DGR-17-01 : Document de gestion des risques phytosanitaires – Verticillium longisporum (Rayure verticillienne du canola ou du colza)

Janvier 2017

Préface

Tel que décrit dans la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV), l'analyse du risque phytosanitaire (ARP) comprend trois étapes : la mise en œuvre, l'évaluation du risque phytosanitaire et la gestion du risque phytosanitaire. La mise en œuvre du processus pour l'ARP comporte la détermination des ravageurs et les voies d'entrée potentiellement préoccupantes et la définition de la zone d'ARP. L'évaluation du risque phytosanitaire jette les bases scientifiques à l'égard de la gestion globale du risque. La gestion du risque phytosanitaire est un processus de détermination et d'évaluation des mesures d'atténuation potentielles qui peuvent être appliquées de manière à réduire le risque phytosanitaire cerné à un niveau de risque acceptable et à choisir les mesures appropriées.

Le présent document de gestion des risques (DGR) comprend un résumé des constatations de l'évaluation des risques phytosanitaires et consigne en dossier le processus de gestion des risques phytosanitaires en ce qui concerne les questions cernées. Il est conforme aux principes, à la terminologie et aux directives fournis dans les normes de la CIPV pour l'analyse du risque phytosanitaire.

Table des matières

1.0 Sommaire

Verticillium longisporum (V. longisporum), le champignon pathogène reconnu responsable de la flétrissure verticilienne du canola (aussi connu comme Rayure verticillienne du canola ou du colza], touche les espèces végétales de la famille des Crucifères comprenant le canola et les cultures de légumes (brocoli, choux de Bruxelles, choux, chou chinois et choux-fleurs). On a rapporté qu'il pouvait causer des stries sur la tige et la maturation prématurée du canola ce qui pourrait donner lieu à une réduction de la production agricole. Celui-ci est présent dans les pays européens (la Belgique, la République tchèque, la France, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Pologne, la Russie, la Suède, le Royaume-Uni), les États-Unis (la Californie, l'Illinois), le Japon, la Chine. Il a été signalé pour la première fois au Manitoba en 2014, et en 2016 on a confirmé sa présence dans les provinces de la Colombie-Britannique (C.-B.), de l'Alberta (Alb.), de la Saskatchewan (Sask.), de l'Ontario (Ont.) et dans la province de Québec (Qc).

V. longisporum est un parasite que l'on trouve dans le sol qui se propage principalement par le déplacement de terre et de débris végétaux infestés. De plus, il a été signalé qu'il se déplace par l'entremise de la récolte de semences contaminées provenant de champs hautement infestés. Le phytoravageur pathogène survit au moyen de structures de conservation appelées microsclérotes qui lui permettent de demeurer viable jusqu'à une période de dix années ou plus dans le sol ou dans les débris végétaux (Heale et Karapapa, 1999).

À la suite de la première découverte du phytoravageur dans un seul site du Manitoba en 2014, l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) conjointement avec les partenaires provinciaux et de l'industrie, a mené une enquête nationale concernant les champs de canola dans toutes les zones de production de canola au Canada à l'été et à l'automne 2015. Les résultats de l'enquête ont révélé que ce parasite était largement répandu dans la plupart des zones de production de canola au Canada et est présent dans six des neuf provinces étudiées. En fonction de sa distribution généralisée, l'ACIA a déterminé que V. longisporum ne se conforme pas à la définition d'organisme de quarantaines de la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV). L'ACIA recommande que V. longisporum ne soit pas ajouté à la Liste des parasites réglementés par le Canada.

Les mesures de biosécurité à la ferme semblent être la meilleure approche pour gérer et réduire davantage la propagation de V. longisporum.

2.0 But

Le but du présent document de gestion des risques (DGR) est d'informer et de solliciter des rétroactions de la part des intervenants à l'égard des options de gestion du risque examinées afin de déterminer le statut réglementaire de V. longisporum au Canada. L'ACIA propose que V. longisporum ne soit pas réglementé en vertu de la Loi sur la protection des végétaux du Canada ou inclus dans la Liste des parasites réglementés par le Canada qui est maintenue par l'ACIA.

