DGR-13-04 : Document de gestion des risques phytosanitaires consolidé pour les plantes phytoravageurs règlementées au Canada
Annexe 14A : Résumé de l'évaluation du risque phytosanitaire pour Solanum elaeagnifolium (morelle jaune)

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Identité de l'organisme

Nom : Solanum elaeagnifolium Cav. (Solanaceae; USDA-ARS, 2009)

Synonyme(s) : Aucun n'a été répertorié (p. ex. CAB International 2007; USDA-ARS 2009; USDA-NRCS 2009)

Noms communs français : Morelle jaune (EPPO, 2007)

Noms communs anglais : Bitter apple, bitterleaf nightshade, bull nettle, prairie-berry, silverleaf bitter-apple, silverleaf nightshade, silverleaf-nettle, tomato weed, white horse-nettle (EPPO 2007; USDA-ARS 2009).

Description: Solanum elaeagnifolium est une plante vivace dressée aux racines profondes et aux allures d'arbrisseau. Les plants de l'espèce comportent plusieurs tiges hautement ramifiées, atteignant une hauteur de 80 cm. Ses feuilles sont alternes, pédonculées et en forme de lance, avec des bords ondulés et festonnés. Les tiges et les feuilles sont densément couvertes de poils courts, fins et en forme d'étoile qui donnent à la plante une apparence blanche argentée. Les tiges et les principales nervures des feuilles comportent aussi de nombreux aiguillons élancés d'une couleur allant du jaune au rouge. Les fleurs sont en forme d'étoile et d'une couleur allant du bleu vif au violet et au pourpre, à l'occasion blanches, avec cinq pétales fusionnés et cinq anthères jaunes proéminentes. Les fleurs donnent naissance à des grappes de baies lisses et globulaires qui changent de couleur à mesure que la plante mûrit, passant du vert avec des rayures au jaune et à l'orange marbré ou au brunâtre lorsqu'elles sont mûres. Chaque baie contient 60 à 120 graines plates et légères qui ressemblent beaucoup à celles des tomates (Parsons et Cuthbertson 2001; CAB International 2007; EPPO 2007; Mekki 2007).

Solanum elaeagnifolium est une mauvaise herbe des cultures, des pâturages et des zones perturbées dans ses parcours naturels indigènes ou introduits partout dans le monde. Toutes les parties de la plante, en particulier les baies, sont vénéneuses pour le bétail. Historiquement, les baies et les semences étaient utilisées par les peuples autochtones du sud-ouest des États-Unis pour la préparation d'aliments et de vêtements (Boyd et al., 1984). Récemment, le fruit a été identifié comme source riche d'alcaloïdes stéroïdiens (p. ex., la solasodine), utilisés dans la synthèse de médicaments contraceptifs et corticostéroïdiens. Les produits en question ont fait l'objet d'une extraction destinée au commerce en Inde et en Argentine (Maiti et Mathew 1967; Parsons et Cuthbertson 2001; CAB International 2007).

Statut de l'organisme

Solanum elaeagnifolium n'est pas signalée comme présente dans la flore canadienne (Scoggan, 1979; Kartesz, 1999; ACIA, 2008), et rien n'est venu prouver qu'elle est cultivée au Canada. Sur la foi du renseignement qu'on vient de mentionner, Solanum elaeagnifolium est considérée comme absente du Canada vu l'absence de signalement de l'espèce comme organisme nuisible dans la zone de l'analyse du risque phytosanitaire.

Statut réglementaire actuel

Solanum elaeagnifolium n'est pas réglementée actuellement comme organisme nuisible au Canada, ni sur le plan fédéral, ni sur le plan provincial (bien que les autres espèces du genre Solanum soient réglementées au Manitoba). Elle ne constitue pas une mauvaise herbe nuisible de ressort fédéral aux États-Unis, mais elle est réglementée comme mauvaise herbe nuisible ou graine de mauvaise herbe nuisible dans dix-neuf États américains (Alabama, Arkansas, Arizona, Californie, Colorado, Floride, Géorgie, Hawaii, Idaho, Kansas, Louisiane, Michigan, Nouveau-Mexique, Nevada, Oklahoma, Oregon, Caroline du Sud, Texas et Washington) (Rice, 1997-2008; USDA-ARS, 2009; USDA-NRCS, 2009). À l'échelle mondiale, l'espèce est considérée comme un organisme de quarantaine au Bélarus, en Russie et en Ukraine, et elle est contrôlée en vertu de la législation sur les mauvaises herbes nuisibles en Australie et en Afrique du Sud (OEPP, 2007). En Europe, elle figure sur la liste de l'Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes (OEPP), liste qui répertorie les espèces recommandées pour réglementation comme organisme de quarantaine par les pays membres (OEPP, 2009).

