DGR-13-08 : Document de gestion du risque phytosanitaire – Hymenoscyphus fraxineus (maladie du flétrissement du frêne)

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24 novembre 2014

Préface

Comme il a été défini par la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV), l'analyse du risque phytosanitaire (ARP) comprend trois phases : mise en route, l'évaluation du risque phytosanitaire et la gestion du risque phytosanitaire. L'initiation du processus de l'ARP implique l'identification d'organismes nuisibles et des voies d'entrée susceptibles et la définition de la zone ARP. L'évaluation des risques phytosanitaires établit le fondement scientifique de la gestion globale des risques. La gestion des risques phytosanitaires est le processus consistant à déterminer et évaluer les mesures d'atténuation pouvant être prises pour réduire les risques posés par l'organisme nuisible en cause à des niveaux acceptables et à sélectionner les mesures adéquates.

Le Document de gestion du risque (DGR) comprend un aperçu des résultats d'une évaluation des risques phytosanitaires et présente le processus de gestion des risques phytosanitaires suivi pour traiter du problème en cause. Il respecte les principes, la terminologie et les lignes directrices des normes de la CIPV pour l'analyse des risques phytosanitaires.

Table des matières

1.0 Sommaire

Hymenoscyphus fraxineus (T. Kowalski) Baral, Queloz, Hosoya, comb. nov. (maladie du flétrissement du frêne) est un agent pathogène dangereux qui affecte les frênes en Europe. La gravité de la maladie, la rapidité avec laquelle elle se propage et les données récentes démontrant la vulnérabilité du frêne (Fraxinus spp.) de l'Amérique du Nord à la maladie en font un organisme nuisible préoccupant pour le Canada.

Le risque que présente H. fraxineus pour le Canada a été évalué dans le cadre du processus de catégorisation des organismes nuisibles de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA). Les résultats de la catégorisation (novembre 2012) indiquent que H. fraxineus satisfait à la définition d'un organisme de quarantaine et que son introduction au Canada pourrait entraîner de graves répercussions économiques et environnementales. On estime que l'introduction de H. fraxineus pourrait causer la mort ou le déclin d'un grand nombre de frênes dans les forêts, les parcs, les paysages urbains, ainsi que les pépinières.

En raison de la menace sérieuse que représente H. fraxineus, l'ACIA avait mis en place des mesures phytosanitaires provisoires visant à atténuer le risque d'introduction de ce ravageur au Canada. Depuis le 30 janvier 2013, l'importation de matériel de pépinière, de branches et de semences de frêne (Fraxinus spp.) en provenance de pays infestés, dont l'entrée au Canada était autrefois autorisée, est interdite. Ces mesures étaient temporaires en attendant de déterminer le statut réglementaire de H. fraxineus au Canada. L'ACIA a ensuite consulté sur deux options de gestion du risque pour H. fraxineus. La première option proposait de maintenir le statu quo, c'est-à-dire de ne pas réglementer H. fraxineus. La seconde, l'option privilégiée par l'ACIA, proposait de réglementer H. fraxineus et, par conséquent, de maintenir en place les exigences temporaires régissant le matériel végétal de frêne. Suite à la consultation qui s'est tenue au début de 2014, la décision a été prise de réglementer H. fraxineus et maintenir les exigences phytosanitaires pour le matériel végétal de frêne. Toutefois, l'interdiction du matériel in vitro de l'Allemagne et des Pays-Bas qui a été mise en oeuvre dans le cadre des mesures provisoires du 30 janvier 2013 ne sera pas maintenue.

2.0 Objectif

L'objectif de ce document est de communiquer la décision de gestion du risque de l'ACIA pour l'agent pathogène responsable de la maladie du flétrissement du frêne, H. fraxineus.

3.0 Portée

Ce DGR traite du risque lié à l'introduction de l'agent pathogène responsable de la maladie du flétrissement du frêne, H. fraxineus, au Canada et présente la décision de gestion du risque pour cette maladie.