3.0 Portée

Le présent DGR résume les avantages et les défis associés à la réglementation de ce phytoravageur au Canada en vertu de la Loi sur la protection des végétaux.

4.0 Définitions, abréviations et acronymes

Les définitions des termes utilisés dans le présent document se trouvent dans le Glossaire des termes de la protection des végétaux ou le glossaire des termes phytosanitaires de la CIPV.

5.0 Contexte

V. longisporum a été détecté dans un champ de canola du Manitoba en 2014. Cette détection, à l'origine effectuée conjointement par les pathologistes du Manitoba Agriculture et d'Agriculture et Agroalimentaire Canada, et par la suite confirmée par l'ACIA, représentait le premier signalement de cette maladie affectant le canola en Amérique du Nord. La présence de ce champignon est connue aux États-Unis, et associée aux cultures de chou-fleur et de raifort.

V. longisporum touche principalement le canola et les autres cultures crucifères. L'agent pathogène est présent au nord de l'Europe depuis plusieurs décennies là où il a une incidence sur la production du colza d'hiver, causant la chlorose des feuilles et la maturation prématurée. La maladie pourrait avoir un impact sur la production de canola, en raison des réductions de production hautement liées à la sévérité de la maladie.

Pour donner suite à la détection de V. longisporum au Manitoba, une évaluation des risques phytosanitaires a été achevée par l'ACIA pour évaluer le risque posé par cette maladie sur l'industrie du canola au Canada. Au moment où a débuté l'évaluation des risques phytosanitaires (ERP), on ne savait pas si le champignon était présent au-delà du seul site confirmé au Manitoba. Avant l'achèvement de l'enquête nationale, laquelle a confirmé la distribution généralisée de V. longisporum au Canada, l'évaluation des risques phytosanitaires avait mené à la conclusion que le champignon pourrait possiblement répondre à la définition d'organisme de quarantaine au Canada. Le champignon avait le potentiel de causer des préjudices économiques à l'industrie du canola au Canada, tant en termes de pertes de production que d'interruptions commerciales possibles.

L'enquête concernant V. longisporum dans les chaumes de canola a eu lieu entre le mois d'août et de novembre 2015, et a été menée par l'ACIA et les partenaires provinciaux et de l'industrie afin de déterminer la distribution nationale du phytoravageur. Ces renseignements devaient servir à prendre une décision éclairée à savoir si V. longisporum devrait être réglementé en tant qu'organisme de quarantaine en vertu à la Loi sur la protection des végétaux.

L'évaluation des risques phytosanitaires n'avait pas examiné les répercussions économiques de cette maladie sur les autres cultures de légumes crucifères, et ces secteurs de production n'étaient pas non plus inclus dans l'enquête nationale. Des renseignements supplémentaires concernant les répercussions sur les cultures crucifères sont inclus dans le présent DGR.

6.0 Résumé de l'évaluation des risques phytosanitaires

L'évaluation des risques phytosanitaires de l'ACIA à l'égard de V. longisporum a été achevée après la détection initiale en 2014 de l'agent pathogène au Manitoba, afin d'évaluer les risques potentiels pour l'industrie du canola en ce qui concerne l'introduction de ce phytoravageur au Canada. Les sous-sections suivantes représentent les renseignements pertinents de cette évaluation (Unité de l'évaluation des risques phytosanitaires, 2015).

6.1 Biologie du phytoravageur

V. longisporum est un champignon vasculaire touchant les cultures appartenant principalement à la famille des Brassicacées. Le champignon est terricole et se propage au moyen de structures de survie à long terme (microsclérotes) qui peuvent demeurer viables dans le sol pendant de nombreuses années (Heale et Karapapa, 1999). Ces structures de conservation germent pour infecter les racines de nouvelles cultures hôtes, où le champignon continue de croître dans le système vasculaire du végétal. Plus tard, lorsque le plant commence à vieillir et peu avant la récolte, les microsclérotes commencent à se former à l'approche de la récolte et continuent d'augmenter en nombre sur les tissues végétaux morts ou mourants (Johansson, 2006), et sont retournés dans le sol à mesure que les débris végétaux infectés se décomposent.

