DGR-10-26 : Tuta absoluta (mineuse de la tomate; mineuse sud-américaine de la tomate)

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Date d'émission : 2011-02-03

Préface

Comme il a été défini par la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV), l'analyse du risque phytosanitaire (ARP) comprend trois phases: mise en route, l'évaluation du risque phytosanitaire et la gestion du risque phytosanitaire. L'initiation du processus de l'ARP implique l'identification d'organismes nuisibles et des voies d'entrée susceptibles et la définition de la zone ARP. L'évaluation des risques phytosanitaires établit le fondement scientifique de la gestion globale des risques. La gestion des risques phytosanitaires est le processus consistant à déterminer et évaluer les mesures d'atténuation pouvant être prises pour réduire les risques posés par l'organisme nuisible en cause à des niveaux acceptables et à sélectionner les mesures adéquates.

Le Document de gestion du risque (DGR) comprend un aperçu des résultats d'une évaluation des risques phytosanitaires et présente le processus de gestion des risques phytosanitaires suivi pour traiter du problème en cause. Il respecte les principes, la terminologie et les lignes directrices des normes de la CIPV pour l'analyse des risques phytosanitaires.

Table des matières

Sommaire

Tuta absoluta est un ravageur émergent de la tomate (Solanum lycopersicum) pour le Canada. Cet insecte est reconnu mondialement comme un important ravageur de cette culture. Il est originaire de l'Amérique du Sud, mais au cours des quelques dernières années, il s'est rapidement propagé à l'échelle du bassin méditerranéen et, plus récemment encore, s'est établi en milieu serricole dans le nord de l'Europe. Tuta absoluta cause des dommages très importants aux plants de tomate, et les fruits endommagés sont impropres à la vente. Aucune des mesures de lutte courantes ne semble efficace contre ce ravageur en milieu serricole. Tuta absoluta est d'origine tropicale et ne devrait par conséquent pas être en mesure de s'établir de façon permanente à l'extérieur au Canada. Toutefois, s'il parvenait à infester une serre au Canada, il pourrait fort probablement se propager aux installations serricoles avoisinantes durant l'été.

Tuta absoluta est un organisme de quarantaine aux États-Unis, et le département de l'agriculture des États-Unis (United States Department of Agriculture (USDA)) a imposé une série d'exigences phytosanitaires à l'importation visant à réduire le risque associés à l'introduction de cet organisme nuisible aux États-Unis par le biais des tomates en provenance de pays infestés. À compter du 1ière février 2010 et jusqu'au parachèvement d'une analyse du risque phytosanitaire (ARP), l'importation aux États-Unis de plants de Solanum spp., de Nicotiana spp. et de Datura spp., hôtes reconnus de T. absoluta, en provenance de pays infestés sera interdite.

Le Canada exporte aux États-Unis un important volume de tomates de serre destinées au marché frais, de même que des plantules de tomate de grande qualité destinées à la production serricole. Les tomates et plants de tomate canadiens ne sont pas visés par l'ordonnance fédérale émise par l'USDA. Cette ordonnance pourrait toutefois empêcher la réexportation vers les États-Unis de fruits importés au Canada en provenance de pays réglementés par les États-Unis. Le Canada interdit depuis des décennies l'importation de plants de Solanum spp. et de Nicotiana spp. destinés à la plantation provenant de tous les pays sauf les États-Unis. À l'heure actuelle, aucune exigence phytosanitaire ne vise les tomates importées au Canada.

L'ACIA a parachevé en mai 2009 une évaluation du risque phytosanitaire visant à évaluer le risque phytosanitaire associé à T. absoluta. Selon cette analyse, les risques d'introduction, d'établissement et de propagation de T. absoluta en milieu serricole canadien sont considérés comme étant de moyen à élevé. L'introduction de T. absoluta au Canada pourrait avoir des conséquences graves pour l'industrie serricole canadienne, tant pour ce qui est des dommages infligés par le ravageur que du maintien de l'accès aux marchés américains.

