DGR-13-04 : Document de gestion des risques phytosanitaires consolidé pour les plantes phytoravageurs règlementées au Canada
Annexe 6A : Résumé de l'évaluation du risque phytosanitaire pour Dioscorea polystachya (Igname de Chine)

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Identité de l'organisme

Nom : Dioscorea polystachya Turcz. (Famille des Dioscoreacées) (USDA-ARS, 2009)

Synonyme(s)s : Dioscorea batatas Decne., Dioscorea cayenensis Lam. var. pseudobatatas Hauman, Dioscorea decaisneana Carrière, Dioscorea doryphora Hance, Dioscorea opposita auct., Dioscorea oppositifolia auct., Dioscorea potaninii Prain & Burkill, Dioscorea rosthornii Diels, Dioscorea swinhoei Rolfe, Dioscorea trinervia Roxb. ex Prain & Burkill (Global Invasive Species Database, 2009; USDA-ARS, 2009)

Noms communs français : Igname de Chine (CAB International 2007; USDA-ARS 2009)

Noms communs anglais : Chinese yam, Chinese-potato, cinnamon-vine (USDA-ARS 2009)

Description : Les plantes sont des vignes poussant à partir de tubercules en forme de fuseau installés sur des tiges longues et profondément enterrés. Les tiges volubiles peuvent atteindre une longueur de cinq mètres. De petites bulbilles (moins de deux centimètres de diamètre) sont produites aux aisselles des feuilles. Les feuilles inférieures sont alternes, et deviennent opposées plus haut sur la tige et mesurent de 3 à 9 cm de long sur 3 à 11 cm de large. Les pétioles sont aussi longs que les limbes. Les limbes comportent de sept à neuf veines; ils sont glabres et présentent trois lobes. Les inflorescences naissent à partir des aisselles des feuilles. Les fleurs sont petites, jaunâtres et dégagent un parfum de cannelle. Les fleurs staminées et pistillées poussent sur des plantes séparées. Le fruit est une capsule ovée. Les semences sont ailées. Seul un spécimen pistillé a été documenté en Amérique du Nord, et on présume que les plantes se propagent végétativement à partir des bulbilles (FNA Editorial Committee 1993+; Gleason et Cronquist 1963).

Dioscorea polystachya est indigène en Asie orientale, où elle est cultivée pour ses tubercules comestibles. En Amérique du Nord, elle est cultivée comme plante ornementale de jardin et s'est naturalisée dans la plupart des États de l'est des États-Unis (FNA Editorial Committee1993+).

Statut de l'organisme

Dioscorea polystachya a été importée pour vente au Canada à une échelle fort limitée. En 2006, le jardin botanique de l'UBC, université de la Colombie-Britannique, offrait Dioscorea polystachya à la vente sous le nom Dioscorea batatas dans leur catalogue (disponible en anglais seulement). Il n'existe aucun document répertoriant l'existence de la plante hors des cultures. Sur la foi du renseignement qu'on vient de mentionner, pour la zone d'analyse du risque phytosanitaire, on peut affirmer que cette espèce est considérée comme possiblement présente seulement dans les cultures.

Statut réglementaire actuel

Dioscorea polystachya n'est pas réglementée au Canada. Elle n'est pas non plus réglementée comme mauvaise herbe nuisible de ressort fédéral aux États-Unis, ni dans aucun État américain (USDA-NRCS, 2009).

La plante est actuellement répertoriée sur la Liste des phytoravageurs exotiques envahissants du Conseil sur les phytoravageurs exotiques du Sud-Est pour le Tennessee, comme espèce à menace sérieuse de rang 1, ce qui indique qu'il s'agit d'une espèce exotique qui possède les caractéristiques d'une espèce envahissante et qui pourrait se disséminer facilement dans les peuplements végétaux indigènes et déplacer la végétation indigène (Tu 2002).

Probabilité d'introduction

Dioscorea polystachya est indigène en Asie orientale, où elle est cultivée pour ses tubercules comestibles. En Amérique du Nord, elle est cultivée comme plante ornementale de jardin et s'est naturalisée dans la plupart des États de l'est des États-Unis (FNA Editorial Committee1993+).