V. longisporum a récemment été classifié en trois génotypes hybrides différents (A1/D1, A1/D2 et A1/D3) qui varient dans leur degré de pathogénicité sur les diverses cultures hôtes (Depotter et al., 2016; Novakazi et al., 2015). Le génotype A1/D1 possède une gamme d'hôtes comprenant le canola, le chou-fleur et le chou chinois, entre autres choses, et a été antérieurement isolé en Europe, au Japon et aux États-Unis (Californie). Le génotype A1/D2 a uniquement été isolé du raifort aux États-Unis (Illinois). Le génotype A1/D3 a été signalé chez le colza d'hiver en Europe et au Japon, mais les plants infectés cultivés au champ sont généralement asymptomatiques (Tran et al., 2013). Bien que les génotypes A1/D1 et A1/D3 ont été tous les deux isolés chez le colza d'hiver, ces deux génotypes diffèrent de manière importante dans leur degré de pathogénicité pour cette culture (Tran et al., 2013).

6.2 Gamme d'hôtes

V. longisporum a une gamme d'hôtes relativement réduite, limitée principalement aux espèces du genre Brassica telles que le canola, les choux, le pak-choï, les choux de Bruxelles, le chou-fleur et le brocoli. Bien que d'autres plants hôtes sont réputés avoir des infections naturelles, et peuvent montrer des symptômes légers, des dommages économiquement importants dans la production de cultures non crucifères cultivées en champs n'ont pas été signalés.

6.3 Symptômes

Chez le canola, l'apparition des symptômes causés par V. longisporum survient tard dans la saison de croissance, peu avant la récolte (Dunker et al., 2006). Au champ, les symptômes comprennent la chlorose des feuilles (particulièrement un jaunissement sur la moitié d'un côté), le développement d'une bande verticale jaune ou brune sur l'un des côtés de la tige et une maturation précoce. En dépit de son nom usuel, les symptômes de flétrissement ne sont pas observés chez le canola (Depotter et al., 2016). De petits microsclérotes noirs commencent à se développer dans les couches extérieures des tissus mourants du plant (principalement à l'intérieur des tiges) avant la récolte, donnant une apparence « poivrée », et dans des conditions normales, continuent à se développer après la récolte sur les débris végétaux infestés (Heale et Karapapa, 1999).

Sur les cultures de légumes sensibles, on a signalé que V. longisporum pouvait causer le flétrissement du plant. D'autres symptômes chez le chou-fleur et le chou chinois comprennent la chlorose, le retard de croissance, la défoliation et la décoloration vasculaire (nécrose) à l'intérieur des tiges et sur les racines, entraînant une réduction de la production au champ. Le chou-fleur semble plus susceptible à V. longisporum que le brocoli. Les pertes de récoltes de légumes sont principalement dues à la décoloration des racines et des tissus de la tige, rendant les plants impropres à la commercialisation.

6.4 Distribution mondiale de Verticillium longisporum

V. longisporum a été signalé dans plusieurs pays, y compris : la Belgique, la République tchèque, le Danemark, la France, l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas, la Pologne, la Russie, la Suède, le Royaume-Uni (Angleterre et pays de Galles), l'Ukraine, le Japon et les États-Unis (Illinois et Californie). V. longisporum a également été récemment signalé dans le chou chinois en Chine (Yu et al., 2015). Ce champignon est probablement plus largement répandu que ce qui a été signalé.

Les résultats de l'enquête nationale canadienne de 2015 sur V. longisporum sont présentés dans la section 7.0 Facteurs à considérer pour la gestion des risques.

