DD1998-23 : Détermination du risque associé à la lignée DBT418 de maïs (Zea mays L.) résistant aux insectes, créée par la Dekalb Genetics Corporation

Cette page fait partie du répertoire des documents d'orientation (RDO).

Vous cherchez des documents connexes?
Recherche de documents connexes dans le répertoire des documents d'orientation.

Distribué : 1997-03

Le présent document de décisions vise à expliquer la décision réglementaire prise conformément à la directive Dir94-08, Critères d'évaluation du risque environnemental associé aux végétaux à caractères nouveaux, au cahier parallèle Dir94-11, La biologie du Zea mays L. (maïs), et à la directive Dir95-03, Lignes directrices relatives à l'évaluation de végétaux à caractères nouveaux utilisés comme aliments du bétail.

L'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA), plus précisément le Bureau de biotechnologie végétale de la Division de la production et de la protection des végétaux et la Section des aliments du bétail de la Division de la santé des animaux et de production, a évalué les données présentées par la société Dekalb Genetics Corporation relativement à la lignée de maïs DBT418 résistant à la pyrale du maïs. L'ACIA a établi que ce végétal à caractères nouveaux (VCN) ne présente aucune interaction environnementale modifiée ni aucun danger pour le bétail consommant des aliments dérivés du VCN, par rapport aux variétés de maïs déjà commercialisées au Canada.

Depuis le 10 mars 1997, la dissémination en milieu ouvert de la lignée de maïs DBT418, y compris son utilisation comme aliment du bétail, est par conséquent autorisée. Toute autre lignée et tout hybride intraspécifique de Zea mays qui seraient issus de la même transformation, ainsi que tous leurs descendants, peuvent également être disséminés, pourvu qu'aucun croisement interspécifique ne soit réalisé, que l'utilisation prévue soit semblable, que les exigences décrites dans le présent document en matière de gestion de la résistance des ravageurs soient respectées et qu'une caractérisation approfondie ait démontré que ces végétaux ne présentent aucun autre caractère nouveau et que les lignées qui en résultent sont essentiellement équivalentes aux variétés de maïs déjà cultivées, quant à leur impact possible sur l'environnement et à leur sûreté comme aliments du bétail.

Cependant, même si la détermination du risque environnemental associé à un végétal à caractères nouveaux constitue une étape critique de sa commercialisation, d'autres exigences doivent encore être satisfaites, dont l'évaluation de sa sécurité pour l'alimentation humaine (Santé Canada).

Table des matières

  1. Brève identification du végétal à caractères nouveaux (VCN)
  2. Données de base
  3. Description des caractères nouveaux
    1. Résistance à la pyrale du maïs
    2. Tolérance à l'herbicide glufosinate-ammonium
    3. Méthode de mise au point
    4. Stabilité de l'insertion dans le génome du végétal
  4. Critères d'évaluation de la sécurité environnementale
    1. Possibilité que le VCN se comporte comme une mauvaise herbe pour l'agriculture ou envahisse des habitats naturels
    2. Possibilités de flux génétique vers des espèces sauvages apparentées risquant de produire des hybrides se comportant davantage comme des mauvaises herbes ou possédant une plus grande capacité d'envahissement
    3. Possibilité que le VCN devienne nuisible
    4. Impact possible sur les organismes non visés
    5. Impact possible sur la biodiversité
    6. Possibilité que la pyrale du maïs acquière une résistance au VCN
  5. Critères d'évaluation nutritionnelle en vue de l'utilisation comme aliment du bétail
    1. Composition nutritionnelle du VCN
    2. Facteurs antinutritionnels
  6. Décision réglementaire

I. Brève identification des végétaux à caractères nouveaux (VCN)

Désignation des VCN : DBT418

Demandeur : Dekalb Genetics Corporation

Espèce végétale : Zea mays L.

Caractères nouveaux : Résistance à la pyrale du maïs (Ostrinia nubilalis)
Tolérance au glufosinate-ammonium (herbicide).

Méthode d'introduction des caractères : Bombardement de cellules végétales au moyen de microprojectiles.

Utilisation proposée des VCN : Production de maïs pour la consommation humaine (produits de mouture humide et de mouture à sec, huile de graine) ainsi que d'huile, de tourteau, de grain entier et d'ensilage pour l'alimentation animale. Le VCN ne sera pas cultivé au Canada à l'extérieur des zones maïsicoles habituelles.