Tableau 1: Résumé des voies d'entrée pour Dioscorea polystachya (Igname de Chine)
Type de voie d'entrée Voies d'entrée spécifiques
Dispersion naturelle

La dissémination naturelle se fait par les semences et par les bulbilles aériennes, mais la reproduction sexuée par voie semencière n'a pas été décelée en Amérique du Nord. Les bulbilles aériennes peuvent être disséminées par les rongeurs qui s'en nourrissent. Cette voie d'introduction ne permet que le transport local et n'est pas susceptible de faire entrer la plante au Canada.

Introduction intentionnelle

Les plantes de l'espèce ont été introduites intentionnellement aux États-Unis, à des fins ornementales ou médicinales. En Asie orientale, l'espèce a été largement cultivée comme plante tubéreuse alimentaire amylacée. C'est la voie d'introduction la plus probable au Canada.

Introduction non intentionnelle

Comme pour toute mauvaise herbe, l'introduction est possible par la terre importée avec le matériel de pépinière provenant de régions infestées des États-Unis. Toutefois, le risque découlant de cette voie d'introduction est vraisemblablement mineur. Comme la reproduction ne semble pas se produire par les semences en Amérique du Nord, les semences contaminées importées des États-Unis ne constituent pas une voie d'introduction potentielle. Les semences importées d'autres pays où la reproduction sexuée se produit pourraient toutefois être contaminées. Le risque découlant de cette voie d'introduction est toutefois vraisemblablement mineur, étant donné que la plante n'est pas réputée être une mauvaise herbe des cultures et ne serait par conséquent probablement pas récoltée avec les semences destinées à la plantation.

Probability of Establishment

Dioscorea polystachya est indigène en Chine (Anhui, Fujian, Gansu de l'Est, Guangdong du Nord, Guangxi, Guizhou, Hebei, Henan, Hubei, Hunan, Jiangsu, Jiangxi, Jilin, Liaoning, Shaanxi du Sud, Shandong, Sichuan, Yunnan du Nord et Zhejiang), au Japon (Hokkaido, Honshu, Kyushu, Shikoku), en Corée et à Taїwan (USDA-ARS 2009). L'espèce est largement cultivée à des fins alimentaires dans l'Asie orientale au climat tempéré (Bailey et Bailey 1976).

L'espèce est introduite et cultivée comme plante ornementale, alimentaire et médicinale et est naturalisée dans les régions tempérées, y compris aux États-Unis (USDA-ARS 2009). On la décrit comme rustique pour ses racines dans la zone de rusticité numéro 5 du ministère américain de l'Agriculture (Bailey et Bailey 1976).

Dans sa zone de distribution indigène, Dioscorea polystachya pousse dans les forêts, les broussailles, les peuplements végétaux herbacés, sur les pentes des montagnes, le long des rivières et en bordure des routes (Wu et Raven 2000).

Dioscorea polystachya ne s'est pas établie en dehors des cultures au Canada (ACIA, 2008; Scoggan, 1979).

Dioscorea polystachya présente un grand potentiel d'adaptabilité environnementale et a peu de phytoravageurs et de prédateurs en Amérique du Nord. Elle présente également un degré élevé de vigueur reproductive asexuée et est difficile à gérer une fois fermement établie (Tu 2002).

Figure 1 : Zone de distribution de Dioscorea polystachya (Igname de Chine) en Amérique du Nord

Figure 1. Description ci-dessous.
Description de la figure 1 :

Cette carte montre la répartition de Dioscorea polystachya en Amérique du Nord, sa présence étant indiquée en vert. Le vert couvre presque complètement la partie est des États-Unis ainsi qu'un cinquième de la partie ouest inférieure.

Source : USDA-NRCS, 2009.

Figure 2 : Zone de distribution potentielle de Dioscorea polystachya (Igname de Chine) au Canada

Figure 2. Description ci-dessous.
Description de la figure 2 :

Cette image illustre, à l'aide d'une carte, l'étendue potentielle de Dioscorea polystachya au Canada et en Amérique du Nord. Le rouge représente les régions où Centaurea iberica pourrait survivre selon la carte des zones de rusticité des plantes au Canada, en l'occurrence, les zones de rusticité 5 à 9 du système NAPPFAST. Au Canada, Dioscorea polystachya est susceptible de devenir une mauvaise herbe ou une plante envahissante dans certaines régions du pays, notamment au sud et dans la zone côtière de la Colombie-Britannique, au sud de l'Ontario et du Québec de même que dans des régions des Provinces maritimes. On constate que le rouge couvre principalement les États-Unis, y compris les principales zones côtières de l'Est et de l'Ouest, de même que des régions situées près des Grands Lacs et s'étendant vers le bas au-delà de l'image.