Pour obtenir des renseignements relatifs aux exigences actuelles d'importation pour des végétaux ou des produits végétaux particuliers, veuillez consulter le Système automatisé de référence à l'importation (SARI) de l'ACIA.

4.0 Définitions, abréviations et acronymes

On retrouve la définition des termes phytosanitaires utilisés dans ce document dans le Glossaire de la protection des végétaux ou dans le Glossaire des termes phytosanitaires de la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV).

5.0 Contexte

H. fraxineus, responsable de la maladie du flétrissement du frêne, est un important phytoravageur émergent qui s'attaque aux frênes en Europe. Depuis qu'on a détecté sa présence en Pologne et en Lituanie au début des années 1990, cet agent pathogène s'est propagé dans toute l'Europe, où il cause la mort des frênes européens. La maladie se caractérise par le dépérissement rapide de la cime et par la présence de chancres ou de lésions entourant les parties touchées de l'arbre, causant généralement sa mort.

On a récemment découvert que H. fraxineus, précédemment dénommé Chalara fraxinea ou Hymenoscyphus pseudoalbidus, affectait certaines espèces de frênes indigènes d'Amérique du Nord plantées en Europe. La nouvelle gamme d'hôtes de l'agent pathogène comprend désormais les espèces indigènes nord-américaines Fraxinus nigra, F. pennsylvanica et F. americana, ainsi que F. mandschurica, originaire d'Asie. Cet élargissement de la gamme d'hôtes suscite des préoccupations additionnelles quant aux dommages importants qui pourraient être causés aux espèces Fraxinus nord-américaines si l'agent pathogène était introduit en Amérique du Nord et s'y établissait.

Compte tenu de la gravité de la maladie, de la rapidité avec laquelle elle se propage et des rapports signalant la vulnérabilité des espèces Fraxinus nord-américaines, l'ACIA a complété un processus de catégorisation des organismes nuisibles pour évaluer le risque que représente H. fraxineus pour le Canada. Les résultats de la catégorisation indiquent que H. fraxineus satisfait à la définition d'un organisme de quarantaine et que son introduction au Canada pourrait entraîner de graves répercussions économiques et environnementales.

6.0 Sommaire de la Catégorisation des organismes nuisibles

Le processus de Catégorisation des organismes nuisibles de l'ACIA pour H. fraxineus s'est terminé en novembre 2012 (ACIA, 2012). Les sections suivantes en présentent les points saillants.

6.1 Nomenclature

Le stade asexué (anomorphe) du champignon a été initialement dénommé Chalara fraxinea, tandis que Hymenoscyphus pseudoalbidus était considéré comme le stade sexué (téléomorphe) de la maladie. Au départ, on croyait que la forme téléomorphe correspondait à H. albidus, que l'on considérait comme non pathogène, saprotrophe, indigène et très répandu en Europe. Une analyse moléculaire plus approfondie a révélé que la forme sexuée était en fait une nouvelle espèce nommée Hymenoscyphus pseudoalbidus. Au moment où le stade asexuée Chalara fraxinea, et le stade sexué Hymenoscyphus pseudoalbidus, ont été décrits, des noms scientifiques distincts pour les différents morphes étaient autorisés. Cependant, selon le principe adopté par le Code international de nomenclature pour les algues, les champignons et les plantes voulant qu'un seul nom soit retenu pour chaque champignon, la maladie du flétrissement du frêne devrait être appelée Hymenoscyphus fraxineus.

6.2 Biologie de l'organisme nuisible

6.2.1 Cycle vital

On ne comprend pas encore parfaitement la biologie du champignon. Toutefois, les observations faites en Europe suggèrent que l'agent pathogène peut s'introduire dans les frênes par les feuilles, plus particulièrement par le pétiole, ce qui lui permettrait par la suite de se développer dans le système vasculaire des pousses (McKinney et al., 2011; Timmermann et al., 2011). Les structures reproductives de la forme sexuée, H. fraxineus, apparaissent généralement sur les feuilles mortes de l'année précédente, mais se développent parfois sur les pousses mortes de jeunes plants de frênes dans les pépinières, ainsi que sur les pousses mortes cassées et sur les ramilles en contact avec le sol (Timmermann et al., 2011).