II. Données de base

La société Dekalb Genetics Corporation (la Dekalb) a créé une lignée de maïs résistant à la chenille de la pyrale du maïs, ravageur périodique du maïs au Canada. Cette lignée, appelée DBT418 dans le présent document, doit permettre de réduire les pertes de rendement dues à l'alimentation des chenilles de pyrale sans avoir à recourir aux pesticides classiques.

La lignée DBT418 a été mise au point par la technique de l'ADN recombinant, qui a permis d'y introduire des gènes bactériens conférant aux lignées hybrides élites une résistance à la pyrale et une tolérance à l'herbicide glufosinate-ammonium. Cette tolérance a permis de sélectionner les sujets modifiés, mais le caractère ne s'exprime pas suffisamment pour assurer au VCN une tolérance au champ à l'herbicide.

La Dekalb a fourni des données sur l'identité de la lignée DBT418, une description détaillée de la méthode de transformation ainsi que des données et de l'information sur les sites d'insertion des gènes nouveaux, sur le nombre de copies et le degré d'expression de ces gènes chez le VCN ainsi que sur le rôle des gènes originaux et de leurs séquences régulatrices chez les organismes donneurs. La Dekalb a aussi présenté des séquences nucléotidiques complètes. Chaque protéine nouvelle a été identifiée, caractérisée et comparée à la protéine correspondante de l'organisme donneur, notamment quant à sa toxicité potentielle pour le bétail et pour les organismes non visés. La Dekalb a joint à sa demande des publications scientifiques pertinentes.

Au Canada, le VCN a fait l'objet d'essais au champ en milieu fermé en Ontario, en 1995 et 1996.

Les caractéristiques agronomiques des hybrides de maïs issus de la lignée DBT418, telles le rendement grainier, la vigueur des plantules, le nombre d'unités thermiques de croissance jusqu'à l'apparition du pollen, le nombre d'unités thermiques de croissance jusqu'à l'apparition des soies, l'effectif final du peuplement, la résistance à la verse, la hauteur des épis, la vigueur des plantes ainsi que la sensibilité à divers ravageurs et pathogènes du Zea mays, ont été comparées aux caractéristiques de contreparties non modifiées de Zea mays.

Le Bureau de biotechnologie végétale de la Division de la santé et de la production des végétaux de l'ACIA a examiné les renseignements susmentionnés à la lumière des critères suivants, énoncés dans la directive de réglementation Dir94-08 :

  • possibilité que le VCN se comporte comme une mauvaise herbe pour l'agriculture ou envahisse les habitats naturels;
  • possibilité de flux génétique vers des espèces sauvages apparentées risquant de produire des hybrides se comportant davantage comme des mauvaises herbes ou possédant une plus grande capacité d'envahissement;
  • possibilité que le VCN devienne nuisible;
  • impact possible du VCN ou de ses produits géniques sur des espèces non visées, y compris l'être humain;
  • impact possible sur la biodiversité.

Par ailleurs, l'ACIA a consulté l'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire de Santé Canada sur les questions touchant l'apparition éventuelle de populations de pyrales résistantes à la protéine insecticide produite par le VCN.

La Section des aliments du bétail de la Division des produits végétaux de l'ACIA a elle aussi étudié l'information fournie par le CDC, à la lumière des critères servant à l'évaluation de l'innocuité et de l'efficacité des aliments du bétail, lesquels critères sont énoncés dans la directive de réglementation Dir95-03, Lignes directrices relatives à l'évaluation de végétaux à caractères nouveaux utilisés comme aliments du bétail :

  • effets possibles sur le bétail lui-même;
  • effets possibles sur la nutrition du bétail.