6.5 Voies d'entrée, établissement et propagation

La dispersion, la propagation et la survie à long terme de V. longisporum sont modulées par les microsclérotes (Dixelius et al., 2006). La dispersion sur de longues distances du champignon peut survenir par l'entremise de déplacement de semences contaminées de canola et par le déplacement d'équipement agricole abritant de la terre, des semences ou des débris végétaux infestés. Bien qu'il n'y ait pas de preuves concluantes que V. longisporum soit transmis par les semences dans le canola, il est fort probable que les semences de canola agissent comme la principale voie de dispersion sur de longues distances du champignon dans les zones non infestées (Heale etKarapapa, 1999). Ceci pourrait se produire par l'entremise de semences de canola ou de grains ayant des débris végétaux ou de la terre infestés par des microsclérotes lors de la récolte, du transport, du nettoyage ou de l'entreposage.

En ce qui concerne les cultures de légumes crucifères, la propagation sur de longues distances du phytoravageur risque davantage de se produire par le truchement d'échanges commerciaux de plantules infestés, tandis que la propagation locale se produirait par le déplacement de terre contaminée sur l'équipement agricole. Pour ce qui est du canola, on ne sait pas encore si la semence est une voie de déplacement ou de propagation pour les phytoravageurs, mais d'autres espèces de Verticillium sont connues pour être transmises par les semences pour certains plants hôtes non crucifères.

Une fois établi, le champignon peut facilement se répandre naturellement par le vent et l'écoulement des crues terrestres. Les inondations pourraient permettre une dispersion importante des microsclérotes dans les régions sujettes à des inondations saisonnières de grande envergure, telles que le sud de l'Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba.

6.6 Répercussions potentielles sur l'économie et l'environnement

Les répercussions environnementales de V. longisporum ont été jugées négligeables.

6.6.1 Répercussions économiques potentielles sur le canola

Avant la fin de l'enquête nationale en 2015, et en fonction des renseignements à l'égard de la maladie sur la production de colza d'hiver en Europe, il a été démontré que V. longisporum pouvait avoir une incidence néfaste importante sur l'industrie du canola au Canada, tant au niveau des pertes de rendement au champ que des effets potentiels relatifs à l'accès au marché. Les réductions de rendement du colza d'hiver semblent dépendre énormément de l'incidence de la maladie dans les champs infestés.

La rotation des cultures est pratiquée dans les pays où la maladie est bien établie ce qui est un moyen efficace de réduire les niveaux d'inoculum dans le sol afin de limiter la sévérité de la maladie. Relativement à la production de canola, il n'existe aucune mesure chimique efficace pour contrôler cet agent pathogène.

6.6.2 Répercussions économiques potentielles sur les cultures de légumes crucifères

L'évaluation initiale des risques phytosanitaires se concentrait principalement sur le canola et n'abordait pas les répercussions potentielles de V. longisporum sur la production des cultures crucifères. Une analyse plus poussée à l'égard des répercussions économiques du phytoravageur sur ces cultures de légumes suggère que certaines cultures, telles que le chou-fleur et le chou chinois, peuvent également subir des pertes importantes en champs où l'incidence de la maladie est élevée. Même de petites quantités de l'inoculum peuvent entraîner des niveaux élevés de l'incidence de la maladie en champs où les cultivars sensibles sont cultivés (Johansson, 2006; Franca et al., 2013).

Dans les champs de chou-fleur, un nombre plus faible de nouveaux microsclérotes sont formés dans les débris végétaux suivant la récolte par rapport aux autres cultures telles que le canola (Franca et al., 2013). Ceci pourrait s'expliquer parce que la récolte du chou fleur interrompt la phase générative de croissance de la culture et par conséquent limite la propagation du champignon pendant l'étape reproductive de la croissance des plants (Franca et al., 2013). Des cultivars de chou-fleur et de chou chinois partiellement résistants sont disponibles sur le marché, et l'incorporation dans le sol de matériel ayant un contenu élevé en lignine, comme les débris végétaux de chou-fleur, de brocoli ou d'ivraie, pourrait également réduire davantage les niveaux d'inoculum. Par conséquent, il existe plusieurs pratiques de production qui peuvent gérer la maladie dans les systèmes de production agricole de légumes en diminuant le nombre viable de microsclérotes de V. longisporum présent dans la terre, réduisant ainsi l'incidence de la maladie dans les champs touchés et diminuant les pertes directes encourues par les plants non commercialisables.