Le présent document de gestion du risque (DGR) rend compte de la décision de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) de mettre en place une série de mesures d'urgence provisoires dans le but d'atténuer immédiatement le risque d'introduction de ce ravageur au Canada jusqu'à ce que des exigences à plus long terme puissent être élaborées, examinées et mises en place.

À compter de février 2010, tous les chargements de tomates en provenance de pays infestés devront être accompagnée d'un certificat phytosanitaire attestant que les fruits sont exempts de T. absoluta. En imposant immédiatement ces exigences phytosanitaires à l'importation, l'ACIA souhaite atténuer le risque d'établissement du ravageur au Canada et prévenir l'imposition de restrictions visant les exportations de produits végétaux de la famille des Solanacées aux États-Unis.

1.0 But

L'objectif de ce document est de :

  • informer les intervenants
  • enregistrer une décision relative à la gestion du risque

2.0 Portée

Le présent document de gestion du risque (DGR) décrit les risques associés à l'introduction de la mineuse sud-américaine de la tomate (Tuta absoluta) au Canada et énonce les nouvelles exigences applicables aux espèces hôtes du ravageur.

Pour obtenir des renseignements additionnels sur les exigences en vigueur régissant l'importation de végétaux ou produits végétaux particuliers, veuillez consulter le Système automatisé de référence à l'importation (SARI) de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA).

3.0 Définitions

Les définitions des termes utilisés dans le présent document se trouvent dans le Glossaire des termes de la protection des végétaux ou dans le Glossaire des termes phytosanitaires de la CIPV.

4.0 Contexte

L'ACIA a parachevé son évaluation du risque phytosanitaire associé à T. absoluta en mai 2009. Cette analyse a révélé que T. absoluta est un important ravageur de la tomate, mais qu'il serait incapable de survivre aux rigueurs des hivers canadiens. Sans intervention humaine, sa propagation d'une serre à l'autre pendant la saison froide paraît donc fort improbable. Toutefois, durant la saison chaude, les serres situées à proximité d'installations infestées ou dans des régions où T. absoluta est présent à l'extérieur pourraient être infestées.

Le nombre de pays qui ont signalé la présence de T. absoluta ne cesse d'augmenter, et des rapports récents font état de l'établissement du ravageur dans des entreprises serricoles du nord de l'Europe. Les États-Unis ont évalué le risque phytosanitaire associé à T. absoluta et publié, les 23 février et 12 mai 2009, des ordonnances fédérales réglementant l'importation de tomates en provenance des pays reconnus comme infestés. Les chargements de tomates de plein champ provenant de l'Algérie, de la France, de l'Italie, du Maroc et de l'Espagne sont désormais soumis à des exigences supplémentaires destinées à prévenir l'introduction de T. absoluta. Les États-Unis ont récemment révisé l'ordonnance fédérale et la liste des pays reconnus comme infestés par le T. absoluta afin d'ajouter l'Albanie, la Grèce, les Pays-Bas, le Portugal, la Suisse et la Tunisie à la liste des pays réglementés. Les États-Unis réglementent déjà l'importation des tomates roses et rouges en provenance de ces pays en vue de prévenir l'introduction de la mouche méditerranéenne des fruits (Ceratitis capitata). En vertu de la nouvelle ordonnance fédérale, qui est entré en vigueur le 1ière février 2010, l'importation en provenance de pays reconnus comme infestés de plants de Solanum spp., de Nicotiana spp. et de Datura spp. destinés à la plantation sera également interdite jusqu'au parachèvement d'ARP. Les États-Unis importent un grand volume de tomates fraîches et de plantules de tomate du Canada. Durant cet exercice de révision réglementaire, l'USDA a demandé à l'ACIA si elle envisageait de mettre en place des mesures réglementaires à l'égard de T. absoluta.

5.0 Sommaire de l'évaluation du risque phytosanitaire

L'ACIA a parachevé en mai 2009 une ARP (2009-19) visant à évaluer les risques potentiels associés à l'introduction de T. absoluta au Canada. Les principales conclusions de cette analyse sont présentées dans les sections qui suivent.

