Document de décision sur la gestion du risque phytosanitaire – Longicorne brun de l'épinette (Tetropium fuscum)
5.0 Contexte

Le longicorne brun de l'épinette (LBE) est un organisme nuisible réglementé en Amérique du Nord, puisqu'il est connu pour nuire aux épinettes. Il a été identifié pour la première fois par les scientifiques du Service canadien des forêts (SCF) en 1999 au parc Point Pleasant, adjacent au port de Halifax, en Nouvelle-Écosse. Espèce indigène du nord et du centre de l'Europe, sa présence dans une région peut constituer une menace contre le commerce national et international des produits de l'épinette canadiens. On pense qu'elle est arrivée au Canada avec du matériel d'emballage en bois déchargé au port de Halifax. Le SCF a aussi déterminé que des spécimens préservés d'une étude en 1990 au parc Point Pleasant étaient aussi de l'espèce T. fuscum (originalement mal identifiés comme des T. cinnamopterum), indiquant qu'elle est présente au moins depuis 1990.

Depuis qu'il a été détecté, le LBE s'est établi dans le centre de la Nouvelle-Écosse et il y a de nombreuses nouvelles détections chaque année à l'extérieur de l'aire de confinement établie en 2007 (Annexe 1). En 2011, un seul LBE adulte a été capturé dans un piège dans un parc national du nord-est du Nouveau-Brunswick, ce qui représentait la première constatation de LBE à l'extérieur de la Nouvelle-Écosse, mais en dépit des études continues, il n'a pas été détecté au Nouveau-Brunswick depuis lors.

De 2000 jusqu'au printemps de 2006, l'éradication s'est poursuivie, comportant la coupe et l'élimination des arbres infestés et à risque élevé, et la réglementation de la circulation des matériaux à risque élevé par l'émission d'interdictions de déplacement et d'un arrêté ministériel sur les lieux infestés par le longicorne brun de l'épinette, qui défini les limites du lieu infesté. À l'origine, le parc Point Pleasant a fait l'objet d'un avis d'interdiction de déplacement, et des efforts intensifs d'enlèvement et d'élimination des arbres infestés ont été entrepris dans le parc et la région métropolitaine environnante de Halifax de 2000 à 2006. Les efforts ont été entravés en automne 2003, lorsque l'ouragan Juan a rasé une large bande à travers le centre de la province, dérangeant les efforts de contrôle officiels. Des études subséquentes effectuées par le SCF ont confirmé que les épinettes affaiblies et abattues par l'ouragan ont fourni des aires de reproduction pour le LBE, ce qui a mené à une augmentation et à une dispersion rapides de la population, ralentissant davantage les efforts de contrôle.

5.1 Voies de propagation

La dispersion et la propagation du LBE ont lieu naturellement par vol, et aussi par des déplacements assistés par des humains de produits forestiers de l'épinette. Le déplacement de produits de l'épinette à risque élevé depuis des aires reconnues comme infestées par le coléoptère est donc restreint en vertu d'un arrêté ministériel. Des mesures de contrôle semblables ont été mises en œuvre à tous les sites en dehors du lieu infesté où le LBE a été détecté par satellite. En 2006, en se basant sur la large répartition du LBE dans le lieu infesté et un certain nombre de constatations de LBE à l'extérieur du lieu infesté, l'ACIA a changé d'approche, passant de l'éradication au confinement avec un contrôle réglementaire visant à ralentir sa propagation. En raison des sites infestés supplémentaires trouvés tout au long de la saison d'enquête de 2006, l'« Arrêté sur les lieux infestés par le longicorne brun de l'épinette – Deuxième révision » a été mis en œuvre au printemps de 2007 pour définir un lieu infesté élargi. Depuis 2007, à l'aide d'un piège plus efficace appâté au moyen de phéromones, la surveillance du LBE a entraîné des détections supplémentaires, amenant le nombre total de sites où au moins un LBE a été trouvé en dehors du lieu infesté à 106 (Annexe 1). Le lieu infesté s'étend maintenant au-delà de la région métropolitaine de Halifax.