De plus, la Rayure verticillienne du canola ou du colza a été signalée dans les champs de chou-fleur et de chou chinois au Manitoba et au Québec, respectivement. Le rapport du Manitoba a confirmé V. dahliae, une espèce très proche de V. longisporum, comme étant l'agent causal, toutefois, le rapport du Québec n'a pas déterminé que les espèces de Verticillium causaient les symptômes de flétrissure. Une enquête approfondie de ces champs pourrait démontrer que V. longisporum est l'agent causal, ou est présent au côté de V. dahliae, comme on a pu le constater dans plusieurs autres régions du monde où le chou-fleur et les choux sont cultivés à des fins commerciales.

7.0 Facteurs à considérer pour la gestion des risques

7.1 Distribution de Verticillium longisporum au Canada à la suite de l'achèvement de l'enquête nationale en 2015

Une enquête nationale sur V. longisporum a été achevée à l'automne 2015 par l'ACIA en collaboration avec les partenaires provinciaux et de l'industrie afin d'évaluer la distribution de ce phytoravageur dans les zones de production du canola au Canada. Un total de 1 074 champs dans neuf provinces ont été examinés dans cette enquête. V. longisporum a été détecté dans six des neuf provinces faisant partie de l'enquête (la Colombie-Britannique, l'Alberta, la Saskatchewan, le Manitoba, l'Ontario et la province de Québec), représentant les principales régions de production du canola. Le phytoravageur n'a pas été détecté dans trois des provinces examinées (le Nouveau Brunswick, la Nouvelle-Écosse et l'Île-du-Prince-Édouard).

L'essai diagnostique novateur qui a servi à tester tous les échantillons recueillis au cours de l'enquête a été élaboré par l'ACIA et est fondé sur des travaux antérieurs d'essais mis au point pour V. dahliae et V. alfalfa (Bilodeau et al., 2012). L'essai et un test diagnostique sensible et spécifique à V. longisporum qui sont fondés sur une réaction en chaîne par polymérase (PCR) en temps réel et peuvent être utilisés directement sur l'ADN provenant d'extrait de tissu végétal ou de terre prélevés dans le champ.

Au total, 263 champs de canola ont obtenu un test positif pour la présence d'ADN de V. longisporum indiquant que le champignon est largement répandu dans l'ouest et le centre du Canada. Une analyse moléculaire plus poussée sur certains échantillons positifs pour V. longisporum provenant du Manitoba, de la Saskatchewan, de l'Alberta et de l'Ontario a déterminé que les isolats recueillis de chaume de canola dans ces provinces appartenaient au génotype A1/D1. Le génotype pour V. longisporum isolé des champs de canola de la Colombie-Britannique et de la province de Québec n'a pas été déterminé.

