toutefois en voie d'éradication et/ou réglementées. Les insectes décrits dans le présent guide représentent seulement une fraction des ravageurs forestiers exotiques susceptibles d'envahir le Canada, et seulement une très faible proportion des nombreux insectes non indigènes qui sévissent dans les forêts tempérées du monde.

FORMAT DU GUIDE

Les insectes inclus dans ce guide sont présentés par catégories d'après leur ressemblance en ce qui a trait à la biologie et aux portions des hôtes qu'ils infestent. Les scolytes sont de petits insectes qui se nourrissent habituellement dans le phloème. Les perceurs du bois constituent un assemblage hétérogène qui réunit les Cérambycides, les Buprestides, les Siricides, les Curculionides et divers autres insectes xylophages. Les insectes défoliateurs sont pour la plupart des papillons nocturnes qui se nourrissent d'aiguilles ou de feuilles à l'état larvaire. Chaque catégorie est identifiée par un code de couleur unique, et les insectes qui la composent sont présentés en ordre alphabétique et par famille.

L'information scientifique concernant bon nombre des insectes exotiques inclus dans le présent guide peut être difficile à trouver. Certains insectes n'ont pas fait l'objet d'études approfondies dans leur contrée d'origine. En conséquence, le volume d'information présenté dans les pages qui suivent peut varier d'une espèce à l'autre.

L'information concernant chaque espèce est répartie en six sections:

  • Identification
  • Hôtes
  • Portion(s) de l'hôte infestée(s)
  • État de l'hôte
  • Aire de répartition
  • Signes et symptômes

La section Identification mentionne certains des principaux caractères anatomiques permettant de reconnaître l'espèce décrite.

La section Hôtes énumère par nom de genre les hôtes connus de chaque insecte.

La section Portion(s) de l'hôte infestée(s) décrit les portions (racines, collet, fût, branches, etc.) et tissus (feuillage, phloème, aubier, duramen, etc.) infestés par chaque insecte aux diverses étapes de son développement.

La section État de l'hôte précise l'état, l'âge et la taille des arbres attaqués.

La section Aire de répartition mentionne les pays ou les régions où les insectes sont indigènes ou ont été introduits.

Enfin, la section Signes et symptômes décrit les éléments de diagnostic caractéristiques d'une attaque (signes comme la couleur de la sciure, la taille des trous de sortie, la forme des galeries de ponte, etc.) et les réactions de l'hôte à l'envahisseur (symptômes comme l'écoulement de résine, la décoloration du feuillage, l'éclaircissement de la cime, etc.). Les ouvrages cités dans le corps du texte sont identifiés par un numéro unique, et leur notice est présentée à la section « Bibliographie », à la fin du guide.

Le guide contient également deux index à références croisées. Le premier énumère les ravageurs de chaque essence et indique dans chaque cas les portions infestées. Le deuxième énumère les hôtes de chaque ravageur et, dans chaque cas, les portions infestées.

Les auteurs se sont efforcés de recourir le moins souvent possible à des termes scientifiques dans la description des insectes. Dans certains cas, toutefois, ils ont dû s'y résoudre. Des définitions des termes scientifiques utilisés sont présentées dans un glossaire à la fin du guide.

DÉTECTION DES INSECTES FORESTIERS EXOTIQUES

La détection des insectes forestiers récemment introduits peut soulever d'énormes difficultés parce que leurs populations sont souvent localisées et encore très faibles. En outre, les signes et les symptômes associés à ces insectes peuvent être masqués par d'autres facteurs. Certains indices bien précis peuvent cependant faciliter la détection de ces insectes. Chez les conifères, les symptômes généraux de dépérissement incluent l'éclaircissement de la cime, la réduction de la croissance en hauteur de la flèche terminale et la chlorose ou rougissement du houppier. Chez les feuillus, la croissance de pousses adventives, le flétrissement du feuillage, l'éclaircissement de la cime et la décoloration prématurée du feuillage sont des symptômes de dépérissement couramment observés. Même si ces symptômes peuvent être dus à de nombreux autres facteurs de stress (p. ex. sécheresse, maladies des racines, dommages causés par la grêle, insectes, mammifères, dommages causés par le sel, brûlures causées par le soleil), ils demeurent les indicateurs externes les plus probants d'une infestation par des insectes exotiques.