6.2.2 Gamme d'hôtes

Fraxinus semble être le seul genre affecté par H. fraxineus. Des espèces Fraxinus originaires d'Amérique du Nord, d'Europe et d'Asie se sont avérées sensibles à l'agent pathogène (tableau 1).

Tableau 1. Espèces de frênes (Fraxinus spp.) que l'on sait susceptibles à H. fraxineus
Origine Nom scientifique Nom commun
Amérique du Nord Fraxinus americana Frêne blanc
Amérique du Nord F. nigra Frêne noir
Amérique du Nord F. pennsylvanica Frêne rouge ou vert
Europe F. angustifolia Frêne à feuilles étroites
Europe F. excelsior Frêne européen, frêne commun
Europe F. ornus Frêne à fleurs
Asie F. mandschurica Frêne de Mandchourie

6.2.3 Symptômes

H. fraxineus se caractérise par le dépérissement rapide de la cime et par la présence de chancres ou de lésions entourant les parties touchées de l'arbre, causant généralement sa mort (Kowalski et Holdenrieder, 2009; DEFRA, 2012). Les symptômes de la maladie se manifestent dans l'écorce et le système vasculaire des pousses, des ramilles, des branches, des tiges et des feuilles de frênes (Timmermann et al., 2011). Les caractéristiques les plus évidentes de la maladie sont : le flétrissement, la décoloration et la chute prématurée des feuilles; le dépérissement des pousses, des ramilles et des branches; la nécrose de l'écorce, des feuilles et des bourgeons; la présence de chancres nécrotiques dans l'écorce, les pousses et les branches; la décoloration brunâtre à grisâtre de l'écorce interne; ainsi que la décoloration du bois (Bakys et al., 2009; Goudet et al., 2012; Timmermann et al., 2011). L'apparition de petites lésions nécrotiques sur les pétioles et les nervures des folioles constitue le premier signe d'infection (Timmermann et al., 2011). Le champignon a parfois été détecté dans les racines, mais seulement lorsque la tige était aussi infectée (Schumacher et al., 2010). Les arbres malades réagissent en produisant de nombreuses pousses adventives (Kirisits et al., 2008). Le champignon est également associé à la nécrose de la tige basale (Langer et Werres, 2013).

6.3 Répartition

Depuis son apparition en Pologne, la maladie a rapidement progressé dans toute l'Europe. Jusqu'à présent, on l'a observée ou signalée dans les pays suivants : Allemagne, Autriche, Belgique, Bélarus, Croatie, Danemark, Estonie, Finlande, France, Hongrie, Irlande, Italie, Lettonie, Lituanie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, République tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Russie, Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse et Ukraine (Timmermann et al., 2011).

La maladie a aussi été détectée à l'extérieur de l'Europe. Une publication récente décrit le champignon japonais Lambertella albida comme conspécifique à H. fraxineus, laissant ainsi entendre que le nom correct de L. albida, dont la présence avait déjà été signalée dans les pétioles de l'espèce de frênes asiatique Fraxinus mandshurica au Japon, est en fait H. fraxineus (Zhao et al., 2012). Dans le même ordre d'idée, on a rapporté la présence de H. fraxineus dans des feuilles en décomposition de F. mandschurica en Chine en 2013 (Zheng et al., 2013). Aucun symptôme de la maladie n'a été observé sur les frênes en Chine, renforçant l'hypothèse initiale suggérant que l'agent pathogène a été introduit en Europe en provenance de l'Asie étant donné que certaines espèces de frêne d'Asie tel que le frêne de Mandchourie, planté en tant qu'espèce d'ornement en Europe, semblent résistantes à la maladie (Coghlan, 2012).