7.2 Facteurs à considérer pour la gestion du risque général

  • V. longisporum peut causer une maturation prématurée qui entraîne une réduction de la production agricole. Il a été signalé pour la première fois dans un champ de canola du Manitoba, au Canada à l'automne 2014 et plus tard sa présence a été établie dans les provinces de la Colombie-Britannique, de l'Alberta, de la Saskatchewan, du Manitoba, de l'Ontario et du Québec en 2015. Il n'a pas été détecté au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et à l'Île-du-Prince-Édouard. En dépit de sa présence largement établie au Canada, il n'y a pas de répercussion agronomique négative (rendement, qualité, etc.) liée à la maladie qui a été signalée au sein de l'industrie du canola. Les symptômes associés à une infection du canola par V. longisporum au Canada peuvent avoir été négligés ou mal diagnostiqués dans le passé.
  • Il existe également des rapports internationaux indiquant que le phytoravageur touche un certain nombre d'autres cultures de légumes crucifères à travers le monde, où il est également associé à des pertes de qualité qui résultent en un produit agricole non commercialisable. Aucun rapport jusqu'à présent ne confirme que V. longisporum est associé à des cultures crucifères autres que le canola au Canada.
  • Au Canada, seul le génotype A1/D1 a été isolé dans les champs de canola infestés.
  • Pour le moment, V. longisporum n'est réglementé par aucun des partenaires commerciaux du Canada. Les publications de rapports scientifiques indiquent la présence du phytoravageur sur le territoire de la majorité de nos partenaires commerciaux producteurs de canola, notamment le Japon, la Chine et les États-Unis.
  • La CIPV décrit un organisme de quarantaine comme étant : « un organisme nuisible qui a une importance potentielle pour l'économie de la région menacée et qui n'est pas encore présent dans cette zone, ou bien qui y est présent, mais à distribution restreinte, et faisant l'objet d'une lutte officielle ». Il est impératif pour l'ACIA de déterminer en premier lieu la distribution du phytoravageur, avant de prendre une décision à savoir si V. longisporum devrait être réglementé comme un organisme de quarantaine au Canada.

    À la suite de la première interception de V. longisporum à l'automne 2014, l'ACIA a entrepris une approche proactive et a mis en œuvre des mesures officielles pour contenir le phytoravageur en attendant que le statut du phytoravageur soit établi. Ces mesures officielles ont depuis été supprimées et aucune autre mesure n'a été mise en place relativement aux champs où le phytoravageur avait été détecté donnant suite à l'examen des résultats de l'enquête concernant la détection et la délimitation en 2015. L'enquête nationale de 2015 a fourni une image plus précise de la distribution de ce phytoravageur au Canada. L'enquête a révélé que le phytoravageur est largement répandu dans les zones de culture du canola au Canada et a été détecté dans six des neuf provinces examinées dans l'enquête.

  • L'application de la définition de la CIPV susmentionnée à la distribution connue de V. longisporum au Canada mène à la conclusion que ce phytoravageur ne rencontre pas la description d'un organisme de quarantaine. Cette conclusion se fonde sur la vaste distribution du phytoravageur, l'incapacité de lutter contre celui-ci d'une manière officielle et le manque de preuves concluantes quant aux dommages économiques graves causés à la production de canola au Canada pour le moment.

7.3 Facteurs à considérer pour la gestion des risques particuliers liés au canola

  • Le canola est une espèce végétale importante produite au Canada. La production totale a été de 17,2 millions de tonnes métriques en 2015 (mtm), dont 9,3 mtm ont été exportées et 7,7 mtm ont été transformées au pays, présentant une valeur combinée de 19,3 milliards de dollars.
  • L'adoption de mesures de biosécurité à la ferme de la part de tous les producteurs de canola constitue la meilleure approche pour effectuer la gestion de ce phytoravageur et d'en limiter ses répercussions économiques. Il existe un certain nombre d'initiatives et de lignes directrices en matière de biosécurité qui sont publiées et actuellement disponible pour les producteurs canadiens de canola et de légumes. L'ACIA a produit une norme de biosécurité qui cible explicitement les producteurs de grains et d'oléagineux intitulée « Norme nationale volontaire de biosécurité à la ferme pour l'industrie des céréales et des oléagineux » qui est disponible sur les sites Web de l'ACIA et du Conseil canadien du canola. Des renseignements semblables qui concernent la biosécurité à la ferme et la gestion des maladies ciblant explicitement les producteurs de canola sont disponibles sur divers sites Web de l'industrie et de ministères provinciaux de l'Agriculture.
  • Les champs de canola infestés de manière naturelle constitueront une possibilité aux scientifiques de mener des recherches sur divers sujets y compris l'épidémiologie et la gestion de la maladie, l'atténuation du risque, la création et l'évaluation de variétés de canola résistantes et la production agricole.