Source : USDA-NRCS, 2009.

Probabilité de propagation

Dioscorea polystachya s'observe dans les fourrés et les ravins, sur les rives des cours d'eau, dans le fond des criques, dans les puits de chaux, les affleurements de granit, les boisés des plaines alluviales, les bordures des routes, les canaux de drainage, les terrains vagues et en bordure des clôtures dans sa zone de distribution non indigène du sud-est des États-Unis (FNA Editorial Committee1993+).

Les premières infestations sont généralement associées aux perturbations humaines, comme autour des vieilles maisons et en bordure des routes. À partir des endroits en question, l'espèce peut se disséminer facilement dans les régions riveraines avoisinantes et dans les habitats non perturbés. En 1970, l'espèce n'avait pas encore été documentée échappée de cultures aux États-Unis, mais elle était considérée comme naturalisée dès 1986 (Tu 2002).

Étant donné que Dioscorea polystachya peut pousser à la fois dans les habitats perturbés et dans les habitats naturels, les habitats ne constituent pas un facteur limitant pour la dissémination de l'espèce au Canada.

Conséquences économiques potentielles

Les tubercules et les bulbilles sont tous deux comestibles, bien que les bulbilles ne soient généralement pas utilisées comme aliment. Le tubercule comestible, qui peut mesurer jusqu'à un mètre de long et peser jusqu'à 2 kg, voire davantage, est savoureux et nutritif. Les tubercules sont parfois utilisés comme remède médicinal. L'espèce est fréquemment cultivée pour sa valeur ornementale (Tu 2002).

Dans les régions boisées, les branches des arbres peuvent se briser sous le poids des vignes (ISSG 2009).

Les méthodes manuelles et mécaniques de désherbages peuvent servir à juguler efficacement les petites infestations isolées de Dioscorea polystachya. Toutefois, les méthodes en question sont extrêmement demandante en temps et main-d'œuvre, étant donné que les grands tubercules profondément enterrés compliquent considérablement le retrait de la plante. L'application d'herbicides semble constituer le moyen le plus efficace de lutter contre les grandes infestations. Des traitements répétés sont habituellement nécessaires pour tuer complètement les grands tubercules souterrains (ISSG 2009), ce qui augmente le coût de l'opération.

Conséquences environnementales et sociales potentielles

Dioscorea polystachya est une vigne à croissance rapide capable d'envahir rapidement les habitats non perturbés, comme les forêts riveraines. Elle se dissémine de façon prolifique par reproduction asexuée au moyen des bulbilles. Aux États-Unis, elle réduit la richesse et l'abondance des espèces indigènes en supplantant et en éliminant les espèces végétales indigènes. Elle recouvre de façon épaisse la végétation adjacente et soustrait la lumière à la végétation située au-dessous. Elle peut briser les branches des grands arbres et des arbrisseaux. Elle peut aussi couvrir complètement le sol de sorte à empêcher la croissance du couvert végétal herbacé indigène (ISSG 2009).

Incertitude

Bien qu'elle soit répertoriée dans le site Web d'une pépinière, aucune information précise n'est venue confirmer que Dioscorea polystachya est cultivée dans les jardins au Canada ou qu'elle y est présente. Une recherche en ligne n'a permis de trouver aucune autre pépinière ni aucun autre fournisseur de semences offrant l'espèce en vente au Canada.

Conclusion

Sur la foi du résultat de la présente évaluation du risque phytosanitaire, on peut affirmer que Dioscorea polystachya est susceptible de devenir envahissante ou invasive dans certaines parties du Canada, y compris le sud et les côtes de la Colombie-Britannique, le sud de l'Ontario, le sud du Québec et certaines régions des provinces maritimes. Cette plante devrait être considérée pour réglementation en vertu de la Loi sur la protection des végétaux du Canada. La réglementation en vertu de la Loi sur les semences peut aussi être justifiée, même si les semences ne sont pas actuellement considérées comme une voie d'introduction probable pour l'espèce.

Considérations d'ordre technique

Le très grand nombre d'espèces du genre Dioscorea complique l'identification. Il existe une espèce indigène de ce genre dans le sud de l'Ontario, soit Dioscorea villosa L. Cette espèce peut être distinguée de Dioscorea polystachya, avec des soins et de la formation.

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