Probabilité d'introduction

La voie d'entrée la plus probable de Solanum elaeagnifolium dans la zone de l'analyse du risque phytosanitaire est l'introduction non intentionnelle comme contaminant dans les denrées ou les transports. L'espèce a été distribuée dans le monde dans les cultures fourragères et dans les semences des cultures, et peut aussi être disséminée par le bétail et le fumier, par la machinerie agricole, les véhicules, les bulldozers et les autres engins de terrassement (Boyd et al. 1984; Parsons et Cuthbertson 2001; CAB International 2007; OEPP 2007; Mekki 2007). La terre, le sable ou les plantes ornementales peuvent aussi être contaminés par les fragments de racines ou de semences (OEPP, 2007).

Tableau 1 : Résumé des voies d'entrées de Solanum elaeagnifolium (morelle jaune)
Type de voie d'entrée Voies d'entrée spécifiques
Dispersion naturelle

La dispersion naturelle de Solanum elaeagnifolium se fait par les semences et végétativement par les sections de racines coupées. Les semences constituent des baies charnues adaptées à la dispersion par les oiseaux et les autres animaux. Des études ont montré que les semences restent viables après être passées dans les voies digestives des animaux (Parsons et Cuthbertson, 2001). Le fruit peut aussi flotter et être dispersé le long des rivières et des autres cours d'eau (Boyd et Murray, 1982; OEPP, 2007) et les baies sèches peuvent être dispersées par les vents forts en hiver (Parsons et Cuthbertson, 2001).

Il existe une voie d'introduction possible pour l'espèce au Canada, étant donné qu'il en existe des populations dans les États américains proches de la frontière canadienne (p. ex., Washington). La dispersion naturelle par les fragments végétatifs serait locale, mais la dissémination des semences par les oiseaux, les autres animaux, le vent ou l'eau pourrait couvrir de longues distances.

Introduction intentionnelle

Solanum elaeagnifolium n'est généralement pas cultivée comme plante ornementale (Bailey et Bailey 1976; Isaacson et Allen 2007). Solanum elaeagnifolium fait l'objet d'un usage limité comme fourrage en Afrique du Sud (CAB International 2007), et l'alcaloïde stéroïdien que constitue la solasodine a été extrait à des fins commerciales en Inde et en Argentine (OEPP 2007). Toutefois, la question n'est pas claire de savoir dans quelle mesure, s'il en est, cette plante est cultivée à cette fin.

Cette voie d'introduction est considérée comme improbable pour l'instant.

Introduction non intentionnelle

Solanum elaeagnifolium est une mauvaise herbe des cultures et des pâturages, et a été distribuée partout dans le monde par les semences fourragères et les autres semences contaminées. (Parsons et Cuthbertson 2001). Elle peut aussi être disséminée par le bétail et le fumier, par la machinerie agricole, les véhicules, les bulldozers et les autres engins de terrassement, de même que par la terre, le sable et le matériel végétal ornemental (OEPP 2007; Boyd et al. 1984).

Il s'agit là de la voie d'introduction la plus probable au Canada.

Probabilité d'établissement

Solanum elaeagnifolium est indigène dans le Sud-Ouest des États-Unis et dans le Nord-Est du Mexique. Elle est parfois considérée comme indigène en Argentine, même si la nature de la faune entomologique herbivore donne à penser qu'il s'agit là d'une distribution secondaire (Boyd et al. 1984; CAB International 2007; OEPP 2007). L'espèce a été introduite ailleurs en Amérique du Nord et du Sud, et est maintenant répandue aux États-Unis dans toutes les régions sauf celle des Grands Lacs et de la Nouvelle-Angleterre (Figure 1; Kartesz 1999; CAB International 2007; USDA-NRCS 2009). Elle est aussi introduite dans d'autres parties du monde, y compris en Australie, en Inde, en Afrique du Sud et autour du bassin méditerranéen (Parsons et Cuthbertson 2001; CAB International 2007; OEPP 2007; GBIF 2008). La plus grande partie du parcours naturel de l'espèce se trouve dans les zones NAPPFAST numéros 8 et 9 et au-dessus (www.nappfast.org), mais la présence de l'espèce aux États-Unis donne à penser qu'elle peut survivre dans la zone 6 et probablement aussi dans la zone 5 (Figure 2).

