Document de décision sur la gestion du risque phytosanitaire – Longicorne brun de l'épinette (Tetropium fuscum)
6.0 Résumé de l'évaluation des risques phytosanitaires

Les renseignements dans cette section sont principalement tirés de l'évaluation des risques phytosanitaires régionale produite par le ministère des Ressources naturelles de la Nouvelle-Écosse (MRNNE 2013), ainsi que de la dernière mise à jour de l'évaluation des risques phytosanitaires officielle pour le Tetropium fuscum, le longicorne brun de l'épinette, réalisée par l'Unité de l'évaluation des risques phytosanitaires de l'ACIA en 2008.

6.1 Biologie de l'organisme nuisible

Dans son Eurasie natale, le longicorne brun de l'épinette est un coléoptère xylophage (famille Cerambycidae) qui attaque généralement des épinettes (Picea spp.) mourantes ou soumises à un stress. Les arbres peuvent être soumis à un stress en raison de dégâts causés par le vent, un éclair, une sécheresse ou un incendie, ou de la défoliation causée par des insectes, et les arbres fraîchement récoltés sont aussi fréquemment attaqués (Schwenke 1974; Hanks 1999). Le LBE peut aussi s'accumuler en populations dommageables dans sa région natale et il est connu pour être un des principaux tueurs d'arbres en Europe en conditions de foisonnement (Juutinen 1955; Freude et coll. 1965; Schwenke 1974). En Europe, cependant, il est principalement reconnu comme un insect forestier de deuxième ordre (Nüsslin 1905; Crawshay 1907; Saalas 1923; Schimitschek 1953; Juutinen 1955; Lottyyniemi et Uusvaara 1977), « nettoyant » la forêt des arbres malades et affaiblis (p. ex., Schimitschek 1929).

Au Canada, les épinettes (rouges, blanches, noires et de Norvège) sont attaquées avec une préférence pour les arbres qui sont physiologiquement stressés ou « peu vigoureux » (croissance radiale lente en raison soit de l'âge, soit d'un stress temporaire), mais tout de même apparemment en bonne santé. Les rapports d'attaques sur d'autres types de conifères en Europe, tels que le pin (Pinus spp.), le mélèze (Larix spp.) et le sapin (Abies spp.) sont très rares, souvent vieux et possiblement peu fiables; des tests plus récents montrent que le coléoptère ne se reproduit pas naturellement dans ces autres conifères au Canada (Sweeney et Smith 2002).

La recherche au Canada montre également que le LBE préfère les arbres soumis à un stress comme dans son aire de répartition natale (Flaherty et coll. 2013), que les femelles déposent préférablement leurs œufs sur ceux-ci, que la mortalité larvaire est plus faible et le temps de développement plus court que sur les arbres en santé (J. Sweeney, Service canadien des forêts, comm. pers.; Flaherty et coll. 2011; O'Leary et coll. 2003). Cependant, lorsqu'il y est forcé, le coléoptère dépose ses œufs sur des épinettes en santé qui peuvent survivre jusqu'à l'âge adulte (Flaherty et coll. 2011), et aussi sur des hôtes moins probables (c.-à-d. des arbres non soumis à un stress) lorsqu'ils atterrissent dessus (Flaherty et coll. 2013). Bien que le LBE tue généralement des arbres soumis à un stress au Canada, ces mêmes arbres peuvent se rétablir après que les facteurs de stress temporaires soient levés (sécheresse, défoliation, etc.) et peuvent survive en l'absence du LBE (O'Leary et coll. 2003). Par conséquent, la mortalité des arbres que ce coléoptère peut causer n'est pas seulement une alternative à celle causée par d'autres sources, mais elle peut être, au moins en partie, une source supplémentaire de mortalité.

La silhouette des troncs et les hôtes volatiles sont importants pour la localisation et l'identification des hôtes possibles sur lesquels les adultes atterrissent et se reproduisent. Le cycle de vie du LBE s'étend généralement sur une année au centre de l'Europe (Schwenke 1974), mais deux années peuvent être requises dans les climats plus froids (Cherepanov 1990) ou lorsque la valeur nutritive de l'hôte est pauvre (Schimitschek 1929; Juutinen 1955), ou encore lorsque l'arbre est vigoureux et en santé (Flaherty et coll. 2011). Comme les générations peuvent se chevaucher, les quatre phases de vie peuvent être présentes sur ou dans un végétal-hôte au cours des mois d'été au Canada.