5.2 Facteurs de changement

L'approche actuelle, avec des mesures de contrôle individuelles dans ces 106 sites, ne semble pas être pleinement efficace pour ralentir la propagation de cet organisme nuisible, pas plus qu'elle ne constitue une utilisation efficace des efforts de contrôle. Les États-Unis réglementent toute la province de la Nouvelle-Écosse quant à l'exportation de billes et de bois de chauffage d'épinette ce qui permet le confinement approprié de l'organisme nuisible. Davantage de détections de LBE en dehors de la Nouvelle-Écosse pourraient entraîner l'élargissement de la réglementation des É.-U. pour comprendre les provinces avoisinantes. Les intervenants de l'industrie aux maritimes ont indiqué qu'ils exportent un volume relativement faible de produits de l'épinette non traités aux É.-U. depuis la Nouvelle-Écosse, cependant, l'industrie forestière d'autres provinces peut être touchée de façon négative si elles devaient être réglementées par les États-Unis à l'avenir.

L'approche réglementaire actuelle place des restrictions de déplacements sur les établissements de produits forestiers et de produits de l'épinette en Nouvelle-Écosse. Les restrictions de déplacements imposés sur les articles de l'épinette se déplaçant depuis les 106 sites infestés non liés au lieu infesté causent des problèmes logistiques d'approvisionnement et de traitement pour l'industrie. En 2013, une nouvelle analyse de diverses voies risquées d'articles de l'épinette a entraîné l'enlèvement de l'écorce et les copeaux de bois d'épinettes de la liste des articles réglementés; subséquemment, seuls les billes (bois rond) et le bois de chauffage d'épinette restent réglementés.

5.3 Contributions de l'ACIA

Les espèces envahissantes sont devenues de plus en plus reconnues comme une préoccupation considérable, puisque le commerce et les voyages à l'échelle mondiale ont considérablement augmenté les occasions pour leur introduction et leur propagation subséquente à l'intérieur du pays. La liste des organismes nuisibles réglementés au Canada comporte plus de 250 espèces, et le contrôle législatif fédéral par l'inspection, la réglementation et l'application de la loi est la principale mesure phytosanitaire employée pour réduire les risques qu'ils posent, de concert avec l'élaboration, l'adoption et la mise en œuvre de Normes internationales pour les mesures phytosanitaires (NIMP) appropriées par la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV). Cependant, de nombreux produits ne peuvent pas être inspectés facilement, et le volume des importations qui peuvent être inspectées a toujours une portée et un temps limité, donc la réglementation efficace repose de plus en plus sur des approches systémiques et sur le soutien de tous les intervenants. Par conséquent, la communication et la sensibilisation du public sont les principaux éléments des efforts d'atténuation de l'ACIA pour favoriser la sensibilisation et obtenir la participation et le soutien de la gestion de la menace posée par les espèces envahissantes. L'ACIA investit des efforts considérables dans la sensibilisation et ses employés participent fréquemment à divers événements publics pour accroître la sensibilisation aux organismes justiciables de quarantaine qui sont considérés comme envahissants.

Certaines activités d'atténuation et de gestion des risques offertes par l'ACIA comprennent les suivantes :

  • Évaluations des risques phytosanitaires avant l'importation de nouveaux produits
  • Restriction de l'introduction et de la propagation des organismes justiciables de quarantaine au moyen de politiques d'importation, de contrôles frontaliers et d'inspections de produits au point de destination
  • Surveillance de la présence et de la répartition d'organismes nuisibles
  • Application de règlements et des politiques associées
  • Augmentation de la sensibilisation du public aux risques et aux règlements