5.1 Biologie du ravageur

5.1.1 Cycle vital

Tuta absoluta présente un potentiel reproducteur élevé. Les femelles peuvent pondre jusqu'à 260 œufs, généralement individuellement, sur les feuilles, les tiges et les jeunes fruits. Les jeunes larves s'enfoncent dans les tissus de la plante hôte, et les larves plus âgées (stades 3 et 4) quittent leur galerie pour aller en forer de nouvelle ailleurs. La nymphose a lieu à l'intérieur ou à l'extérieur de la mine, dans le sol ou sous les pots ou les bancs. Cet insecte a besoin de chaleur pour survivre et terminer son cycle vital. En conséquence, sa survie à l'extérieur n'est possible qu'en été au Canada. En serre, jusqu'à 9 générations peuvent se succéder en l'espace d'un an.

5.1.2 Gamme d'hôtes

Le principal hôte de T. absoluta est Solanum lycopersicum (tomate). Toutes les parties aériennes de la plante hôte peuvent être touchées. Tuta absoluta attaque également S. melongena (aubergine), S. tuberosum (pomme de terre), Nicotina tabacum (tabac) et Capsicum annuum (poivron). Datura stramonium et D. ferox seraient également des hôtes sauvages.

5.1.3 Symptômes

Les chenilles de T. absoluta attaquent le mésophylle foliaire, sans toucher à l'épiderme. Les feuilles touchées peuvent se nécroser, et la mort des points de croissance peut compromettre la croissance de la plante. Des trous marquant l'endroit où la chenille a pénétrée dans les tissus de la plante sont visibles sur les fruits, les points de croissance et les feuilles. Les chenilles du premier stade attaquent habituellement les feuilles, mais elles peuvent également infester les points de croissance et les fleurs, tandis que les chenilles plus âgées préfèrent généralement les fruits, en particulier lorsque les populations sont élevées. Les fruits attaqués présentent de petites perforations et des trous de sortie et sont déformés. La surface des fruits mûrs peut présenter des cicatrices.

5.2 Répartition

Tuta absoluta est indigène de l'Amérique du Sud. Il y est présent à l'ouest des Andes de l'Équateur au nord du Chili, jusqu'à 1 000 m d'altitude. Plus précisément, on retrouve ce ravageur en Argentine, en Bolivie, au Brésil, au Chili, en Colombie, en Équateur, au Paraguay, au Pérou, en Uruguay et au Venezuela. Il est aujourd'hui reconnu comme présent dans plusieurs pays européens, dont l'Albanie, la France, la Grèce, l'Italie, Malte, le Portugal, les Pays-Bas, l'Espagne, la Suisse et le Royaume-Uni. En Afrique du Nord, sa présence a été signalée en Algérie, en Libye, au Maroc et en Tunisie. En Asie, il est maintenant présent au Bahreïn et au Kuweït. Selon toute vraisemblance, T. absoluta se propagera à tout le bassin méditerranéen. Récemment, il a été détecté dans des serres aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, et il semble se propager parmi les exploitations serricoles de ces deux pays. Tuta absoluta est capable de s'établir dans des installations intérieures même dans les pays où les conditions climatiques ne permettent pas sa survie à l'extérieur durant la saison froide.

5.3 Voies d'entrée

L'introduction de T. absoluta au Canada pourrait être favorisée par l'importation de tomates et de plants de tomate infestés et l'utilisation de caisses à claire-voie ou contenants d'emballages usagés. L'ACIA interdit déjà l'importation de plants de tomates en provenance de tous les pays sauf la zone continentale des États-Unis. Le risque d'introduction du ravageur associé à l'importation d'autres espèces de Solanacées est inconnu, mais il est vraisemblablement significativement plus faible que celui associé à l'importation de fruits ou de plants de tomate. L'USDA considère également les espèces des genres Nicotiana et Datura comme des voies d'entrée à risque élevé.