III. Description des caractères nouveaux

1. Résistance à la pyrale du maïs

  • La souche HD-73 du Bacillus thuringiensis var. kurstaki (B.t.k.) est une bactérie Gram positif commune dans les sols. Au stade de la sporulation, elle produit plusieurs protéines cristallines insecticides, dont la ð-endotoxine Cry1A(c), active contre la pyrale du maïs et certains autres lépidoptères. Il a été démontré que cette protéine n'est pas toxique pour les humains, pour les autres vertébrés, ni pour les insectes utiles. Des insecticides foliaires à base de B.t.k. ont été homologués il y a plus de 30 ans au Canada et sont utilisés depuis longtemps de manière sûre.
  • Un gène synthétique codant les 613 premiers acides aminés de la protéine Cry1A(c) a été mis au point de manière à s'exprimer de façon maximale chez le maïs et a été introduit dans la lignée DBT418. Ce gène code une protéine semblable au noyau insecticide de la protéine cristalline présente chez la souche HD-73 du B.t., lequel noyau résiste à l'action de la trypsine. Cette protéine est toxique pour les chenilles de lépidoptères. On croit que l'activité insecticide de la ð-endotoxine résulte du fait qu'elle se fixe à des récepteurs spécifiques situés dans l'épithélium de l'intestin moyen des insectes sensibles, ce qui provoque la formation de pores, un déséquilibre de la pression osmotique et, finalement, la lyse des cellules. Les lépidoptères ravageurs du maïs spécifiquement sensibles à la protéine sont la pyrale du maïs et le ver de l'épi de maïs.
  • Le gène cry1A(c) est lié à un promoteur constitutif fort. Au moment de la récolte, la concentration moyenne de la protéine Cry1A(c) dans les divers tissus est la suivante :
    • Feuille : 459,6 à 1194,4 nanogrammes de protéine par gramme de tissus secs
    • Grain : 36,0 à 42,8 nanogrammes de protéine par gramme de tissus secs
    • Racine : 58,0 à 125,4 nanogrammes de protéine par gramme de tissus secs
    • Tige : 40,9 à 123,6 nanogrammes de protéine par gramme de tissus secs
  • La protéine n'était pas présente en quantité détectable dans le pollen.
  • La protéine Cry1A(c) se dégrade rapidement dans l'environnement. Les études menées par la société Monsanto sur une protéine similaire, la Cry1A(b), ont révélé que cette dernière a une demi- vie de 1,6 jour lorsqu'elle est présente dans les tissus du maïs. Dans les tissus du coton, la protéine Cry1A(c) a une demi-vie de 41 jours.
  • Contrairement aux protéines allergènes, qui résistent normalement à la digestion, la Cry1A(c) se dégrade rapidement en présence de substances simulant les sucs gastriques. De même, contrairement à bien des allergènes connus, la protéine insecticide n'est pas glycosylée. D'ailleurs, une comparaison de la séquence d'acides aminés de la Cry1A(c) avec celle des allergènes connus, grâce au serveur réseau GENINFO-BLAST, n'a permis de relever aucune homologie appréciable. Une comparaison effectuée au moyen d'une base de données de construction analogue n'a permis de relever aucune homologie de séquence entre la Cry1A(c) et les toxines connues, sauf avec d'autres protéines insecticides de B.t.
  • La séquence nucléotidique complète ainsi que la séquence d'acides aminés correspondante ont été fournies.
  • La protéine de 66 kDa produite chez le végétal a été comparée au noyau actif de la protéine bactérienne, et les deux se sont révélés semblables quant à leur poids moléculaire et à leur immunoréactivité. La protéine n'est pas glycosylée et affiche une activité biologique et une spécificité (gamme d'hôtes) semblables à celles de la protéine bactérienne.

2. Tolérance à l'herbicide glufosinate-ammonium

  • L'ingrédient actif du glufosinate-ammonium, la phosphinothricine (L-PPT), inhibe la glutamine synthétase, ce qui provoque l'accumulation de concentrations létales d'ammoniaque chez les plantes sensibles dans les quelques heures suivant l'application de l'herbicide.
  • Le gène bar de la tolérance à la phosphinothricine inséré dans le génome de la lignée DBT418 a été isolé chez un streptomycète aérobie commun dans le sol et code la phosphinothricine acétyltransférase (PAT). Cette enzyme détoxifie la phosphinothricine par acétylation et en fait un composé inactif. Elle présente à l'égard du substrat une spécificité extrêmement élevée : certaines données expérimentales montrent clairement que ni l'acide L-glutamique (analogue de la L-PPT), ni la D-PPT, ni aucun des acides aminés formant les protéines ne peuvent être acétylés par l'enzyme PAT.
  • Le gène est lié à un promoteur constitutif bien caractérisé. La gamme de concentrations moyennes de la protéine dans divers tissus de la plante s'établit comme suit :
    • Feuille (stade de la pollinisation) : 501,8 à 1099,4 µg de PAT par g de tissus secs
    • Tige (stade de la pollinisation) : 66 à 77 µg de PAT par g de tissus secs
    • Racine (stade de la pollinisation) : 27,5 à 69,5 µg de PAT par g de tissus secs
    • Amande : 3,1 à 6,0 µg de PAT par g de tissus secs
  • Aucune PAT n'a été détectée dans le pollen.
  • L'enzyme PAT produite par le végétal a été comparée à celle produite par la bactérie : les deux ont un poids moléculaire semblable. Il semble donc que la protéine n'a pas été glycosylée et n'a pas subi de modifications post-transcriptionnelles. De plus, la protéine PAT produite par la lignée DBT418 présente la même séquence d'acides aminés que la protéine bactérienne originale.
  • Des études ont révélé que l'enzyme se dégrade complètement en cinq minutes lorsqu'elle est soumise aux conditions qui règnent normalement dans l'estomac des mammifères. Elle est donc digérée comme toute protéine ordinaire du régime alimentaire.
  • La séquence nucléotidique du gène et la séquence des acides aminés de l'enzyme ont été fournies. La séquence nucléotidique ne présentait aucune homologie appréciable avec les toxines et les allergènes répertoriés dans la base de données du serveur réseau GENINFO-BLAST.