6.4 Voies d'entrée et de dissémination

L'agent pathogène peut être transporté dans l'écorce, les feuilles, les racines, les tiges, les branches, les semences et le bois des espèces Fraxinus dans le cadre d'échanges commerciaux. Le transport de matériel hôte infecté, comme le matériel de pépinière des espèces Fraxinus, semble être la principale voie de propagation de la maladie sur de longues distances. La découverte récente de végétaux de pépinière infectés par H. fraxineus en Angleterre, importés directement d'autres pépinières d'Europe continentale (Pays-Bas), indique que l'agent pathogène se propage sur de longues distances par l'intermédiaire de végétaux destinés à la plantation (DEFRA, 2012). En outre, il a été démontré que l'agent pathogène est en mesure de produire des conidies à partir du bois infecté (Husson et al., 2012), laissant entendre que les grumes de frênes non traitées ou les produits de bois connexes tels que le bois de chauffage et les copeaux de bois peuvent transporter l'agent pathogène sur de longues distances et servir de voie d'introduction de la maladie dans les zones qui en sont exemptes.

En Europe, on pense également que l'agent pathogène se propage naturellement sur de longues distances au moyen de spores sexuées transportées par le vent (ascospores) (Wingen et al., 2013; Timmermann et al., 2011). Les spores sexuées peuvent également se disperser par le mouvement du sol, par l'eau ou par les insectes vecteurs, quoique aucun insecte vecteur n'a été identifié à ce jour (Prokrym et Neeley, 2009; Timmermann et al., 2011). On a également démontré que les semences des arbres F. excelsior dépérissants peuvent porter un faible niveau de l'agent pathogène, quoique l'effet de H. fraxineus sur la germination et la levée des semis est actuellement inconnu (Cleary et al., 2013). Le commerce international de semences de Fraxinus récoltées dans des régions où l'infestation est connue pourrait donc servir de voie potentielle pour l'introduction de cet agent pathogène (Cleary et al., 2013).

6.5 Probabilité d'établissement et de dissémination

Des espèces hôtes propices à l'établissement et à la dissémination de H. fraxineus sont présentes au Canada. Il s'agit notamment de F. nigra (frêne noir), de F. pennsylvanica (frêne rouge ou vert) et de F. americana (frêne blanc) (Drenkhan et Hanso, 2010), qui sont toutes sensibles à ce champignon.

En Europe, le frêne noir, F. nigra, originaire d'Amérique du Nord, s'est avéré très affecté par H. fraxineus. On rencontre couramment F. nigra au Canada, dans les forêts marécageuses nordiques de l'est du Manitoba jusque dans les provinces de l'Atlantique, y compris Terre-Neuve (Farrar, 1995). Fraxinus pennsylvanica a été modérément affecté par la maladie en Europe. Les symptômes manifestés sont semblables à ceux présentés par F. nigra, à la différence que moins de pousses mortes sont évidentes dans le couvert végétal. Il s'agit de l'espèce de frêne la plus largement répandue au Canada, s'étendant de la Saskatchewan à la Nouvelle-Écosse. Fraxinus americana, le frêne blanc, s'est avéré l'espèce la moins touchée par le champignon en Europe. Les cas affectés par la maladie montrent des signes de flétrissement des feuilles, mais seulement un léger dépérissement des pousses et des ramilles, et de nécrose de l'écorce (Drenkhan et Hanso, 2010). F. americana est une espèce présente dans l'est du pays et est l'espèce de frêne indigène la plus courante au Canada (Farrar, 1995). On considère Fraxinus excelsior comme très vulnérable à ce champignon. L'espèce a été introduite en Amérique du Nord, mais sa répartition est relativement limitée dans l'est du Canada et des États-Unis (Prokrym et Neeley, 2009).

