DGR-13-04 : Document de gestion des risques phytosanitaires consolidé pour les plantes phytoravageurs règlementées au Canada
Annexe 1A: Résumé de l'évaluation du risque phytosanitaire pour Aegilops cylindrica (éligope cylindrique)

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Identité de l'organisme

Nom : Aegilops cylindrica Host (1802), famille des Poacées

Synonyme(S) : Triticum cylindricum (Host) (1869), Cylindropyrum cylindricum (Host) (1982), Aegilops caudata

Noms communs Français: Égilope cylindrique (CFIA 2008)

Noms communs Anglais : Jointed goat grass (Darbyshire 2003), jointed goat grass (Randall 2002)

Nota taxonomique :  La taxonomie de la tribu des Triticées est notoirement difficile et instable (Gould et Shaw, 1983). En raison des similitudes de l'espèce avec le blé, certains auteurs l'ont renommé l'égilope cylindrique Triticum cylindricum (Host) (Gould et Shaw, 1983; Donald et Ogg, 1991), même si le nom accepté actuellement est Aegilops cylindrica Host (p. ex., Tutin et al. 1980; Tsvelev 1984; USDA-ARS 2006). Donald et Ogg (1991) décrivent le genre Aegilops comme distribué à l'échelle mondiale et comportant au moins 23 espèces. Holm et al. (1991) signalent Aegilops cylindrica comme une mauvaise herbe aux États-Unis et en Turquie, et d'autres espèces du genre Aegilops comme mauvaises herbes au Maroc, au Portugal, en Iran, en Jordanie et en Israël. Donald et Ogg (1991) font observer que deux variétés (ou sous-espèces) d'Aegilops cylindrica sont reconnues par certains auteurs (Aegilops cylindrica var. cylindrica et var. rubiginosa), et Tsvelev (1984) en répertorient trois autres (var. pauciaristata, var. aristulate et var. prokhanovii), toutes distinguées sur la base des différences morphologiques des glumes et des épillets. La plupart des études échouent à décrire les variétés qui sont étudiées et on ignore si elles diffèrent dans leur sensibilité aux mécanismes de lutte (Donald et Ogg, 1991).

Description : Aegilops cylindrica est une graminée d'hiver annuelle d'apparence fort semblable au blé d'hiver (Wicks et al. 2004). Les plantes individuelles comportent jusqu'à 50 tiges florissantes dressées (Donald et Ogg, 1991). L'appareil radiculaire de la plante est peu profond et fibreux. Les feuilles sont alternes et de 2 à 5 mm de large, et varient entre 3 et 15 cm de long (Barkworth, 2006). Les feuilles sont glabres ou ont des poils épars (Tutin et al. 1980) et les poils sont espacés également le long de la marge du limbe des feuilles (NJGRP 2006). La panicule ou épi constitue un cylindre étroit de 5 à 10 cm de long aux épillets alternes sur les côtés opposés de l'axe principal de l'épi. Les épillets ont de 8 à 10 mm de long et contiennent de deux à quatre florules chacun. Les glumes dans la partie inférieure des épillets n'ont pas de barbes ou en ont une seule. Les glumes des épillets apicaux ont de longues barbes (de 3,0 à 9,0 cm). Chaque épillet contient en moyenne deux semences (Hitchcock 1950; Donald et Ogg 1991; Lyon et al. 1995-2000; Barkworth 2006).

Les semences de l'espèce constituent des caryopses d'une couleur allant du rougeâtre au brun. Ils ont de 6,5 à 9 mm de long et 2 mm de large et sont rainurés. Le lemme et la paléa adhèrent à la semence. Les plantes d'Aegilops cylindrica peuvent produire en moyenne 130 semences, et jusqu' à 3000 dans des conditions optimales (Donald et Ogg, 1991).

À maturité, certaines sélections d'Aegilops cylindrica peuvent être distinguées du blé d'hiver par les épis violacés (Donald et Ogg, 1991). Les épis d'Aegilops cylindrica sont aussi beaucoup plus étroits et plus cylindriques que ceux du blé. Au champ ou dans les lots de semences récoltées, les épis désarticulés d'Aegilops cylindrica sont parfois pris pour de petits morceaux de paille de blé (Donald et Ogg, 1991).

Statut de l'organisme

La première présence d'Aegilops cylindrica au Canada était vraisemblablement celle d'une petite population non persistante située à New Westminster, en Colombie-Britannique, en 1997 (Haber, 2006). En 2002, il y a eu quatre signalements non confirmés d'Aegilops cylindrica, présente dans des envois de blé roux de printemps de l'Ouest canadien à destination du Mexique.