L'ACIA a adopté de nombreuses politiques de contrôle dans le but de restreindre l'entrée et l'établissement d'organismes nuisibles envahissants. Depuis 1998, par ses efforts réglementaires sur le bois de calage et les autres produits du bois, l'ACIA a ciblé des voies d'importation à risque élevé par l'intermédiaire de politiques telles que la D-98-08 (Exigences relatives à l'entrée au Canada des matériaux d'emballage en bois produits dans toute région du monde autre que la zone continentale des États-Unis), stipulant les exigences telles que la récupération du bois de calage dans les ports maritimes, et une exigence de faire subir un traitement thermique ou une fumigation à tous les produits du bois extracontinentaux. Cela est conforme aux obligations du Canada à titre de membre de la CIPV. La politique d'importation de l'ACIA D-02-12 (Exigences s'appliquant à l'importation de bois non transformé et d'autres produits de bois non destinés à la multiplication (sauf les matériaux d'emballage en bois massif), provenant de toutes les régions autres que la zone continentale des États-Unis) énonce les exigences phytosanitaires s'appliquant à l'importation de produits du bois non transformés tels que les billes, les copeaux de bois et les articles décoratifs en bois provenant de tous les pays sauf de la zone continentale des États-Unis.

En raison du risque élevé associé au déplacement du bois de chauffage, l'ACIA a mené une vaste campagne intitulée Ne déplacez pas de bois de chauffage. Depuis 2008, des milliers de brochures, d'affiches et autres produits de communication ont été distribués annuellement en collaboration avec les partenaires. De plus, une signalisation routière soulignant les risques du déplacement du bois de chauffage a été installée dans plusieurs provinces. L'ACIA participe aussi à des présentations et à des expositions publiques afin d'informer le grand public des risques du déplacement du bois de chauffage. L'ACIA a hiérarchisé un travail continu sur la filière du bois de chauffage (aux fins d'harmonisation avec les É.-U.), ébauchant une proposition pour réviser la politique d'importation du bois de chauffage du Canada afin d'exiger un traitement thermique du bois de chauffage, ainsi que d'explorer des options pour renforcer les mesures d'atténuation des risques de la circulation en territoire canadien.

En 2004, l'ACIA a mis en œuvre la NIMP no 15, Réglementation des matériaux d'emballage en bois utilisés dans le commerce international¸ qui a exigé que tous les emballages en bois importés au Canada de l'extérieur de l'Amérique du Nord continentale soient traités afin de tuer tout organisme nuisible lié au bois qui peut être présent. Étant donné le volume d'emballages en bois circulant dans le commerce international, on comprend que cela a eu une incidence importante sur l'entrée d'organismes nuisibles justiciables de quarantaines des arbres et des forêts.

5.4 Participation des intervenants

L'ACIA continue de mobiliser les intervenants aux échelons nationaux et régionaux, notamment les efforts de sensibilisation et de surveillance avec les partenaires fédéraux, provinciaux et industriels. Au début des efforts d'éradication du LBE en 2000, un groupe de travail sur le LBE, comprenant des représentants des trois ordres de gouvernement, du milieu universitaire et de l'industrie, a été formé pour fournir des conseils à l'ACIA. Depuis 2008, l'ACIA et le SCF de Ressources naturelles Canada ont coprésidé à un Comité directeur sur le LBE, auquel participent des membres des gouvernements fédéral et provinciaux, ainsi que des intervenants de l'industrie, en vue d'élaborer une réponse de gestion concertée. Les membres de l'échelon fédéral comprennent des représentants de l'ACIA, du SCF et de Parcs Canada; la représentation provinciale est basée en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick; et la représentation industrielle comprend des membres du Bureau du bois de sciage des Maritimes, de la Forest Products Association of Nova Scotia, la Federation of Nova Scotia Woodland Owners, et l'Association des produits forestiers du Nouveau-Brunswick. L'ACIA a aussi maintenu le contact avec d'autres provinces possiblement touchées afin de les tenir informées des changements à venir concernant la gestion du LBE et d'autres organismes nuisibles des forêts. L'ACIA participe à des consultations avec des partenaires fédéraux et provinciaux au sujet de la Stratégie nationale de lutte contre les ravageurs forestiers, un organisme intergouvernemental complet qui relève du Conseil canadien des ministres des forêts. Cette participation fournit un lieu de discussion commun sur les principaux organismes nuisibles forestiers tels que le LBE et souligne les principes directeurs pour leur gestion collaborative sur une base continue.

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