5.3.1 Risque d'introduction

5.3.1.1 Tomates fraîches destinées à la consommation

Les tomates fraîches sont considérées comme une voie d'entrée à risque élevé de T. absoluta. La probabilité que ce ravageur soit associé sous forme de chenilles ou d'œufs à cette voie d'entrée au point d'origine est élevée dans le cas de l'Amérique du Sud et, probablement aussi, dans celui des pays infestés d'Europe, d'Asie et d'Afrique. Toutefois, près de 97 % des tomates importées au Canada provenaient des États-Unis (149 millions de dollars) et du Mexique (134 millions de dollars) en 2008. Ces deux pays sont actuellement reconnus comme exempts du ravageur. Les autres pays qui exportent des tomates au Canada et qui sont reconnus comme infestés incluent les Pays-Bas (3 millions de dollars), l'Espagne (3 millions de dollars), le Maroc (350 000 dollars) et l'Italie (200 000 dollars). Ces pays ont contribué respectivement à hauteur de 1,12, 1,07, 0,12 et 0,07 % à la valeur des importations de tomates au Canada en 2008.

Plusieurs établissements de production canadiens réemballent et/ou distribuent des tomates importées. Ces activités comportent un risque d'introduction élevé si les fruits proviennent de pays infestés et constituent une voie d'entrée potentielle du ravageur dans les serres canadiennes. Les marchés extérieurs qui vendent des tomates provenant de pays infestés et qui sont situés dans des régions où les conditions climatiques estivales permettent la survie de T. absoluta présentent également un risque.

La probabilité que des chenilles associées à des chargements de tomates fraîches survivent au transport est élevée. En outre, l'USDA a noté que les fruits infestés par des chenilles du premier stade sont difficiles à distinguer des fruits non infestés durant la transformation et l'emballage et risquent fort d'échapper à la détection durant les inspections. La propagation par cette voie du ravageur de l'Espagne aux Pays-Bas, à la Suisse et à la Russie a été documentée. Toutefois, le risque d'introduction du ravageur au Canada par cette voie est jugé moyen, car seulement 3 % des tomates importées au Canada proviennent actuellement de pays infestés.

5.3.1.2 Plants de tomate destinés à la plantation

En vertu de la réglementation actuellement en vigueur, seuls les plants de Solanum lycopersicum provenant des États-Unis peuvent être importés au Canada. L'importation de plants de tous les Solanum spp. en provenance de tous les autres pays est interdite en vertu du Circulaire de quarantaine 1C (77-04-19). Comme le ravageur n'est pas considéré comme présent aux États-Unis, le risque associé à cette voie d'entrée est jugé négligeable. L'importation au Canada de plants de Nicotiana spp. destinés à la plantation en provenance de tous les pays est également interdite en vertu du document intitulé Memorandum 80-05-20. L'importation au Canada de plants de Datura spp. n'est pas interdite actuellement, et des permis en autorisant l'importation de plusieurs pays ont été émis. Cette voie d'entrée pourrait donc favoriser l'introduction de T. absoluta au Canada à partir de pays infestés. Le volume des importations de plants de Datura spp. est inconnu.

5.3.2 Risque d'établissement

Tuta absoluta pourrait s'établir dans des installations intérieures au Canada, y compris des serres et des aménagements paysagers intérieurs. Le climat canadien ne permet pas son établissement permanent à l'extérieur, car il est incapable de survivre aux rigueurs de l'hiver. Toutefois, s'il parvenait à s'établir dans des installations intérieures, il pourrait s'en échapper durant la saison chaude et s'établir temporairement à l'extérieur.