3. Méthode de mise au point

  • La lignée DBT418 résulte d'une co-transformation au moyen de trois plasmides vecteurs. Le premier plasmide était porteur du gène cry1A(c) synthétique, le deuxième était porteur du gène conférant la tolérance au glufosinate-ammonium, tandis que le troisième renfermait le gène pin II de la pomme de terre, inhibant les protéinases. Un gène conférant normalement une résistance à l'ampicilline, régulé par un promoteur bactérien, était également présent dans les vecteurs utilisés pour la transformation, mais ne s'est pas exprimé. Les trois plasmides vecteurs ont été introduits dans des cellules végétales mises en culture, par bombardement au moyen de microprojectiles. Les cellules ayant ainsi acquis une tolérance au glufosinate-ammonium ont été sélectionnées puis placées dans un milieu de culture tissulaire en vue de la régénération du végétal.

4. Stabilité de l'insertion dans le génome du végétal

  • Une analyse a montré que deux copies intactes du gène cry1A(c), une copie intacte du gène bar ainsi qu'une copie remaniée du gène bar se sont insérées dans le génome du végétal. Il y a également eu insertion de copies partielles du gène pin II ainsi que de l'intron 1 du gène adh (codant l'alcool déshydrogénase). On retrouvait enfin 4 copies intactes et une copie partielle du gène de la -lactamase ainsi que 4 copies intactes de l'origine de réplication Col E1. Le gène de la -lactamase ne s'exprime pas. Le gène pin II n'est pas fonctionnel et ne s'exprime pas.

IV. Critères d'évaluation de la sécurité environnementale

1. Possibilité que le VCN se comporte comme une mauvaise herbe pour l'agriculture ou envahisse des habitats naturels

Selon le document Dir94-11, décrivant la biologie du maïs (Zea mays), les sujets non modifiés de cette espèce n'envahissent pas les habitats sauvages au Canada. En effet, le maïs ne risque pas de se comporter en mauvaise herbe, en raison de caractères comme l'indéhiscence de l'épi, l'absence de dormance chez la graine et la capacité compétitive médiocre de la plantule. Selon les données fournies par la Dekalb, la lignée DBT418 et les hybrides qui en sont issus ne s'avèrent pas différents de leurs contreparties à cet égard.

L'ACIA a évalué les renseignements fournis par la Dekalb en ce qui concerne la biologie de reproduction et de survie des hybrides issus du maïs DBT418 et établi que la vigueur végétative, la précocité de maturation et le rendement grainier se situent à l'intérieur des gammes de valeurs observées chez les hybrides de maïs actuellement commercialisés. Par ailleurs, aucun gène conférant une tolérance au froid ou améliorant la rusticité hivernale n'a été inséré.

Aucun avantage compétitif n'a été conféré au maïs DBT418, outre la résistance à la pyrale du maïs et la tolérance au glufosinate-ammonium. La résistance à la pyrale ne peut en elle-même faire que la plante se comporte comme une mauvaise herbe ou devienne envahissante dans les milieux naturels, puisqu'aucun caractère ayant trait à la reproduction ou à la croissance n'a été modifié. Par ailleurs, si des plants spontanés de maïs tolérant le glufosinate-ammonium venaient à apparaître, ils seraient faciles à détruire par des méthodes mécaniques ou au moyen d'herbicides ayant un mode d'action différent.

NOTE : À plus long terme, l'adoption généralisée de plusieurs cultures différentes et de systèmes spécifiques de lutte contre les mauvaises herbes pourrait provoquer l'apparition de plants spontanés présentant une gamme de résistances nouvelles à divers herbicides, ce qui risque d'empêcher l'utilisation de ceux-ci dans certains cycles de rotation. Certaines variétés de canola (Brassica napus) modifiées de manière à présenter une tolérance au glufosinate-ammonium (DD95-02) ont récemment été enregistrées au Canada. Si du canola et du maïs tolérant le glufosinate-ammonium étaient cultivés en rotation, cet herbicide ne permettrait pas de détruire les plants spontanés. Le personnel de vulgarisation agricole des secteurs public et privé doit donc encourager le producteur qui utilise l'une ou l'autre de ces cultures tolérantes à choisir soigneusement ses méthodes de lutte.