6.2 Répartition

À part au centre de la Nouvelle-Écosse, au Canada, le LBE est largement réparti dans le nord et le centre de l'Europe; il est établi en Autriche, au Bélarus, en Belgique, en Bosnie-Herzégovine, en Bulgarie, en Croatie, dans la République tchèque, au Danemark, en Estonie, en Finlande, en France, en Allemagne, en Hongrie, en Italie, en Lituanie, en Lettonie, en Moldavie, aux Pays-Bas, en Norvège, en Pologne, en Roumanie, dans la Fédération de Russie (dans la partie Européenne), en Serbie-et-Monténégro, en Slovaquie, en Slovénie, en Suède, en Suisse et en Ukraine, et il est introduit, mais non établi, au Royaume-Uni (Bilý et Mehl 1989, CABI 2012, Duff 2008). Il se trouve également dans certaines parties de l'Asie : en Turquie, en Sibérie (Fédération russe), au Kazakhstan et au Japon (CABI 2012).

6.3 Voies de propagation

Sauf au cours de la période relativement courte de dispersion des adultes, qui atteint son sommet (qu'elle ait un seul ou plusieurs sommets) à un moment donné entre la fin de mai et la mi-juillet, mais qui peut s'étendre jusqu'en août avant de s'estomper (J. Sweeney, SCF, comm. pers.), toutes les phases de vie du LBE sont confinées à l'écorce, au phloème et à l'aubier des arbres-hôtes. Au cours de sa période de dispersion, les coléoptères adultes ont la capacité de voler en moyenne 2,3 kilomètres, selon des données de tunnel de vol en laboratoire. Des observations suggèrent que le coléoptère s'est déplacé environ 4 km/année depuis son point d'introduction présumé (Rhainds et coll. 2011). On croit que cela combine la propagation naturelle et artificielle, et que la propagation naturelle a probablement été aidée par le volume élevé de matériel hôte possible restant après l'ouragan Juan de 2003; les régions les plus infestées de la Nouvelle-Écosse se trouvent directement dans la voie de l'ouragan à travers la province (voir l'Annexe 1).

Les effectifs actuels des populations sont variables, mais faibles dans la plupart des régions à l'extérieur du centre urbain de la municipalité régionale de Halifax, tels que mesurés par les méthodes d'enquêtes actuelles. Les voies pour la dispersion aidée par les humains comprennent le transport de billes d'épinette non traitées ou de bois vert (c.-à-d. non séché au séchoir ou traité thermiquement), particulièrement avec l'écorce; les caisses, les palettes et le bois de calage (bois vert d'épinette récupéré et utilisé pour soutenir des charges), ainsi que le bois de chauffage d'épinette. Les voies artificielles à risque moindre comprennent les gros copeaux de bois contenant des bandes d'écorce attachées (c.-à-d. phloème) et de l'écorce. Restreindre la circulation des produits de l'épinette bruts jusqu'à l'extérieur de la période de dispersion des adultes atténue ce risque. La transformation ou le traitement des produits bruts atténue le risque à des niveaux acceptables permettant le mouvement des articles de l'épinette.

6.4 Cote globale d'évaluation du risque

La cote de risque globale de l'ARP de 2008 de l'ACIA pour le Tetropium fuscum est moyenne; l'établissement possible est coté élevé, la propagation naturelle est cotée faible et les incidences environnementales et économiques sont toutes les deux cotées moyennes. Les éléments de risque dans une analyse des risques sont combinés pour donner un sommaire global de risques, ce qui a entraîné une cote moyenne. Cela signifie que des mesures phytosanitaires particulières sont recommandées pour ralentir ou restreindre la propagation et l'introduction du LBE dans des parties non infestées du Canada. On s'attend à ce que la propagation continue à un rythme lent, et les mesures réglementaires et de contrôle jouent un rôle dans le ralentissement continu de la propagation artificielle de cet organisme nuisible.

Bien qu'on pensait à l'origine que le LBE était un organisme nuisible destructeur d'épinettes en raison de sa capacité à attaquer et à tuer de grandes épinettes apparemment en bonne santé, il existe des preuves récentes qu'il préfère les arbres soumis à un stress même s'il a la capacité de coloniser des épinettes en bonne santé. Sa cote dans l'ARP de l'ACIA a été changée de élevée en 2000 à moyenne en 2008.

Il y a une incertitude persistante autour de la façon dont il peut se comporter dans différents environnements au Canada, ainsi que lorsqu'il est combiné à d'autres facteurs de stress pour les arbres tels que le changement climatique et des organismes nuisibles tels que la tordeuse des bourgeons de l'épinette et le typographe de l'épinette. Le ministère des Ressources naturelles de la Nouvelle-Écosse (MRNNE) a récemment produit une ARP régionale sur le LBE avec la conclusion globale qu'« Il est déterminé que le LBE constitue un risque faible à modéré pour la province de la Nouvelle-Écosse » (MRNNE 2013). L'analyse énonce que le risque global posé par le LBE dans la province est considéré comme faible; cependant, en raison de certaines incertitudes et de besoins de renseignements, la cote a été légèrement élevée à « faible à modéré ».

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