La biologie et la capacité de T. absoluta de développer rapidement une résistance aux pesticides limitent considérablement le choix des stratégies de lutte pour contrôler cet insecte. L'expérience acquise dans d'autres régions du monde démontre que les programmes de lutte antiparasitaire mis en place tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, y compris les programmes prévoyant l'épandage de pesticides, ne peuvent prévenir son établissement. On ne peut dès lors s'attendre à ce que les pratiques et mesures de lutte antiparasitaire couramment utilisées au Canada empêchent ce ravageur de s'y établir, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. En cas d'établissement de T. absoluta dans des installations de production intérieures, il faudrait détruire les cultures touchées et procéder à un nettoyage minutieux des serres infestées pour éradiquer le ravageur. Selon toute vraisemblance, les populations établies à l'extérieur ne devraient pas survivre aux rigueurs des hivers canadiens. En conséquence, le risque d'introduction de T. absoluta est élevé à l'intérieur, négligeable à l'extérieur.

5.3.3 Risque de propagation

Le risque de propagation est jugé moyen, car T. absoluta pourrait se propager et infester des serres situées à proximité d'autres serres ou de champs infestés durant la saison chaude. Tuta absoluta présente une bonne capacité de vol et de dispersion. On ignore toutefois dans quelle mesure il est capable de se propager à partir de foyers d'infestation et la rapidité avec laquelle il peut le faire. Les pratiques de gestion susceptibles de prévenir l'introduction de T. absoluta dans les serres, comme l'installation de moustiquaires sur les orifices de ventilation et autres ouvertures, ne sont pas couramment appliquées par l'industrie serricole canadienne.

Récemment, le transport de T. absoluta adultes dans des caisses à claire-voie et du matériel d'emballage a été observé entre des installations d'emballage et des producteurs au Royaume-Uni. La rapidité avec laquelle le ravageur s'est propagé de l'Espagne méditerranéenne à la France et au nord de l'Afrique (deux ans) donne à croire qu'il a fréquemment échappé à la détection et a été introduit par inadvertance dans de nouvelles régions où il a facilement trouvé de nouveaux hôtes. De nombreux producteurs serricoles canadiens réemballent et distribuent des tomates produites dans d'autres serres canadiennes. Ces activités constituent une voie de propagation potentielle du ravageur au Canada.

5.4 Incidences économiques et environnementales potentielles

Le risque d'incidences économiques et environnementales est jugé élevé. Si T. absoluta parvient à s'établir dans une serre, le coût des mesures de lutte qui devront être mises en place sera élevé. La seule méthode d'éradication qui est actuellement jugée efficace est la destruction totale des cultures touchées et le nettoyage en profondeur des serres infestées. Il faudrait ensuite réaliser des enquêtes phytosanitaires afin de déterminer l'ampleur de la propagation du ravageur aux serres avoisinantes et, en été, aux champs avoisinants. L'impact indirect le plus important de l'établissement d'une population temporaire du ravageur au Canada serait l'imposition rapide par les États-Unis et le Mexique de mesures vigoureuses restreignant le commerce avec le Canada.

6.0 Considérations relatives à la gestion du risque

L'industrie de la tomate de serre est importante au Canada. En 2008, les producteurs de tomates de serre ont exploité une superficie de 464 ha, pour une valeur totale à la ferme de plus de 371 millions de dollars (Statistique Canada, 2008). La même année, les producteurs serricoles canadiens ont exporté pour 283,4 millions de dollars de tomates, dont 99,8 % était destiné vers les États-Unis (Agriculture et Agroalimentaire Canada [AAC], 2008). Les producteurs canadiens ont également exporté pour 2,7 millions de dollars de tomates de plein champ aux États-Unis en 2008.