À la lumière de ces considérations et du fait que les caractères nouveaux n'ont pas pour objet de rendre le maïs DBT418 nuisible ou envahissant, l'ACIA conclut que ce VCN ne risque pas plus de se comporter en mauvaise herbe ni de devenir envahissant que les variétés de maïs actuellement commercialisées.

2. Possibilités de flux génétique vers des espèces sauvages apparentées risquant de produire des hybrides se comportant davantage comme des mauvaises herbes ou possédant une plus grande capacité d'envahissement

Selon le document Dir94-11, décrivant la biologie du maïs, il n'existe au Canada aucune espèce apparentée s'hybridant naturellement avec le Zea mays.

En conséquence, l'ACIA conclut qu'un flux génétique depuis le maïs DBT418 vers des espèces sauvages apparentées ne peut se produire au Canada.

3. Possibilité que le VCN devienne nuisible

Les effets recherchés au moyen des deux caractères nouveaux n'ont aucun lien avec le fait que le VCN puisse devenir une mauvaise herbe, sans compter que le Zea mays n'est pas considéré comme une espèce nuisible au Canada (Dir94-11). De plus, les caractéristiques agronomiques observées chez les hybrides modifiés se situent à l'intérieur de la gamme des valeurs affichées par les hybrides de maïs déjà commercialisés. Les caractéristiques de croissance du maïs n'ont donc pas été modifiées par inadvertance. Les observations au champ n'ont permis de relever aucune modification de la sensibilité aux maladies et aux ravageurs, sauf à la pyrale du maïs.

L'ACIA estime par conséquent que la lignée DBT418 ne présente aucun risque accru de devenir un végétal nuisible.

4. Impact possible sur les organismes non visés

L'enzyme PAT, responsable de la tolérance au glufosinate-ammonium, a une activité très spécifique, ne présente aucune stabilité thermique ou protéolytique et n'aucune effet sur le métabolisme des végétaux. Les acétyltransférases sont d'ailleurs des enzymes communes chez les bactéries, les plantes et les animaux. Une recherche dans la base de données GENEBANK n'a permis de relever aucune homologie appréciable entre la PAT et les toxines et allergènes dont la séquence d'ADN est répertoriée dans cette base de données.

L'utilisation passée de la ð-endotoxine de B.t.k. d'origine bactérienne ainsi que les publications traitant du sujet montrent que cette substance n'est pas toxique pour les humains, pour les autres vertébrés ni pour les insectes utiles et que la protéine de B.t.k. produite par le maïs est équivalente à la protéine microbienne originale. Ces protéines n'agissent que sur certaines espèces de lépidoptères.

À partir des renseignements qui précèdent, l'ACIA établit que la dissémination en milieu ouvert du maïs DBT418, si on compare ce dernier aux maïs actuellement commercialisés, ne modifiera pas de façon appréciable l'impact du végétal sur les autres organismes (y compris l'être humain) ayant une interaction avec le Zea mays, sauf certaines espèces de lépidoptères.

5. Impact possible sur la biodiversité

Le maïs DBT418 ne possède pas de caractères phénotypiques nouveaux qui pourraient en étendre l'utilisation au-delà des zones maïsicoles canadiennes actuelles. Comme au Canada le maïs ne s'hybride avec aucune espèce sauvage apparentée, aucun caractère nouveau ne sera transféré dans les milieux sauvages.

En ce moment, l'emploi d'insecticides chimiques n'est pas recommandé au Canada contre la pyrale du maïs dans le cas du maïs-grain, parce que ces insecticides ne sont efficaces qu'au moment de l'émergence des chenilles, avant que celles-ci ne se rendent dans le verticille de la plante et pénètrent dans la tige. On ne considère donc pas rentable de mener une lutte chimique contre la pyrale dans le cas du maïs-grain, mais une telle lutte est recommandée dans le cas du maïs en épi, étant donné la valeur marchande supérieure de cette culture et la tolérance moindre du consommateur pour les épis endommagés par les insectes. Pour cette culture, les services provinciaux de vulgarisation recommandent actuellement les méthodes de lutte suivantes : semer des hybrides classiques sélectionnés pour leur résistance naturelle à la pyrale; éviter les densités de semis trop élevées, ne convenant pas à l'hybride choisi; semer tôt, afin de réduire les infestations de chenilles de la seconde génération; récolter tôt, afin de diminuer les pertes dues aux chutes d'épis et aux bris de tiges; pratiquer la rotation des cultures. Malgré la tendance actuelle à promouvoir pour le maïs des pratiques culturales antiérosives, on recommande toujours d'enfouir les résidus de récolte en automne, afin de détruire les chenilles qui pourraient survivre à l'hiver. Par conséquent, la culture du maïs DBT418 n'entraînera aucun changement global dans l'utilisation des insecticides chimiques pour le maïs-grain.