Pour être en mesure de repérer les arbres potentiellement infestés, il est important dès le départ de se forger une bonne représentation mentale des symptômes à rechercher. Comme de nombreux insectes se développent dans des arbres stressés, les inspecteurs et les enquêteurs doivent examiner tous les arbres présentant des signes évidents de dépérissement, en particulier en milieu urbain, où les arbres sont souvent exposés à des conditions de croissance sub-optimales et à de nombreux facteurs de stress.

Pour trouver les arbres infestés, l'enquêteur doit examiner soigneusement chaque arbre de la cime aux racines, en faisant preuve de vigilance et en demeurant à l'affût de tout signe de dépérissement. L'inspection des arbres qui poussent dans les parcs, les secteurs industriels comportant une faible couverture arborescente, les boisés, les lanières forestières, les corridors riverains et d'autres aires boisées joue un rôle critique dans la recherche et la découverte précoce des nouveaux foyers d'infestation.

Tout arbre ou groupe d'arbres affichant des symptômes généraux de dépérissement justifie une attention particulière. Il faut ensuite identifier l'agent causal. Une bonne connaissance des agents biotiques et abiotiques indigènes ou naturalisés influant sur la santé des forêts accroît la fiabilité des évaluations. Les signes externes d'une attaque par des insectes incluent la présence de larves ou d'adultes, de sciure (dans les crevasses ou anfractuosités de l'écorce, sur les feuilles de l'étage inférieur, à la base des arbres, etc.), de trous de sortie, de trous d'entrée, de bouchons ou d'écoulements de résine sur le fût, de renflements, de niches de ponte, de défoliation (partielle ou totale) et de fils de soie. Divers signes internes comme la présence de galeries de ponte ou de galeries larvaires, de galeries dans les rameaux et les branches ou de loges nymphales ou d'insectes à diverses étapes de développement peuvent être mis en évidence en enlevant des lambeaux d'écorce externe et interne avec une hache ou un couteau. Il faut toujours obtenir l'autorisation du propriétaire avant de procéder à des inspections plus effractives.

Si la cause du dépérissement observé paraît suspecte, il convient de consulter l'agent forestier de la municipalité ou de la ville, un entomologiste ou phytopathologiste du ministère provincial des ressources naturelles ou un arboriste professionnel. Il faut prendre en note toutes les informations pertinentes (adresse civique ou coordonnées géographiques, essence attaquée, signes et symptômes observés, etc.) et, si possible, capturer des spécimens (des adultes de préférence) afin d'aider les professionnels à évaluer la gravité de la situation.

PRÉSENTATION DE SPÉCIMENS

Ce guide a pour objet de faciliter la recherche des insectes forestiers introduits, mais il ne remplace d'aucune façon les années de formation spécialisée requises pour pouvoir identifier correctement les insectes. Les spécialistes utilisent pour ce faire de nombreux caractères anatomiques qui ne sont visibles qu'au microscope. Les indications fournies à la section « Identification » constituent seulement une description générale de chaque insecte et ne sont pas suffisamment détaillées pour permettre une identification fiable jusqu'à l'espèce. Si vous ne parvenez pas à identifier avec certitude un insecte même après avoir consulté toutes les autres sources d'information disponibles (p. ex. spécialistes locaux de l'état des forêts, guides des insectes forestiers indigènes, etc.), communiquez avec un spécialiste de la phytoprotection à votre bureau local de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (http://www.inspection.gc.ca).

Troy Kimoto
Biologiste des enquêtes
Agence canadienne d'inspection des aliments