L'introduction de T. absoluta aurait un impact significatif sur l'industrie de la tomate de serre. La gestion des cultures dans les serres de production de tomates repose principalement sur l'utilisation d'agents de lutte biologique. L'utilisation de pesticides est généralement envisagée seulement dans le cas où les agents de lutte biologique s'avèrent inefficaces contre les ravageurs ciblés. Il est nécessaire de restreindre l'utilisation des pesticides pour assurer la survie des agents de lutte biologique de même que celle des bourdons introduits dans les serres comme agents de pollinisation. Très peu de stratégies de lutte sont disponibles pour éradiquer ce ravageur. Si ce dernier parvenait à s'introduire dans une serre, les producteurs seraient forcés de détruire toute leur récolte et de procéder à un nettoyage minutieux de leur serre. Il est important de noter que certains producteurs ne procèdent habituellement pas à un vide sanitaire entre deux productions et entreprennent une nouvelle production sous l'ancienne culture afin de prolonger la récolte sur presque toute l'année. Il n'existe actuellement aucune mention indiquant que T. absoluta a été éradiqué avec succès d'une serre infestée. Comme la tomate est une culture de grande valeur, la détection de T. absoluta dans une serre entraînerait des pertes monétaires considérables pour le producteur touché.

Depuis le moment où il a été détecté pour la première fois en Espagne, en 2006, T. absoluta s'est rapidement propagé au sud de l'Europe et au nord de l'Afrique. Au vu de la rapidité avec laquelle il s'est propagé en Europe, il paraît prudent de considérer toutes les tomates produites en Europe comme potentiellement infestées. Divers rapport font état de son établissement en milieu serricole à Malte, au Portugal, en Grèce et en Albanie. Récemment, sa présence a été détectée dans des serres aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, deux pays où son établissement permanent à l'extérieur est considéré comme improbable. En date de juillet 2009, le ravageur a été détecté de façon répétée aux Pays-Bas (56 fois, 256 individus, 13 entreprises) et au Royaume-Uni (58 fois, 18 entreprises), en association avec des tomates infestées importées d'Espagne et d'Italie qui étaient transportées vers des installations d'emballage (Potting, 2009). Aux Pays-Bas, dans le cadre d'une enquête effectuée dans des serres situées à proximité d'installations d'emballage, le ravageur a été trouvé dans 24 des 85 serres inspectées. La tomate est manifestement une importante voie de propagation de T. absoluta à partir des régions infestées. Une fois introduit dans une nouvelle région, le ravageur peut se propager rapidement aux serres avoisinantes durant l'été.

7.0 Décision en matière de gestion du risque

L'ACIA a décidé de mettre en place des mesures d'urgence provisoires afin de réduire le risque d'introduction de T. absoluta au Canada. Il est important d'appliquer immédiatement ces exigences phytosanitaires à l'importation afin de prévenir l'établissement du ravageur au Canada et d'éviter que des mesures de quarantaine soient subséquemment prises à l'égard des exportations canadiennes de produits végétaux de la famille des Solanacées vers les États-Unis. Le risque d'introduction du ravageur est maximal en hiver, car la plupart des tomates vendues au Canada durant cette période proviennent d'autres pays.

En février 2010, l'ACIA imposera de nouvelles exigences afin de faire en sorte que les chargements de tomates importées de pays reconnus comme infestés par T. absoluta soient accompagnées d'un certificat phytosanitaire comportant la déclaration supplémentaire suivante :

" Ce chargement provient d'un lieu où Tuta absoluta n'est pas considéré comme présent et a été inspecté et trouvé exempt de Tuta absoluta. "

Une fois ces mesures d'urgence provisoires en place, l'ACIA élaborera des exigences à plus long terme. L'ACIA consultera les intervenants concernés afin de déterminer les meilleures options de gestion du risque.

L'ACIA continuera d'interdire l'importation de plants de Solanum spp. et de Nicotiana spp. destinées à la plantation et n'émettra plus de nouveaux permis autorisant l'importation de Datura spp. en provenance de pays infestés jusqu'à ce qu'une ARP ait clarifié le rôle éventuel de cette plante comme voie d'introduction d'organismes de quarantaine. Les permis d'importation actifs seront révoqués ou modifiés de manière à interdire toute nouvelle importation de plants de Datura spp. destinés à la plantation.