Parmi les autres espèces de frênes au Canada, on compte notamment F. quandrangulata (frêne bleu), F. latifolia (frêne de l'Orégon) et F. profunda (frêne tomenteux). Il n'existe actuellement aucune donnée quant à leur sensibilité à H. fraxineus.

L'aire connue de répartition du champignon inclut des parties du sud, du centre, du nord et du nord-est de l'Europe se trouvant dans les zones de rusticité 3-10 (NAPPFAST, 2012). La répartition géographique des espèces Fraxinus hôtes que l'on retrouve au Canada se situe principalement dans les zones de rusticité NAPPFAST 3-8, en plein coeur de la répartition climatique des pays dans lesquels l'agent pathogène est présent. On estime que les régions du sud et du centre de la Saskatchewan, du Manitoba, de l'Ontario, du Québec, du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle Écosse et de l'Île-du-Prince-Édouard, où l'on retrouve les espèces indigènes F. americana, F. nigra et F. pennsylvanica, offrent des conditions climatiques actuelles favorables au développement de la maladie si l'agent pathogène était introduit au Canada.

6.6 Conséquences économiques et environnementales potentielles

Si H. fraxineus était introduit au Canada, il pourrait causer la mort ou le déclin d'un grand nombre de frênes dans les forêts, les parcs, les paysages urbains, ainsi que les pépinières. Les conséquences négatives sur les plans économique et environnemental pourraient s'avérer importantes.

D'un point de vue esthétique, les symptômes de H. fraxineus auraient des répercussions néfastes sur les populations de frênes en milieu urbain. Les symptômes de la maladie peuvent exiger d'abattre et remplacer les frênes touchés à des coûts considérables; la valeur moyenne des arbres urbains est estimée à 700 $ par arbre (Kenney et Idziak, 2000). Ce montant ne représente que les coûts de remplacement et ne tient pas compte des avantages que procurent les arbres à la société en milieu urbain. En outre, les arbres en milieu urbain offrent plusieurs bénéfices environnementaux tels que la réduction de polluants gazeux dans l'air, la conservation de l'énergie (coûts de chauffage et de refroidissement), l'atténuation des eaux pluviales, la réduction du bruit, la présence d'habitats fauniques, l'augmentation de la valeur des propriétés, l'amélioration de l'aspect esthétique, la protection contre le vent et le bien-être psychologique (Rosen et Kenney, 2003). Ces avantages seraient touchés par la perte d'arbres en milieu urbain (Kenney et Idziak, 2000; Rosen et Kenney, 2003).

Fraxinus americana est l'espèce de frêne indigène la plus commune au Canada et aussi l'espèce ayant la plus grande valeur commerciale. On l'utilise dans la fabrication de produits en bois tels que les poignées, les articles de sport (bâtons de hockey et de baseball), les meubles, les paniers et les armoires de cuisine (Farrar, 1995; Panshin et de Zeeuw, 1970). Le frêne blanc est également utilisé pour fabriquer des placages et des revêtements de sol en bois dur. Les arbres morts ou mourants ne sont pas utilisés dans la fabrication de produits de bois pour lesquels on préfère le frêne (Panshin et de Zeeuw, 1970). De plus, la décoloration du bois causée par le champignon empêcherait d'employer le bois dans un but esthétique et il serait impossible de le commercialiser aux fins de fabrication de produits de bois. L'agent pathogène nuirait au marché d'exportation du bois de frêne canadien, puisque sa présence constituerait un risque pour les forêts de feuillus plus vastes et plus diversifiées des États-Unis, le plus important partenaire commercial du Canada (Shore, 1992). H. fraxineus est considéré comme un organisme nuisible à déclaration obligatoire (organisme de quarantaine) aux États-Unis (USDA-APHIS, communication personnelle, 2012).

