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Rapport d'enquête sur l'éclosion d'influenza aviaire en Colombie-Britannique, 2014
3. Aperçu de l'éclosion

3.1. Détection initiale

Le 1er décembre 2014, le vétérinaire en chef (VC) du Canada a été avisé par le VC de la Colombie Britannique de deux exploitations soupçonnées d'être infectées par l'IADO: un reproducteur de poulets à griller de Chilliwack (lieu contaminé 1) et un éleveur commercial de dindons d'Abbotsford (lieu contaminé 2).

L'analyse préliminaire des échantillons des deux exploitations (LC1 et LC2) au CSA-BCMAGRI, à Abbotsford, a confirmé la présence d'influenza aviaire H5. L'ACIA a immédiatement imposé la quarantaine aux deux exploitations contaminées.

Le 2 décembre 2014, l'ACIA a établi un poste de commandement du lieu d'incident (PCI) au bureau de santé animale du district, à Abbotsford, en Colombie-Britannique.

La quarantaine officielle interdisait tout déplacement de volailles et de produits et sous-produits de la volaille sur les exploitations et à partir des exploitations. Les exploitations situées dans un rayon de 10 km des lieux contaminés (LC) ont été répertoriées grâce au programme provincial de recensement des établissements.

Les 2 et 3 décembre, le personnel de l'ACIA a prélevé des échantillons supplémentaires aux LC 1 et 2 afin d'émettre un diagnostic, conformément au Plan spécifiquement lié aux risques (PSR) pour l'IADO. Le 3 décembre 2014, du sang, des tissus et des échantillons prélevés à l'aide d'écouvillons, provenant d'oiseaux des LC 1 et 2, ont été envoyés au Centre national des maladies animales exotiques (CNMAE) aux fins d'analyse de confirmation.

Le 4 décembre, à la lumière du séquencement partiel du virus, le CNMAE a confirmé que la souche associée à l'éclosion était bien une influenza aviaire hautement pathogène de type H5N2.

En collaboration avec la Colombie-Britannique, l'ACIA a activé un centre conjoint des opérations d'urgence (CCOU), partageant ses locaux avec un poste de commandement du lieu d'incident (PCI) au bureau de district d'Abbotsford. Un centre national des opérations d'urgence (CNOU) a également été activé à Ottawa, en Ontario.

3.2. Résultats du lieu contaminé 1

Ce reproducteur de poulets à grilles situé près de Chilliwack, C.-B., élève des poulets en plusieurs phases de leur cycle de vie. Il comporte cinq granges logeant le nombre d'oiseaux suivant :

  • La grange 1 (G1) logeait 7 000 poules et 1 000 coqs âgés de 25 semaines.
  • La grange 2 (G2) logeait 4 500 poules et 300 coqs âgés de 51 semaines.
  • Les granges 3 à 5 étaient vides.

Le vendredi 28 novembre 2014, le propriétaire a trouvé 16 oiseaux morts dans la G1. Tous étaient de jeunes coqs supplémentaires, et étaient destinés à la revente à d'autres producteurs. Le samedi 29 novembre, le propriétaire a trouvé 30 oiseaux morts dans la G1 et a commencé à s'en inquiéter.

Le dimanche matin 30 novembre, l'éleveur a trouvé 88 oiseaux morts et a communiqué avec son vétérinaire. Il a présenté dix carcasses aux fins d'autopsie, et incinéré toutes les autres carcasses sur place. L'autopsie a été non concluante; la pathologie clinique n'a relevé que des signes de maladie non spécifiques, dont des œdèmes faciaux, de la conjonctivite, et une congestion de la trachée et des poumons.

Le 1er décembre, le producteur a trouvé environ 450 oiseaux morts dans la G1 lors de sa visite du matin. Il a transféré ces oiseaux à une grange vide et les a immobilisés sous une bâche épaisse. À l'aide d'écouvillons, le vétérinaire privé a prélevé des échantillons de la trachée et du cloaque d'oiseaux vivants de la G1 pour les envoyer au CSA-BCMAGRI. Les échantillons de tissus prélevés lors de l'autopsie de la veille ont également été présentés au CSA-BCMAGRI.

Le jour même (1er décembre), à la suite d'une épreuve d'amplification en chaîne par polymérase (épreuve PCR), le CSA-BCMAGRI a déclaré la présence de H5 et de lésions macroscopiques compatibles avec l'IADO. L'ACIA a avisé le propriétaire du résultat préliminaire positif. Une quarantaine officielle a été imposée à l'exploitation le soir même.

Des enquêtes épidémiologiques sur le terrain ont déterminé que le virus d'IAHP isolé au LC1 provenait probablement d'une exposition indirecte à un réservoir d'oiseaux sauvages et à une contamination environnementale locale. Des canards avaient été vus à proximité de l'exploitation. Les conditions météorologiques auraient pu faire augmenter le nombre d'oiseaux aquatiques et de rongeurs sauvages en quête d'un abri, ce qui rend plus probable la transmission du virus d'IA par ces animaux. De plus, des oiseaux aquatiques sauvages ont été observés dans le fossé de drainage de l'exploitation. Les propriétaires étaient absents du 4 au 20 novembre, ce qui a peut-être mené à un relâchement des mesures de biosécurité par les employés.