7.4 Facteurs à considérer pour la gestion de risques particuliers liés aux cultures de légumes crucifères

  • La production canadienne totale d'espèces de légumes crucifères (brocoli, choux de Bruxelles, chou, chou chinois, et chou-fleur) en 2011 a été estimée à 256 441 tonnes métriques, ayant une valeur à la ferme de 121,2 millions de dollars (Statistique Canada, 2012).
  • À ce jour, il n'existe aucun rapport concernant V. longisporum qui affecte les cultures de légumes crucifères au Canada. Subséquemment, l'enquête nationale n'incluait pas l'échantillonnage de légumes crucifères dans les champs. Les répercussions potentielles de ce phytoravageur sur les cultures de légumes crucifères au Canada n'ont pas été déterminées.
  • La rotation des cultures, le nettoyage d'équipement agricole et l'utilisation de cultivars résistants sont actuellement des pratiques de biosécurité et de gestion à la ferme qui sont encouragées pour la gestion des Verticillium spp. et autres maladies de cultures maraîchères.

8.0 Options de gestion des risques phytosanitaires

Les options de gestion des risques phytosanitaires proposées sont principalement fondées sur les résultats de l'enquête nationale sur Verticillium qui a été achevée à la fin de l'année 2015. Ces résultats ont confirmé que V. longisporum est largement répandu dans la plupart des zones de production de canola au Canada. Aucun pays n'est reconnu, y compris les partenaires commerciaux du Canada, pour sa réglementation de V. longisporum à l'égard du canola. Ce fait a également été pris en compte.

8.1 Option 1 de gestion des risques phytosanitaires : ne pas ajouter Verticillium longisporum à la Liste des parasites réglementés par le Canada

Facteurs à considérer à l'appui de l'option 1 :

  • Il n'existe aucune preuve que ce phytoravageur ait une incidence sur le canola canadien ou les cultures crucifères au Canada.
  • Aucun de nos partenaires commerciaux ne réglemente actuellement ce phytoravageur à l'égard du canola ou d'autres espèces de cultures crucifères. Les résultats de l'enquête nationale de 2015 ont été publiés sur le site Web externe de l'ACIA au mois de mars  2016.
  • De bonnes pratiques de gestion et d'atténuation existent à l'heure actuelle qui peuvent aider à la gestion ce phytoravageur à des niveaux économiques acceptables.
  • Les mesures phytosanitaires ne peuvent pas être mises en œuvre pour un phytoravageur qui est largement répandu au Canada.
  • L'approche est soutenue par les principes de la CIPV, étant donné que V. longisporum ne rencontre pas la définition d'organisme de quarantaine.

Inconvénients :

  • La propagation naturelle de V. longisporum ne peut pas être entravée et serait gérée uniquement avec l'exécution de mesures agricoles de biosécurité non obligatoires.

8.2 Option 2 de gestion des risques phytosanitaires : ajouter le Verticillium longisporum à la Liste des parasites réglementés par le Canada

Facteurs à considérer à l'appui de l'option 2 :

  • Il n'y a aucun avantage à réglementer V. longisporum au Canada.

Inconvénients :

  • Un programme officiel d'éradication et de lutte contre cet agent pathogène tenace et bien répandu dans le sol est impossible.
  • Il n'existe aucune mesure phytosanitaire qui pourrait être mise en place afin de prévenir efficacement toute autre propagation de ce phytoravageur.
  • La mise en œuvre de réglementations et de restrictions en matière de déplacement au Canada pourrait avoir des répercussions importantes sur la mise en marché de cultures tant crucifères que non crucifères qui représentent des voies sur le plan du déplacement de terre.