Note : En ce moment, on emploie au Canada très peu d'insecticides chimiques pour la culture du maïs-grain hybride. On recommande plutôt comme méthode de lutte la rotation des cultures. Le maïs-grain est donc cultivé en alternance avec le soja et avec d'autres végétaux. Cette méthode permet de perturber le cycle vital des insectes et des organismes pathogènes. Par exemple, le ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario recommande la rotation des cultures comme méthode de lutte contre la chrysomèle des racines du maïs et ne conseille l'application d'insecticides que dans les cas où la rotation n'est pas une solution réaliste, et uniquement pour la deuxième année de production de maïs. Contre les infestations de noctuelle, ce ministère ne recommande l'application d'insecticides que dans les parties de champ où l'activité des noctuelles est détectable.

L'ACIA en conclut que l'impact possible du maïs DBT418 sur la biodiversité est nul.

6. Possibilité que la pyrale du maïs acquière une résistance au VCN

La capacité des lépidoptères à acquérir une résistance aux insecticides chimiques classiques a été démontrée par de nombreuses études. Un insecticide foliaire à base de B.t.k. est actuellement homologué contre la pyrale du maïs pour la production de maïs-grain hybride. Un autre insecticide à base de B.t.k. est homologué contre la fausse-arpenteuse du chou (mais non la pyrale du maïs) s'attaquant au poivron, et cette culture est également ravagée par la pyrale. Or, une résistance aux protéines de B.t.k. risque d'apparaître chez ces insectes avec l'emploi plus généralisé des insecticides foliaires à base de B.t.k.; elle pourrait également apparaître chez des insectes sensibles exposés de façon prolongée à des maïs hybrides résistant à la pyrale.

Si la pyrale du maïs venait à acquérir une résistance aux protéines de B.t.k., les producteurs perdraient un outil de lutte utile contre les infestations de pyrale dans les cultures de maïs et, dans une moindre mesure, de poivron.

Le maïs DBT418 produit constamment des concentrations élevées de ð-endotoxine de B.t.k. dans ses feuilles, ce qui tue les chenilles de pyrale qui s'en nourrissent. Les insectes cibles sont donc exposés à des teneurs en protéines de B.t.k. bien supérieures à celles obtenues actuellement par pulvérisation foliaire, ce qui pourrait exercer une pression sélective intense en faveur des sujets résistants de l'espèce. Il est aujourd'hui reconnu que la pyrale du maïs se reproduit au Canada à raison de une ou plusieurs générations par année. Le nombre de ces générations survenant une année donnée dépend des conditions écologiques locales, notamment de la température et de la photopériode. L'apparition de populations de pyrales résistantes pourrait aussi augmenter dans les secteurs caractérisés par des générations multiples.

Un des volets de la stratégie de gestion de la résistance exigée pour la culture du maïs DBT418 pourrait consister à assurer la proximité de refuges exempts de pression de sélection, c'est-à-dire de champs de maïs non modifié où se maintiennent des populations d'insectes sensibles. Si des insectes résistants venaient à apparaître, ils pourraient s'accoupler avec les insectes sensibles, et la descendance, hétérozygote, devrait elle-même être sensible aux hybrides modifiés. La pyrale du maïs a d'ailleurs tendance à aller s'accoupler dans les secteurs herbeux voisins des champs de maïs, ce qui augmente la probabilité de rencontre entre partenaires résistants et sensibles. Au début, il y aura suffisamment de refuges non structurés, renfermant du maïs classique, pour retarder l'apparition d'insectes résistants. Cependant, si la superficie plantée de maïs résistant à la pyrale venait à dépasser celle occupée par des hybrides sans protéine de B.t.k., il faudrait appliquer une gestion rigoureuse visant à maintenir la culture d'hybrides classiques (aménagement de refuges structurés), afin d'assurer un nombre suffisant de refuges. Bien que la majorité des chercheurs conviennent de l'efficacité théorique de ces refuges, il restera très difficile de prédire l'étendue et la rapidité de l'apparition de la résistance tant qu'on n'aura pu valider sur le terrain la stratégie proposée. Il faudra donc soumettre les hybrides nouveaux à une gestion éclairée et surveiller les populations de pyrale de manière cohérente et régulière, afin de pouvoir détecter l'apparition de sujets résistants.