L'enquête de retraçage des déplacements a relevé deux exploitations à risque élevé de contact dans la ville d'Abbotsford. Ces deux exploitations (LC3 et LC4) ont reçu de jeunes coqs du LC1 les 28 et 27 novembre, lesquels ont manifesté des symptômes les 3 et 2 décembre. Les deux exploitations ont été mises en quarantaine et échantillonnées le 3 décembre.

3.3. Résultats du lieu contaminé 2

Cet éleveur commercial de dindons situé près d'Abbotsford, en C.-B., comporte trois granges logeant le nombre d'oiseaux suivants, classés par âge :

  • G1 : 11 000 mâles et 3 000 femelles, âgés de 2 semaines
  • G2 : 3 000 femelles, âgées de 12 semaines
  • G3 : 11 000 mâles, âgés de 12 semaines

Le premier signe clinique relevé était une baisse de la consommation en eau dans la G3, le 26 novembre, suivie d'une hausse de la mortalité au cours des jours suivants, et d'une mortalité très élevée le 1er décembre.

  • 27 novembre : 18 mâles morts
  • 1er décembre : de 60 à 70 p. cent des mâles morts
  • 3 décembre : presque tous les oiseaux de la G3 morts

Le 28 novembre, l'exploitant a communiqué avec son vétérinaire privé. Celui-ci a uniquement visité la G3, et a trouvé les oiseaux vifs, alertes et réactifs. Il a autopsié sur place cinq oiseaux morts et un oiseau malade. La trachée et les poumons paraissaient normaux, mais le vétérinaire a constaté de la splénomégalie et une possible péricardite. La cavité abdominale contenait du sang. Soupçonnant une infection bactérienne, le vétérinaire a fourni des antibiotiques au propriétaire.

Le 1er décembre, en raison de la hausse fulgurante des mortalités, le vétérinaire est revenu à l'exploitation pour prélever des échantillons. Six carcasses et trois séries d'écouvillons ont été envoyées au CSA-BCMAGRI. Les résultats provisoires ont révélé de l'IADO de type H5, et l'exploitation a été mise en quarantaine officielle le jour même. Le 4 décembre, la mortalité des oiseaux de la G2 a commencé à augmenter.

Une enquête épidémiologique détaillée n'a relevé aucun lien direct entre le LC1 et le LC2 : chacun élevait des types d'oiseaux différents, et ils n'avaient en commun aucun personnel, équipement, couvoir, fournisseur d'aliments ou vétérinaire.

Comme pour le LC1, on estime probable que le LC2 ait été exposé au virus de l'IAHP par contact indirect avec des oiseaux sauvages contaminés. On juge peu probable que le virus se soit propagé à partir de ce lieu contaminé, car peu de circulation a eu lieu à destination ou en provenance de cette exploitation.

3.4. Résultats du laboratoire

Le séquençage du virus H5N2 contenu dans les échantillons de volaille des installations infectées, et l'analyse des résultats, ont indiqué qu'il s'agissait d'un virus réassorti. Le génome de tous les virus de l'influenza A comprend huit segments de gènes ARN, dont les gènes hémagglutinine (H) et neuraminidase (N); H est le principal segment de gène qui détermine la pathogénicité. L'analyse de la séquence permet de diviser globalement les virus d'influenza aviaire en deux lignées : la lignée eurasienne (Europe et Asie) et la lignée nord-américaine. Le nouveau virus H5N2 détecté en Colombie-Britannique contient cinq des huit segments de gènes du virus eurasien H5N8 hautement pathogène, y compris le gène H5, et trois des huit segments des virus nord-américains typiques, dont le gène N2 (originaire des oiseaux sauvages). C'est la première fois qu'un virus d'influenza aviaire hautement pathogène de lignée eurasienne H5 est la cause d'éclosions d'influenza aviaire chez les volailles domestiques en Amérique du Nord. De plus, il semble que ce virus réassorti constitué de segments des virus d'influenza aviaire eurasiens et nord-américains n'a jamais été observé auparavant, bien que chacun des huit segments de gènes aient été identifiés en Europe, en Asie ou en Amérique du Nord.

3.5. Progression et propagation de l'éclosion

Au total, 11 opérations commerciales (trois éleveurs de dindons, un pondeur d'œufs de table et sept reproducteurs de poulets à griller) et un éleveur non commercial d'oiseaux divers ont été infectés du virus H5N2. Ces exploitations étaient groupées en trois zones distinctes.