9.0 Décision sur la gestion des risques

En vertu du présent document de gestion des risques, l'ACIA recommande l'option 1 : ne pas ajouter V. longisporum à la Liste des parasites réglementés par le Canada. Cette recommandation est fondée sur les facteurs à considérer pour la gestion des risques soulignés dans la section 7.0 de ce DGR.

À la lumière de l'enquête nationale de 2015 sur V. longisporum qui a révélé sa présence largement répandue dans les zones de culture du canola au Canada, la réglementation à l'égard de V. longisporum ne garantit, ni ne justifie les coûts encourus par la mise en œuvre de mesures officielles de lutte pour toute autre introduction ou propagation au pays de ce phytoravageur.

Aucune répercussion commerciale potentielle n'est attendue en raison de la vaste distribution de V. longisporum. Ceci se fonde sur la connaissance qu'aucun pays ne soit reconnu pour sa réglementation de V. longisporum en ce qui concerne le canola ou les autres produits végétaux.

Après la découverte et la confirmation du premier cas du phytoravageur au mois de novembre 2014 dans une installation agricole du Manitoba, l'ACIA a agi dans le cadre de son autorité en vertu de la Loi sur la protection des végétaux et conformément à la CIPV et de ses normes internationales pour les mesures phytosanitaires. Ces mesures comprenaient ce qui suit :

  • La mise en œuvre des mesures officielles pour contenir le phytoravageur sur le site initial infesté en attendant que le statut réglementaire du phytoravageur soit établi.
  • L'exécution d'échantillonnage supplémentaire sur le site infesté et les zones avoisinantes afin de déterminer l'étendue de l'infestation.
  • La mise sur pied d'une enquête nationale à l'égard de toutes les zones de culture du canola pour déterminer l'étendue de l'infestation dans le but d'établir le statut réglementaire du phytoravageur au Canada.
  • L'observation des obligations internationales et l'envoi d'avis à l'Organisation nord-américaine pour la protection des plantes, à la CIPV et aux principaux partenaires commerciaux.

10.0 Communications avec les intervenants

La communication avec les intervenants a été initiée peu après la première découverte du phytoravageur ce qui a entraîné la création d'un Groupe consultatif technique sur le Verticillium au mois de juin 2015. Ce groupe d'intervenants comprend des représentants des producteurs et d'associations de l'industrie du secteur des grains et des oléagineux, du Conseil canadien du canola, des gouvernements provinciaux, des experts scientifiques d'entreprise œuvrant dans le domaine des sciences de la vie et d'établissements universitaires, ainsi que l'ACIA, Agriculture et Agroalimentaire Canada et d'autres ministères ou organismes fédéraux, au besoin.

11.0 Prochaines étapes

Par l'entremise de la publication du présent document sur la gestion des risques phytosanitaires, l'ACIA fournit aux parties intéressées les renseignements actuels sur la biologie du phytoravageur, sa distribution et les options disponibles de gestion des risques au Canada en ce qui concerne V. longisporum. L'ACIA recommande que V. longisporum ne soit pas ajouté à la Liste des parasites réglementés par le Canada.

Les commentaires concernant le présent document de gestion des risques phytosanitaires, y compris les recommandations de l'ACIA, seront acceptés pour une période de 60 jours à partir de la date d'affichage du présent document sur le site Web de l'ACIA (www.inspection.gc.ca). Les commentaires seront examinés après cette période et pris en considération avant que l'ACIA prenne et communique sa décision officielle concernant le statut réglementaire de V. longisporum au Canada.

12.0 Références

Bilodeau, G. J., S. T. Koike, P. Uribe etet F. N. Martin. 2012. « Development of an assay for rapid detection and quantification of Verticillium dahliae in soil », Phytopathology 102:331-343.

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13.0 Approbation

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Chef de la protection des végétaux

La signature du chef de la protection des végétaux est requise uniquement lorsque le processus de gestion des risques phytosanitaires est complété, afin de montrer l'approbation de la décision finale. Cette section est jointe au DGR après qu'une consultation des intervenants ait eu lieu et qu'une décision finale ait été prise.

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