Il faudra aussi envisager la possibilité que des populations de pyrale ayant acquis une résistance aux protéines de B.t.k. produites par le maïs acquièrent en outre une résistance croisée à d'autres ð-endotoxines de B.t. Ce phénomène aurait pour effet de restreindre le nombre des protéines de B.t. pouvant servir à la lutte contre les infestations de pyrale.

Il convient enfin d'envisager l'apparition d'une résistance à la protéine Cry1A(c) chez les insectes ravageurs non visés, ce qui pourrait ensuite nuire à d'autres cultures. La légionnaire uniponctuée (Pseudaletia unipuncta), ravageur sporadique au Canada, se nourrit de maïs et d'autres cultures, dont les graminées fourragères (fléole, etc.), le blé, l'avoine et l'orge; le ver de l'épi de maïs (Helicoverpa zea) se nourrit des soies et jeunes épis du maïs (avant que le grain n'atteigne le stade pâteux). Or, en ce moment, les insecticides foliaires à base de B.t.k. ne sont pas homologués au Canada contre ces lépidoptères. Par conséquent, même si la légionnaire et le ver de l'épi venaient à acquérir une résistance, la lutte contre ces insectes ne serait pas compromise. L'ACIA estime donc que l'apparition d'une résistance chez des insectes ravageurs non visés risque peu d'avoir une incidence sur les méthodes de lutte classiques contre ces insectes.

L'ACIA estime également que des pratiques de gestion saines peuvent limiter et retarder l'apparition de populations résistantes de pyrale du maïs. Les populations de cette espèce doivent donc faire l'objet d'une surveillance régulière et cohérente permettant de détecter les cas de résistance. L'ACIA tient pour acquis que la Dekalb a élaboré et mettra en oeuvre un plan de gestion de la résistance des ravageurs comportant les éléments essentiels suivants :

  • La détection hâtive des populations résistantes revêt une importance extrême. Une surveillance étroite visant à détecter la présence éventuelle de telles populations dans les champs de maïs résistant à la pyrale ou dans les environs est par conséquent justifiée. Il faudra à cette fin élaborer des méthodes adéquates : observation visuelle des champs, épreuves biologiques en laboratoire, calendriers de rapports, éducation des producteurs, imposition de mesures en cas d'apparition de résistance, etc.
  • La Dekalb devra aussi mettre au point des outils de formation et les fournir à tous les producteurs, gestionnaires de district et responsables au champ : renseignements sur la performance des produits et la gestion de la résistance; méthodes et calendriers de surveillance; protocoles de détection des pyrales résistantes; instructions quant à la nécessité de communiquer avec la Dekalb et aux stratégies à adopter en cas de dégâts anormalement élevés imputables à la pyrale.
  • La Dekalb devra avoir préparé une procédure d'intervention pour les cas où on lui signalerait de tels dégâts. Cette procédure comprendra, si les circonstances l'exigent, le prélèvement de tissus végétaux et de pyrales, le recours à des épreuves biologiques permettant d'évaluer les cas présumés de résistance à la protéine Cry1A(c), ainsi que l'application immédiate de mesures de lutte contre les sujets résistants.
  • La détection d'une population de pyrale dont la résistance est confirmée devra être immédiatement signalée à l'ACIA. Il faudra aussi communiquer à l'ACIA le plan d'intervention adopté.
  • Il faudra promouvoir des pratiques de lutte intégrée, comme la prévision des infestations à partir des données des saisons antérieures, et la rotation des cultures.
  • On n'a pas encore évalué sur le terrain, sur une grande échelle, la stratégie de gestion de la résistance de la pyrale consistant à planter des végétaux qui produisent continuellement de fortes concentrations d'une ð-endotoxine de B.t.k. et à aménager des refuges. Les recherches se poursuivront dans ce domaine, en fonction de critères scientifiques rigoureux.
  • Tous les plans, toute l'information et toutes les données qui précèdent doivent pouvoir être communiqués à l'ACIA sur demande.
  • De plus, l'ACIA a fortement incité la Dekalb à mettre au point contre la pyrale du maïs des systèmes de lutte nouveaux qui feraient appel à d'autres modes d'action. Ainsi, les producteurs seraient mieux armés pour lutter contre ce ravageur.