Pour trois exploitations, il a été possible de déterminer le mode et l'origine de la contamination : le LC3 et le LC4 ont été infectés par des mâles obtenus du LC1 au moment où celui-ci était touché par la maladie. Le LC6 a été contaminé par le LC5 parce que les deux lieux ont partagé du personnel responsable de l'attrapage et étaient situés à proximité l'un de l'autre, séparés uniquement par la voie d'accès privée de l'exploitation. Pour les autres LC, il a été impossible d'établir lien avec une autre exploitation pouvant laisser croire à un certain mode de transmission du virus.

La période d'incubation à la suite du déplacement des oiseaux infectés a été estimée à quatre ou cinq jours. Pour toutes les autres enquêtes visant à déterminer le mode de contamination d'un LC, nous avons utilisé une estimation de sept jours. Cela se fonde sur le fait que la durée de la période d'incubation dépend de la dose et de la source d'exposition. On croit que le contact direct d'un oiseau avec un oiseau infecté exposerait le premier à une dose plus élevée que le contact indirect, par exemple la présence d'un fournisseur de services contaminé (PSR-IADO).

La hausse de la mortalité est le principal signe clinique constaté chez toutes les bandes infectées. D'autres signes comprennent une baisse de la production des œufs et de la consommation en eau. Il s'écoule généralement entre zéro et quatre jours – en moyenne, 1,4 jour – entre l'apparition des signes cliniques et leur détection. Ce délai a diminué au cours de l'éclosion, ce qui fait foi du succès des activités de surveillance et de retraçage.

Le tableau suivant décrit les étapes de l'éclosion pour chaque lieu contaminé.

Tableau 1 : Description des étapes de l'éclosion d'IAHP de 2014-2015 en Colombie-Britannique pour chaque lieu contaminé

LC no Lieu Type Nombre d'oiseaux dans la grange Détection (H5) Note de tableau 1 Achèvement de la destruction Élimination (traitement thermique biologique) Achèvement du nettoyage et désinfection Levée de la quarantaine
1 Chilliwack Reproducteur de poulets à griller 13 000 1er déc. 5 déc. 8 janv. 13 fév. 7 mars
2 Abbotsford Dindons 28 000 1er déc. 6 déc. 3 janv. 10 fév. 5 mars
3 Abbotsford Reproducteur de poulets à griller 14 000 3 déc. 7 déc. 28 déc. 16 janv.. 7 fév.
4 Abbotsford Reproducteur de poulets à griller 27 000 2 déc. 8 déc. 6 janv. 28 janv. 19 fév.
5 Abbotsford Dindons 30 000 6 déc. 10 déc. 26 déc. 13 janv. 4 fév.
6 Abbotsford Dindons 30 000 9 déc. 11 déc. 27 déc. 16 janv. 7 fév.
7 Abbotsford Reproducteur de poulets à griller 18 000 10 déc. 13 déc. 15 janv. 13 fév. 7 mars
8 Abbotsford Reproducteur de poulets à griller 9 000 10 déc. 13 déc. 3 janv. 17 janv. 9 fév.
9 Abbotsford Reproducteur de poulets à griller 6 000 10 déc. 14 déc. 6 janv. 21 janv. 12 fév.
10 Langley Pondeur d'œufs de table 53 000 13 déc. 16 déc. 24 janv. 3 mars 25 mars
11 Langley Reproducteur de poulets à griller 12 000 17 déc. 19 déc. 12 janv. 3 fév. 25 fév.
NC-01 Aldergrove Volaille non commerciale 85 19 déc. 20 déc. Effectué au LC11 21 fév. 15 mars
NC-02 Chilliwack Volaille non commerciale 95 2 fév. 3 fév. 6 fév. 19 fév. 13 mars

Notes de tableau

Note de tableau 1

Correspond à la date où une épreuve de réaction en chaîne de la polymérase (épreuve PCR) a obtenu des résultats non négatifs pour la souche H5.

Retour à la référence de la note de tableau 1

3.6. Conclusion de l'éclosion

Le 9 janvier 2015, le CNOU a été désactivé. Le PCI et le CCOU d'Abbotsford sont demeurés en activité pour appuyer les dernières activités sur le terrain nécessaires à la levée de la quarantaine et pour assurer la surveillance post-éclosion.

Le 2 février 2015, l'IAHP a été détectée dans une deuxième exploitation non commerciale d'environ 100 oiseaux (poules pondeuses). Le 7 février, le séquencement a déterminé que le virus était de type H5N1. L'enquête suggère une contamination isolée, probablement originaire d'oiseaux sauvages. Les lieux ont été mis en quarantaine le 2 février 2015 et les oiseaux ont été détruits le jour suivant. Le nettoyage et la désinfection ont été terminés le 19 février 2015.

Le 3 juin 2015, conformément à l'article 10.4.3.1 du Code sanitaire pour les animaux terrestres de l'OIE, la province de Colombie-Britannique a regagné son statut exempt de maladie en ce qui concerne l'influenza aviaire. L'OIE en a été avisée le 8 juin 2015.

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