Ces mesures visent à atténuer le risque moyen d'introduction de T. absoluta, le risque élevé d'établissement du ravageur et le risque élevé de répercussions économiques en cas d'établissement de T. absoluta en milieu serricole au Canada. Elles visent également à prévenir le plus possible l'imposition de mesures de quarantaine par nos partenaires commerciaux, en particulier les États-Unis. Le coût associé à la mise en place de ces mesures provisoires ciblant T. absoluta est faible en comparaison des pertes économiques qui pourraient résulter de la détection de T. absoluta au Canada, car les producteurs de tomates canadiens n'auront pas à investir des sommes considérables dans la lutte, l'éradication et la gestion du ravageur et l'accès au marché des États-Unis et potentiellement d'autres pays sera maintenu.

Suite à la mise en place de ces mesures provisoires, les chargements de tomates seront dirigés vers les Centres de service à l'importation (CSI) de l'ACIA par l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC). Les CSI se chargeront de l'examen de la documentation accompagnant chaque chargement. Le personnel de l'ACIA inspectera un échantillon représentatif des chargements de tomates provenant de pays infestés afin de s'assurer de leur conformité, et les importateurs devront acquitter les droits prévus en vertu de l'Avis sur les prix de l'Agence canadienne d'inspection des aliments. Subséquemment à la réglementation, le Canada devra mettre en place des mesures de lutte et d'éradication en cas de détection de T. absoluta au Canada.

Une directive énonçant les exigences phytosanitaires applicables aux tomates est en cours d'élaboration.

8.0 Communication aux intervenants

Les partenaires commerciaux et intervenants suivants seront avisés des nouvelles exigences phytosanitaires à l'importation découlant de la présente décision en matière de gestion du risque :

  • Partenaires commerciaux (p. ex. notification de l'Organisation mondiale du commerce, diffusion d'un avis sur le portail de la Commission internationale pour la protection des végétaux, etc.);
  • Agents de programme, personnel d'inspection et Centres de service à l'importation de l'ACIA, etc.;
  • Autres organisations gouvernementales (p. ex. Agence des services frontaliers du Canada);
  • Intervenants de l'industrie.

L'ACIA entend également collaborer avec les ministères provinciaux de l'agriculture et les industries concernées à la recherche de pratiques de gestion efficaces permettant d'atténuer le risque d'introduction du ravageur dans les serres canadiennes et à l'élaboration de stratégies permettant d'éradiquer le ravageur en cas de détection au pays.

9.0 Références

Agriculture et Agroalimentaire Canada. 2008. Rapport de l'industrie de la tomate au Canada.

Agence canadienne d'inspection des aliments. Exigences phytosanitaires régissant l'importation de végétaux et de parties de végétaux destinés à la plantation. Prévention de l'introduction et de la propagation des phytoravageurs associés aux végétaux destinés à la plantation constituant une voie d'entrée (D-08-04).

Damus, M. 2009. Pest Risk Assessment Request No. 2009-19, Tuta absoluta, South American tomato moth. Plant Health Risk Assessment Unit, Canadian Food Inspection Agency.

Convention internationale pour la protection des végétaux. Normes internationales pour les mesures phytosanitaires (NIMP) No. 4: Exigences pour l'établissement de zones indemnes (1995) (édition de 2005), Rome, FAO.

Division de la quarantaine des plantes (Agriculture Canada). Circulaire de quarantaine 1C (19 avril 1977).

Plant Products and Quarantine Division (Agriculture Canada). Memorandum 80-05-20

Potting, R. 2009. Pest Risk Analysis: Tuta absoluta, Tomato leaf miner moth or South American tomato moth. Plant Protection Service of the Netherlands, Ministry of Agriculture, Nature and Food Quality.

Statistique Canada. 2008. Les industries des cultures de serre, des gazonnières et des pépinières. No. 22-202-X au catalogue de Statistique Canada, p. 11. http://www.statcan.gc.ca/pub/22-202-x/22-202-x2008000-fra.pdf (date de la dernière consultation : octobre 2009)

10.0 Approbation

Approuvé par :

Dirigeant principal de la protection des végétaux

Date de modification :