Un changement dans la composition de la forêt à la suite d'une forte diminution de la population de frênes pourrait aussi entraîner une modification de la biodiversité forestière (USDA-APHIS/ARS/FS, 2010). Les frênes occupent souvent les espaces vides dans la forêt, procurant ainsi de l'ombre au sol. Le frêne est l'un des rares arbres indigènes en mesure de supplanter les mauvaises herbes qui empêchent d'autres espèces de s'établir (USDA-APHIS/ARS/FS, 2010).

7.0 Considérations relatives à la gestion du risque phytosanitaire

7.1 Exigences phytosanitaires avant la mise en place des mesures provisoires

Le mode d'introduction le plus probable de H. fraxineus au Canada est via l'importation de produits de bois de frêne, de matériel de pépinière, de branches et de semences. Des exigences phytosanitaires régissant l'importation de matériel végétal de frêne ont déjà été mises en place dans le passé pour atténuer les risques que présentent d'autres organismes de quarantaine. Les exigences phytosanitaires en vigueur avant la mise en oeuvre des mesures phytosanitaires provisoires pour les régions autres que la zone continentale des États-Unis sont décrites ci-dessous.

Les produits de bois de frêne provenant de sources étrangères doivent respecter les exigences phytosanitaires pour atténuer le risque d'introduction de divers organismes nuisibles de quarantaine, comme l'indique la directive D-02-12, Exigences s'appliquant à l'importation de bois non transformé et d'autres produits de bois non destinés à la multiplication (sauf les matériaux d'emballage en bois massif), provenant de toutes les régions autres que la zone continentale des États-Unis (ACIA, 2011). En général, les produits de bois de frêne doivent être exempts d'écorce et avoir subi un traitement thermique ou avoir été fumigés au bromure de méthyle conformément aux exigences décrites dans la directive D-02-12, ou il faut obtenir une approbation préalable.

Les frênes et le matériel végétal de frêne destinés à la plantation figurent sur la liste du matériel végétal non autorisé – en attente d'une analyse des risques phytosanitaires (NAAARP) conformément à la directive D-08-04, Exigences phytosanitaires régissant l'importation de végétaux et de parties de végétaux destinés à la plantation, et ce, quelle qu'en soit la provenance, à l'exception des États-Unis, de l'Allemagne et des Pays-Bas (ACIA, 2013). Les frênes et le matériel végétal de frêne en provenance de l'Allemagne et des Pays-Bas devaient être accompagnés d'un permis d'importation et d'un certificat phytosanitaire. En date de janvier 2013, avant la mise en oeuvre des mesures phytosanitaires provisoires, très peu de permis d'importation étaient valides pour l'importation de frênes avec racine, et seulement pour des plants ayant un diamètre égal ou inférieur à 10 mm.

Outre la zone continentale des États-Unis, l'importation de branches fraiches de frêne décoratives est autorisée uniquement en provenance de l'Allemagne et des Pays-Bas, à condition qu'elles soient accompagnées d'un certificat phytosanitaire et d'un permis d'importation. Toutefois, aucun permis d'importation valide ne figurait dans les dossiers de l'ACIA en date de janvier 2013.

Les branches de frênes séchées d'un diamètre supérieur à 1,5 cm qui sont importées de toute région autre que la zone continentale des États-Unis devaient être fumigées au bromure de méthyle (ACIA, 2011). Celles dont le diamètre est inférieur à 1,5 cm n'étaient soumises à aucune exigence phytosanitaire particulière.

L'importation de semences de frênes nécessitait un permis d'importation. Là encore, très peu de permis d'importation valides pour les semences de frênes figuraient dans les dossiers de l'ACIA en date de janvier 2013.