En 2006, une petite population de l'espèce a été découverte dans la municipalité régionale de Niagara, en Ontario. Une petite population satellite a été découverte à environ 2,5 km de là en 2007. En 2009, l'ACIA a pris des mesures de lutte préventive pour juguler l'éventuelle propagation des deux populations en cause.

Dans le cadre du programme de surveillance des importations de l'ACIA, Aegilops cylindrica a été découverte dans huit échantillons de grains de blé et d'orge importés des États-Unis en 2008 et destinés aux minoteries de la Colombie-Britannique.

Statut réglementaire actuel

En 2005, l'ACIA a ajouté Aegilops cylindrica à l'Arrêté sur les graines de mauvaises herbes pris en vertu de la Loi sur les semences et du Règlement sur les semences, comme mauvaise herbe nuisible interdite de classe 1, interdisant le transport de la plante comme semence ou comme contaminant des semences destinées à la plantation.

À l'échelle provinciale, Aegilops cylindrica figure sur la Liste provinciale des mauvaises herbes (disponible en anglais seulement) en Colombie-Britannique, en vertu de la Loi sur la lutte contre les mauvaises herbes de la Colombie-Britannique. La province de Saskatchewan a procédé à une consultation sur la révision de sa Loi sur les mauvaises herbes nuisibles au début de 2009, et aussi à l'addition d'Aegilops cylindrica à une liste des mauvaises herbes nuisibles interdites.

Aux États-Unis, Aegilops cylindrica ne figure pas sur la Liste des mauvaises herbes nuisibles de ressort fédéral de l'USDA, mais elle est réglementée en Arizona, en Californie, au Colorado, en Idaho, au Nouveau-Mexique, en Oregon et dans l'État de Washington (USDA, NRCS, 2006).

Probabilité d'introduction

La voie d'introduction la plus probable pour Aegilops cylindrica au Canada réside dans l'expansion générale de la zone de distribution de la mauvaise herbe à partir d'États infestés qui partagent une frontière avec le Canada. L'expansion générale de la zone de distribution constitue un risque en raison du fait qu'Aegilops cylindrica est présente dans des comtés adjacents à la frontière canadienne, notamment ceux de l'État de Washington, de l'Idaho, du Montana et de l'État de New York (Figure 1). Les semences d'Aegilops cylindrica flottent et peuvent être dispersées par les eaux de ruissellement dans les champs agricoles. Toutefois, les épillets sont gros et peu susceptibles d'être déplacés sur de grandes distances par le vent. On a laissé entendre que les semences d'Aegilops cylindrica peuvent être dispersées par les oiseaux et les mammifères, après ingestion. Toutefois, la question n'est pas claire de savoir si les semences restent viables après avoir traversé le tube digestif chez les animaux autres que les bovins (WSU Extension 2007).

La présence d'Aegilops cylindrica dans huit envois distincts de blé et d'orge en provenance des États-Unis et destinés à la mouture et au maltage en 2008 fournit la preuve que l'importation de grains destinés à la consommation constitue aussi une voie d'introduction viable pour cette espèce. Si les grains importés en vue d'une consommation éventuelle sont contaminés par Aegilops cylindrica, il est possible que certaines semences entrent dans des environnements propices et s'y établissent (Tableau 6). Parmi les exemples d'une telle introduction, on compte le « déversement » le long des lignes ferroviaires ou la dispersion des semences viables par le bétail qui consomme des grains contaminés.

L'inscription d'Aegilops cylindrica comme mauvaise herbe nuisible interdite de classe 1 dans l'Arrêté sur les graines de mauvaises herbes en 2005 constitue une mesure d'atténuation du risque suffisante pour empêcher les nouvelles incursions de l'espèce par la voie des semences destinées à la plantation. Les semences qui contiennent des semences de mauvaises herbes nuisibles interdites ne peuvent être vendues, offertes en vente ou importées au Canada.

Figure 1 : Distribution d'Aegilops cylindrica (égilope cylindrique) en Amérique du Nord

Nota : Les zones blanches indiquent les régions où la mauvaise herbe est absente.

Figure 1. Description ci-dessous.
Description de la figure 1 :

Cette carte des États Unis et du Canada montre la répartition de l'Aegilops cylindrica (l'égilope cylindrique) en vert. Près de 80% du territoire des États-Unis est recouvert de vert, dont la majorité est située dans la moitié ouest.