Si jamais la Dekalb prenait connaissance d'un risque pour l'environnement, pour l'agriculture (apparition de populations résistantes de pyrale, etc.) ou pour la santé des humains ou des animaux, lequel risque découlerait de la dissémination du matériel visé au Canada ou à l'étranger, la Dekalb transmettrait immédiatement cette information à l'ACIA. À la lumière de ces faits nouveaux, l'ACIA pourrait réévaluer l'incidence possible de la dissémination proposée et, s'il y a lieu, révoquer sa décision.

V. Critères d'évaluation nutritionnelle en vue de l'utilisation comme aliment du bétail

1. Composition nutritionnelle du VCN

On a comparé chaque lignée transformée à sa contrepartie non modifiée, quant à la teneur des grains et des plantes entières en protéines, en lipides et en fibres. Tant pour les grains que pour les plantes entières, on a occasionnellement observé des différences significatives, mais il n'existait aucun ensemble cohérent de différences par rapport aux témoins pour aucun des nutriments considérés. D'ailleurs, de telles différences sont fréquentes lorsque l'on fait des comparaisons entre les nombreuses variétés de maïs-grain hybride cultivées au Canada.

Le grain et la plante entière du VCN avaient des teneurs en protéines, en lipides et en fibres qui se situaient dans les limites déjà mentionnées pour le maïs dans les publications scientifiques. Les variations précitées ont été jugées normales et non imputables à l'insertion des caractères nouveaux. L'ACIA estime donc que la lignée DBT418 est essentiellement équivalente aux variétés classiques de maïs.

2. Facteurs antinutritionnels

On ne relève chez l'espèce Zea mays aucun cas de production de facteur antinutritionnel, et on ne croit pas que la transformation qui caractérise le maïs DBT418 puisse induire la synthèse de tels facteurs.

VI. Décision réglementaire

Après examen des données et des renseignements présentés par la Dekalb et après comparaison de la lignée DBT418 avec des contreparties non modifiées de Zea mays, le Bureau de biotechnologie végétale de la Division de la santé et de la production des végétaux de l'ACIA conclut que les gènes nouveaux et les caractères correspondants ne confèrent à ce végétal aucune caractéristique qui pourrait avoir une incidence environnementale, intentionnelle ou non, si le VCN était disséminé en milieu ouvert. La Dekalb a élaboré et mettra en oeuvre un plan de gestion de la résistance.

Après examen des données soumises, la Section des aliments du bétail de la Division de la santé des animaux et de l'élevage conclut que les caractères nouveaux ne soulèvent en soi aucune crainte quant à l'innocuité ou à la composition nutritionnelle du maïs DBT418. Le maïs-grain, ses sous-produits et l'huile de maïs figurent actuellement à l'Annexe IV du Règlement sur les aliments du bétail. Leur utilisation est donc approuvée pour l'alimentation du bétail au Canada. Les maïs hybrides résistant à la pyrale se sont avérés, après évaluation, essentiellement équivalents aux variétés classiques de maïs. Le DBT418 et ses sous-produits sont donc considérés comme conformes à la définition actuelle d'ingrédient, et leur utilisation en cette qualité dans les aliments du bétail est approuvée au Canada.

La dissémination en milieu ouvert de la lignée de maïs DBT418, y compris son utilisation comme aliment du bétail, est par conséquent autorisée. Toute autre lignée et tout hybride intraspécifique de Zea mays qui seraient issus de la même transformation, ainsi que tous leurs descendants, peuvent également être disséminés, pourvu qu'aucun croisement interspécifique ne soit réalisé, que l'utilisation prévue soit semblable, que les exigences décrites dans le présent document en matière de gestion de la résistance des ravageurs soient respectées et qu'une caractérisation approfondie ait démontré que ces végétaux ne présentent aucun autre caractère nouveau et que les lignées qui en résultent sont essentiellement équivalentes aux variétés de maïs déjà cultivées, quant à leur impact possible sur l'environnement et à leur sûreté comme aliments du bétail.

Document publié par la Division de la production et de la protection des végétaux et de la Division de la santé des animaux et production. Pour de plus amples renseignements, communiquer avec le Bureau de la biosécurité végétale ou la Section des aliments du bétail :

Bureau de la biosécurité végétale
Division de la production et de la protection des végétaux
Agence canadienne d'inspection des aliments 59, promenade Camelot
Nepean (Ontario) K1A 0Y9

Date de modification :