7.2 Mesures phytosanitaires provisoires

Le 30 janvier 2013, en raison de l'importante menace posée par H. fraxineus, l'ACIA a mis en oeuvre des mesures phytosanitaires provisoires interdisant l'importation de matériel de pépinière et de branches fraiches de frênes (Fraxinus spp.) en provenance des Pays-Bas et de l'Allemagne, ainsi que de semences, de végétaux in vitro et de branches séchées de tous les pays infestés par H. fraxineus. Le SARI a été mis à jour pour tenir compte de cette situation et, le cas échéant, les permis d'importation ont été modifiés ou révoqués. Une Notification de mesures d'urgence a été publiée par l'entremise de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) le 23 janvier 2013. La décision décrit dans ce DGR maintient la plupart des mesures phytosanitaires provisoires mises en place le 30 janvier, 2013. Toutefois, l'interdiction des plantes in vitro à partir de l'Allemagne et les Pays-Bas mise en oeuvre avec les mesures provisoires le 30 janvier, 2013 ne sera pas maintenue.

7.3 Méthodes de contrôle et traitements

Il n'existe actuellement aucun produit antiparasitaire homologué pour lutter contre H. fraxineus au Canada, et les produits homologués dans d'autres pays sont rares (ARLA, communication personnelle, 2013).

Des recherches dans le but d'identifier des arbres présentant une résistance naturelle à la maladie ont été réalisées sur l'espèce européenne F. excelsior (Kjaer et al., 2012; McKinney et al., 2011). Un très petit nombre d'arbres au sein de la population ont montré une résistance partielle à l'agent pathogène. Il est donc possible que les espèces originaires de l'Amérique du Nord présentent elles aussi un certain degré de résistance à la maladie.

8.0 Options de gestion du risque phytosanitaire : Réglementer Hymenoscyphus fraxineus et mettre en place des exigences phytosanitaires d'importation pour le matériel végétal de frêne

Suite à une évaluation critique de H. fraxineus (maladie du flétrissement du frêne) et des risques associés à son introduction potentielle au Canada, ainsi que des commentaires obtenus suite à un processus de consultation, l'ACIA a décidé de réglementer H. fraxineus et de mettre en place des exigences phytosanitaires d'importation pour le matériel de frêne.

Les exigences phytosanitaires régissant le matériel hôte ont été modifiées pour tenir compte du risque que présente H. fraxineus Les conditions d'importation suivantes ont été mises en oeuvre pour le matériel végétal des espèces Fraxinus :

  • Le matériel de pépinière (avec ou sans racines) provenant de tous les pays infestés, y compris les Pays-Bas et l'Allemagne, est interdit d'entrée au Canada.
  • Les plantules in vitro en provenance des Pays-Bas et de l'Allemagne doivent être accompagnées d'un certificat phytosanitaire attestant que le matériel végétal a été analysé et trouvé exempt de H. fraxineus. Les plantules in vitro de tout autre pays infesté demeurent sur la liste NAAARP.
  • Les branches fraîches et séchées (y compris les couronnes), peu importe leur diamètre, ainsi que les semences provenant de pays infestés sont interdits d'entrée au Canada.

Les pays présentement infestés par H. fraxineus sont indiqués à la section 6.3 de ce DGR. En plus de ces pays, l'ACIA considère tous les autres pays de l'Union européenne comme étant potentiellement infestés étant donné la large distribution de la maladie en Europe.

L'ACIA estime que les données scientifiques actuellement disponibles ne permettent pas d'appuyer l'élaboration de mesures phytosanitaires régissant les frênes et les parties de végétaux destinés à la plantation (c.-à-d. végétaux avec et sans racines, branches fraîches et séchées, semences) qui permettraient de réduire les risques associés à H. fraxineus à un niveau acceptable. À mesure que de nouveaux renseignements seront connus sur la maladie, l'ACIA pourrait considérer les régions indemnes et les approches systémiques comme des mesures d'atténuation satisfaisantes pour les pays pour lesquels l'importation était précédemment approuvée, à savoir les Pays-Bas et l'Allemagne. Tous les autres pays infestés (figurant actuellement sur la liste NAAARP) doivent se soumettre à une analyse du risque phytosanitaire complète pour déterminer leur admissibilité. Il n'y a aucun changement aux mesures phytosanitaires pour les États-Unis, puisqu'aucun cas de H. fraxineus n'y a été signalé.