Source : USDA, NRCS 2009 Note de bas de page 1.

Tableau 6 : Résumé des voies d'entrée d'Aegilops cylindrica (égilope cylindrique)
Type d'introduction potentielle Voies d'introduction précises Description
Voies de dispersion naturellesVentAegilops cylindrica se reproduit seulement par les semences, qui ne sont pas adaptées à une dispersion sur de longues distances.
EauLes semences flottent et seront dispersées par les eaux de ruissellement dans les champs agricoles.
OiseauxLa question n'est pas claire de savoir si les semences peuvent rester viables après être passées dans le tube digestif des oiseaux.
Animaux (externe ou interne)Aegilops cylindrica n'a pas de capacité adaptative évidente pour cette sorte de dispersion.
Voies d'introduction intentionnellesLes semences Interdite en vertu de la Loi sur les semences et du Règlement sur les semences .
Végétaux destinés à la plantation (sauf les semences)Aucune n'a été relevée.
Grandes cultures non destinées à la multiplicationAucune n'a été relevée.
Arrangements et branches décoratifsAucune n'a été relevée.
Voies d'introduction non intentionnellesGrandes cultures non destinées à la multiplicationAegilops cylindrica pourrait entrer au Canada comme contaminant des grains à partir de régions où Aegilops cylindrica est établie. Aegilops cylindrica est principalement un problème des cultures céréalières, particulièrement du blé d'hiver.
Les semencesAegilops cylindrica est une mauvaise herbe nuisible interdite de classe 1 dans l'Arrêté sur les graines de mauvaises herbes de 2005 (Loi sur les semences), ce qui constitue une mesure d'atténuation du risque suffisante.
Foin et pailleLa paille provenant des États-Unist est utilisée comme litière du bétail ou comme matériel d'emballage pourrait contenir des semences d'Aegilops cylindrica.
FumierAucune n'a été relevée.
BétailOn peut s'attendre à ce que les semences de l'espèce conservent une grande viabilité et produisent des semis même après être passées par le tube digestif des bovins.
Laine brute et peaux brutesAegilops cylindrica n'a pas de capacité adaptative évidente pour cette sorte de dispersion.
Véhicules motorisés

Les moissonneurs-batteurs suivent typiquement le blé d'hiver vers le nord lorsqu'ils récolent, même en traversant la frontière canado-américaine, ce qui constitue un mécanisme potentiel pour la dissémination d'Aegilops cylindrica au Canada.
Les remorques agricoles sont couramment utilisées à toutes sortes de fins, y compris le voiturage de semences, de fertilisants et de grains récoltés, ce qui peut conduire à une contamination et à une dissémination.

Matériel de pépinière avec terreAucune n'a été relevée.
Équipement récréatif usagé et vêtements (sauf les véhicules motorisés)Aucune n'a été relevée.

La section Sciences et technologies des semences du Laboratoire sur les semences de l'ACIA à Saskatoon analyse les échantillons soumis de semences canadiennes et importés en vue d'y rechercher des contaminants, et ne répertorie aucun signalement selon lequel Aegilops cylindrica aurait été trouvée dans les semences échantillonnées.

Le degré de risque associé aux importations de foin et de paille au Canada est relativement élevé lorsque les marchandises en question proviennent de régions où Aegilops cylindrica est établie et lorsque Aegilops cylindrica arrive à grenaison dans les cultures de foin.

Parmi les autres voies d'introduction potentielles considérées comme moins importantes, on compte le déplacement du bétail ayant ingéré des semences au-delà de la frontière et la machinerie agricole usagée potentiellement contaminée avec de la terre susceptible de comporter des semences d'Aegilops cylindrica.

Probabilité d'établissement

Aegilops cylindrica pourrait envahir les cultures, les pâturages et les régions perturbés jusqu'à la zone canadienne de rusticité des plantes numéro 2b, qui comprend la plupart des terres agricoles au Canada (Figure 2). Dans cette zone de distribution, cet espèce est le plus susceptible de devenir une mauvaise herbe importante dans les zones de production de blé d'hiver. Ces zones comprennent le sud de l'Ontario et le sud des provinces des Prairies, où la majorité du blé d'hiver canadien est semé.

Probabilité de propagation

Bien que sa production de semences soit modérée, Aegilops cylindrica pourrait facilement se disséminer par la voie de mécanismes de dispersion autant naturels que conçus par l'homme, si l'espèce était introduite au Canada.