Figure 1 : Aire de distribution potentielle de Centaurea solstitialis (Centaurée du solstice) en Amérique du Nord selon les prévisions du système NAPPFAST (les régions à risque ou l'ensemble des zones de rusticité des plantes, allant de 5 à 9, sont ombrées en rouge)

Figure 1. Description ci-dessous.
Description de la figure 1 :

Cette carte illustre la répartition actuelle de Solanum elaeagnifolium  en Amérique du Nord et indique la présence de celle-ci au moyen de la couleur verte. Les deux tiers des États-Unis sont recouverts de vert, dont principalement la moitié inférieure ouest. Aucun des États du long de la côte nord-est ne contient de vert, sauf le Maryland.

Source: USDA-NRCS, 2009.

Solanum elaeagnifolium est adaptée à un grand éventail d'habitats, mais semble surtout apparaître dans les régions au climat chaud tempéré où la pluviosité annuelle est relativement faible (250 m à 600 m). Elle prospère sur les terres perturbées et n'est pas confinée à un type de sol particulier. Les infestations sont plus sérieuses qu'autrement dans les endroits où le sol est sec, mais les cultures irriguées sont aussi enclines aux invasions de l'espèce (Parsons et Cuthbertson 2001; CAB International 2007). En plus des terres cultivées et des terres agricoles, la plante pousse le long du bord des routes, des chemins de fer, des rives, des chenaux et dans les prairies, les corrals pour le bétail, les chantiers de construction et les terres incultes (CAB International 2007; OEPP, 2007; Mekki 2007).

Selon sa distribution indigène et les documents disponibles, il semble que Solanum elaeagnifolium puisse trouver les conditions climatiques et écologiques convenables pour son établissement et sa dissémination dans la zone d'analyse du risque phytosanitaire, dans les parties de la Colombie-Britannique, du Sud ontarien et des Maritimes qui comprennent les zones numéros 6 à 9 et peut-être la zone 5.

Figure 2-1 : Distribution potentielle de Solanum elaeagnifolium (morelle jaune) au Canada

Zones NAPPFAST 6 à 9. Description ci-dessous.
Description de la figure 2-1 :

Cette image illustre la répartition potentielle de Solanum elaeagnifolium (morelle jaune) au Canada et en Amérique du Nord par l'entremise d'une carte. La couleur rouge est utilisée pour indiquer les régions dans lesquelles Solanum elaeagnifolium  pourrait survivre selon la carte des zones canadiennes de rusticité, dans ce cas-ci la Carte des zones de rusticité NAPPFAST 6-9. Au Canada,Solanum elaeagnifolium est susceptible de devenir une mauvaise herbe ou une plante envahissante dans certaines régions du pays, incluant le sud et la région côtière de la Colombie-Britannique, le sud de l'Ontario et les Maritimes. La majorité des zones rouges se trouvent aux É.-U., ce qui comprend les régions des côtes Est et Ouest ainsi que celles situées près des Grands Lacs qui s'étendent vers le bas, au-delà de l'image.

Zones NAPPFAST 6 à 9.

Figure 2-2 : Distribution potentielle de Solanum elaeagnifolium (morelle jaune) au Canada

Zones NAPPFAST 5 à 9. Description ci-dessous.
Description de la figure 2-2 :

Cette image démontre la répartition potentielle de Solanum elaeagnifolium au Canada et en Amérique du Nord par l'entremise d'une carte. La couleur rouge est utilisée pour indiquer les régions dans lesquelles Solanum elaeagnifolium  pourrait survivre selon la carte des zones canadiennes de rusticité, dans ce cas-ci la Carte des zones de rusticité NAPPFAST 5-9. Au Canada, la répartition potentielle de Solanum elaeagnifolium comprend des régions du Canada atlantique, du sud de l'Ontario ainsi que du sud et de la région côtière de la Colombie-Britannique. La majorité des zones rouges se trouvent aux É.-U., ce qui comprend les régions des côtes Est et Ouest qui s'étendent vers l'intérieur du pays en atteignant la plupart des États centraux, ainsi que les régions situées à proximité des Grands Lacs qui s'étendent vers le bas, au-delà de l'image.

Zones NAPPFAST 5 à 9.