Les exigences phytosanitaires régissant les produits de bois de frêne (p. ex. bois débité) continueraient à exiger un certificat phytosanitaire attestant que le bois a subi un traitement thermique ou a été fumigé au bromure de méthyle. On estime actuellement que ces deux traitements réduisent de manière adéquate le risque d'introduction de H. fraxineus au Canada par l'entremise de ces produits de bois et qu'aucune autre mesure n'est requise. L'approbation préalable est toujours nécessaire pour tous les autres produits de bois de frêne.

La décision de réglementer ce ravageur, et la mise en oeuvre officielle des mesures provisoires (à l'exception de l'interdiction initiale des plantules in vitro des Pays-Bas et de l'Allemagne) pour le matériel hôte de H. fraxineus permet d'atténuer le risque d'introduction de cet agent pathogène au Canada et aide à préserver le marché d'exportation de végétaux et du bois de frênes. Le fait de réglementer H. fraxineus permet à l'ACIA d'imposer des mesures phytosanitaires régissant le matériel hôte et de réagir aux incursions par l'application de mesures de lutte officielles, et aussi empêche l'entrée au Canada d'un organisme potentiellement impossible à éradiquer. En outre, puisqu'on n'a pas signalé la présence de ce ravageur en Amérique du nord, la décision de réglementer renforce notre coopération avec les États-Unis, puisque les États-Unis réglementent H. fraxineus.

9.0 Communications aux intervenants

Les partenaires commerciaux et intervenants suivants seront informés des modifications apportées aux exigences d'importation découlant de la décision de gestion du risque :

  • Partenaires commerciaux (y compris une notification via l'Organisation mondiale du commerce, le portail de la Convention internationale pour la protection des végétaux, etc.);
  • Agents de programme, personnel d'inspection, Centres de service à l'importation, etc. de l'ACIA;
  • Autres organisations gouvernementales (p. ex. Agence des services frontaliers du Canada);
  • Intervenants de l'industrie.

10.0 Références

Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA). 2011. Directive D-02-12 : Exigences s'appliquant à l'importation de bois non transformé et d'autres produits de bois non destinés à la multiplication (sauf les matériaux d'emballage en bois massif), provenant de toutes les régions autres que la zone continentale des États-Unis (l8 juillet 2011 (6e révision)).

Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA). 2012. Catégorisation des organismes nuisibles : Chalara fraxinea (Hymenoscyphus fraxineus) (maladie du flétrissement du frêne). Service d'évaluation des risques phytosanitaires, Division des sciences de la protection des végétaux. Ottawa (Ontario). Le 16 avril 2012. Révisé le 16 novembre 2012.

Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA). 2013. Directive D-08-04 : Exigences phytosanitaires régissant l'importation de végétaux et de parties de végétaux destinés à la plantation (25 novembre 2013 [2e révision])

Bakys R., R. Vasaitis, P. Barklund, I.M. Thomsen, J. Stenlid. 2009. Occurrence and pathogenicity of fungi in necrotic and non-symptomatic shoots of declining common ash (Fraxinus excelsior) in Sweden. European Journal of Forest Research 128(1): 51-60.

Baral, H-O, Queloz, V, Hosoya, T 2014. Hymenoscyphus fraxineus, the correct scientific name for the fungus causing ash dieback in Europe. IMA Fungus: The Global Mycological Journal 5(1): 79–80.

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11.0 Approbation

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Dirigeant principal de la protection des végétaux

La signature du Dirigeant principal de la protection des végétaux n'est nécessaire qu'à la fin du processus de gestion du risque phytosanitaire, afin de témoigner de l'approbation de la décision finale. Cette section est ajoutée au DGR après la consultation auprès des intervenants et la décision finale.

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