En raison de ses similitudes biologiques et physiques avec le blé d'hiver, Aegilops cylindrica est difficile à retirer des voies de dispersion. Les épillets d'Aegilops cylindrica mesurent environ de 8 à 10 mm de long et peuvent être difficiles à séparer des semences de blé, qui mesurent typiquement de 5 à 7 mm (Donald et Ogg, 1991).

Figure 2 : Aire potentielle de répartition d'Aegilops cylindrica (égilope cylindrique) au Canada

Nota : Les zones ombragées montrent les zones 2b et supérieures, selon la carte des zones de rusticité des plantes du Canada.

Figure 2. Description ci-dessous.
Description pour la figure 2 :

Cette image montre la répartition possible de l'égilope cylindrique au Canada. Sur cette image de la carte du Canada, la région du bas est colorée en diverses nuances de noir et de gris représentant la zone de rusticité 2b et les zones supérieures, selon la carte des zones de rusticité des plantes au Canada.

Source: (RNC 2000)

Il y a aussi risque d'hybridation d'Aegilops cylindrica ave le blé et avec d'autres espèces étroitement apparentées. L'hybridation d'Aegilops cylindrica avec d'autres espèces pourrait augmenter le pouvoir envahissant de la plante. Le transfert de caractères de résistance aux herbicides du blé à Aegilops cylindrica a été déjà attesté aux États-Unis (S. Darbyshire, 2006, communication personnelle).

Conséquences économiques potentielles

Aux États-Unis, les pertes de rendement et de qualité des cultures de blé d'hiver attribuables à Aegilops cylindrica sont évaluées à 150 millions de dollars par année (Mallory-Smith, 2001). Les réductions de rendement dépendent d'une gamme de facteurs, notamment des précipitations, de l'humidité du sol et de la gravité des infestations précédentes. Les expériences au champ dans l'État de Washington, par exemple, ont montré que la présence d'une première infestation d'une à cinq plantes par mètre carré avait conduit à une perte de 3% à 30% du rendement l'année suivante (Young et al. 2000). Cette mauvaise herbe peut aussi entraîner des pertes de pureté dans le blé. Pour les variétés de blé d'hiver qui ne résistent pas aux herbicides, les coûts de la lutte contre Aegilops cylindrica sont le plus souvent indirects, attribuables qu'ils sont au manque de choix pour les options de lutte. La présence d'Aegilops cylindrica dans des semences canadiennes pourrait avoir des répercussions défavorables sur le commerce au sein du Canada de même que sur le commerce avec le Mexique, avec certains États américains, avec l'Australie (même s'il s'agit d'un pays qui est surtout exportateur de blé), avec la Chine et peut-être avec d'autres pays.

Conséquences environnementales et sociales potentielles

Aegilops cylindrica est principalement une mauvaise herbe agricole, plutôt qu'une mauvaise herbe environnementale, et ses grands impacts environnementaux nuisent surtout aux pratiques agricoles durables. La présence d'Aegilops cylindrica peut décourager la culture du blé d'hiver, qui constitue une culture relativement amicale pour l'environnement, étant donné qu'elle constitue une composante importante des méthodes de travail réduit et qu'elle fournit une aire de nidification au gibier d'eau (Hamill 2005).

Conclusion

D'autres mesures phytosanitaires peuvent être requises pour empêcher Aegilops cylindrica de s'introduire davantage au Canada et pour en prévenir l'établissement et la dissémination. L'éradication et la surveillance ultérieure des populations de la municipalité régionale de Niagara devraient être considérées comme hautement prioritaires, ainsi d'ailleurs que les enquêtes dans cette région à risque élevé et dans d'autres régions potentielles à risque élevé, particulièrement là où on cultive le blé d'hiver, en bordure des lignes ferroviaires et le long de la frontière canado-américaine. La prévention d'autres introductions au Canada devrait être effectuée au moyen d'activités comme l'éducation du public, l'interdiction de faire entrer au Canada de l'équipement agricole contaminé, des véhicules et de la paille, et peut-être au moyen d'inspections des wagons à grains. La lutte précoce contre Aegilops cylindrica, si elle s'introduisait au Canada, empêcherait les conséquences économiques et environnementales défavorables de l'espèce pour le Canada. Par conséquent, il est recommandé d'inclure Aegilops cylindrica dans la Liste des parasites réglementés par le Canada

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