Probabilité de propagation

La dissémination naturelle de Solanum elaeagnifolium se fait par les semences et, végétativement, par les sections de racines coupées. Les fleurs font l'objet d'une pollinisation croisée par les insectes, principalement les abeilles (Hardin et al., 1972; OEPP, 2007), et produisent des grappes de baies charnues qui peuvent être dispersées par les oiseaux, les autres animaux, le vent et l'eau. Une seule plante de l'espèce produit généralement de 40 à 60 fruits par saison de croissance (jusqu'à 200), chacune contenant de 60 à 120 semences (CAB International 2007; OEPP 2007). Les populations denses sont capables de produire 250 millions de semences par hectare (Boyd et Murray 1982). Les semences sont hautement viables et peuvent aussi le rester jusqu'à dix ans dans le sol (OEPP 2007; Mekki 2007). Les plants sont aussi capables de se régénérer végétativement dès que dix jours se sont écoulés après la germination (OEPP 2007). Les plants établis comportent un système radiculaire étendu, et les nouvelles pousses sont produites à partir des racines latérales chaque printemps à une profondeur allant jusqu'à 50 cm. Toutes les parties de la racine sont capables de former des œils poussants (Parsons et Cuthbertson 2001); les fragments de racine de seulement un centimètre de long conservent la capacité de germer et restent viables jusqu'à 15 mois durant (Boyd et al. 1984; Parsons et Cuthbertson 2001; OEPP 2007). Malgré la diversité des mécanismes naturels de dispersion, la dissémination sur de longues distances a été attribuée à l'activité humaine dans la plupart des cas.

Conséquences économiques potentielles

Solanum elaeagnifolium est une mauvaise herbe agricole qui rivalise pour l'humidité et les nutriments avec toutes sortes de cultures, tant dans les terres sèches que dans les terres irriguées. Plusieurs cultures sont touchées dans le monde, les plus importantes étant celle des céréales (blé, sorgho, maïs), celle de la luzerne et celle du coton (Parsons et Cuthbertson 2001; CAB International 2007). Les pertes les plus sérieuses ont été enregistrées pour la luzerne (en Australie, en Afrique du Sud et aux États-Unis) le coton, le sorgho, le maïs et l'arachide (au Maroc et aux États-Unis), pour le blé (en Australie et aux États-Unis) et pour les pâturages cultivés (en Australie, en Grèce, au Maroc et aux États-Unis) (CAB International, 2007). Parmi les autres cultures touchées, on compte celle de nombreux légumes (p. ex., pommes de terre, asperges, tomates), celle des raisins et celle de certains arbres fruitiers (p. ex., pêches). En plus de réduire le rendement des cultures, la présence de cette mauvaise herbe dans les produits récoltés en diminue la qualité et la valeur marchande (CAB International, 2007).

Conséquences environnementales et sociales potentielles

Solanum elaeagnifolium est principalement une mauvaise herbe agricole qui envahit les terres cultivées, les pâturages et les zones perturbées et marginales, comme le bord des routes. Aucun signalement d'impacts environnementaux ou d'effets sur les régions naturelles n'a été constaté, même si l'espèce peut remplacer la végétation naturelle dans les parcours naturels surpâturés (OEPP, 2007; Mekki, 2007). Les répercussions sociales peuvent résulter de la perte de valeur des terres agricoles infestées par la mauvaise herbe. Au Maroc, on dit que la valeur des champs infestés a diminué de 25%, alors qu'aux États-Unis, des fermes entières ont été abandonnées à cause de cette mauvaise herbe (Gmira et al., 1998; OEPP, 2007).

Incertitude

Une enquête approfondie sur la distribution de Solanum elaeagnifolium aux États-Unis et en Europe pourrait aider à affiner l'évaluation de l'aire de distribution potentielle de l'espèce au Canada. Aucune autre zone d'incertitude n'a été déterminée.

Conclusion

Selon le résultat de l'évaluation du risque, Solanum elaeagnifolium a la capacité de devenir envahissante et invasive dans les régions où elle peut s'établir. Certaines parties de la Colombie-Britannique, du Sud ontarien et des provinces atlantiques sont considérées comme les régions les plus vulnérables. Cette plante devrait être considérée pour réglementation en vertu des lois canadiennes que sont la Loi sur la protection des végétaux et la Loi sur les semences .

Considérations d'ordre technique

Diverses autres espèces du genre auraient fait l'objet d'une confusion avec Solanum elaeagnifolium dans les champs en Australie, en Afrique du Sud et aux États-Unis. Toutefois, il n'est généralement pas considéré comme difficile de distinguer l'espèce ou de la déceler comme contaminant des denrées (CAB International, 2007).

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