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Adelges tsugae (Puceron lanigère de la pruche) - Fiche de renseignements

Le puceron lanigère de la pruche est un insecte semblable à un puceron qui s'attaque aux pruches et qui les tue. Ses ovisacs, qui ressemblent à des tampons d'ouate ou à des mottes de neige, se trouvent à la base des aiguilles. Le puceron se propage par le vent, par les animaux et par le déplacement par l'humain de produits de pépinière, de billes et d'autres produits du bois, dont le bois de chauffage.

Contexte

Le puceron lanigère de la pruche (nom scientifique Adelges tsugae) a été signalé pour la première fois en Virginie, dans l'est des États-Unis en 1951 où il a probablement été introduit par l'intermédiaire de matériel de pépinière infesté provenant du Japon. On trouve maintenant le puceron lanigère de la pruche dans l'est des États-Unis, depuis le nord de la Géorgie jusqu'à la côte du Maine et le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Des populations à courte durée de vie ont été repérées et éliminées en Ontario. L'espèce est également présente dans l'ouest de l'Amérique du Nord, y compris au Canada, où elle est vraisemblablement présente depuis des milliers d'années. On trouve aussi le puceron lanigère de la pruche en Asie, où il ne cause pas de dégâts particulièrement graves étant donné que ses populations sont limitées par des ennemis naturels (prédateurs et parasitoïdes) ainsi que par la résistance des hôtes.

Les dommages causés à la pruche de l'Ouest (nom scientifique Tsuga heterophylla) en Colombie-Britannique sont mineurs jusqu'à présent, ce qui est également dû à l'action combinée de la présence d'ennemis naturels et de la résistance des hôtes. Par contre, les infestations du ravageur touchant la pruche du Canada (Tsuga canadensis) et la pruche de la Caroline (Tsuga caroliniana) dans l'est des États-Unis ont entraîné des taux considérables de mortalité d'arbres, détruisant même des forêts entières. Les arbres sont vulnérables aux attaques du puceron lanigère de la pruche, peu importe leur taille et leur âge, et la présence de ce ravageur menace l'existence des deux espèces de pruches à de nombreux endroits.

Carte de phytoravageur - Puceron lanigère de la pruche

Hôtes

Les espèces d'arbres attaquées par le puceron lanigère de la pruche sont les suivantes :

Répartition

Le puceron lanigère de la pruche est actuellement présent en/au(x) :

Biologie

En Amérique du Nord, le puceron lanigère de la pruche est parthénogénétique, ce qui signifie que l'espèce ne compte que des femelles et se reproduit sans l'intervention de mâles. On compte deux générations par année, dont le nom, le comportement et l'aspect sont différents. La première génération, appelée sistens, éclot à la fin du printemps, est dépourvue d'ailes, vit durant l'été et hiverne. Elle survit environ neuf mois au total. L'autre génération, appelée progrediens, éclot au début du printemps et comprend à la fois des individus non ailés et des individus ailés (qui sont appelés sexupares). Cette génération survit environ trois mois.

Les sexupares s'envolent des pruches à la recherche d'une espèce d'épinette (Picea) où déposer leurs œufs. Les sexupares produisent habituellement des mâles et des femelles, mais on croit qu'ils ne peuvent trouver d'hôte approprié où pondre leurs œufs, car celui qu'ils cherchent n'existe pas en Amérique du Nord. Les sexupares meurent avant de pouvoir se reproduire par voie sexuée. L'absence de génération ailée efficace signifie que l'espèce ne peut se déplacer seule d'une région à l'autre et doit être transportée (par le vent, des animaux ou des humains). Le puceron lanigère de la pruche possède un cycle vital qui lui permet d'accroître sa population en peu de temps, ce qui l'aide à se propager rapidement.

Peu après l'éclosion des œufs sistens, les larves du premier stade se déplacent jusqu'à la base des aiguilles et cessent immédiatement d'être actives. Elles demeurent en dormance tout l'été (cette période de dormance est appelée « estivation »). Lorsque la température baisse à l'automne, les larves interrompent leur estivation; elles commencent à se nourrir et se développent durant tout l'hiver lorsque les températures sont modérées. Les adultes commencent à pondre des œufs au début du printemps, ou même plus tôt dans les régions plus chaudes, comme le sud des États-Unis.

À la fin de l'automne et au début du printemps, peu d'ennemis naturels sont actifs, et les pruches produisent de grandes quantités de glucides et d'acides aminés offrant une bonne source nutritive aux pucerons qui se nourrissent sur les aiguilles, ce qui entraîne un taux élevé de production d'œufs. Une femelle sistens pond habituellement entre 50 et 175 œufs (jusqu'à concurrence de 300). Les progrediens pondent moins d'œufs, généralement entre 25 et 125, mais leur descendance se développe rapidement après l'éclosion. La production d'œufs au début du printemps puis au début de l'été a un effet multiplicateur sur la population, qui croît très rapidement en l'absence d'ennemis naturels ou d'autres facteurs.

La forme de puceron lanigère de la pruche qui est présente dans l'ouest de l'Amérique du Nord forme une lignée distincte de celle de la forme présente dans l'est, et est probablement endémique, et non exotique. Les espèces de pruche de l'ouest sont tolérantes à la présence et aux prélèvements alimentaires du biotype de l'ouest du puceron lanigère de la pruche, dont les ennemis naturels contribuent à limiter les populations. Le puceron lanigère de la pruche présent dans l'est de l'Amérique du Nord proviendrait d'une lignée vivant principalement sur la pruche de Siebold (Tsuga sieboldii) dans les régions de faible altitude du sud du Japon. Les forestiers de l'ouest de l'Amérique du Nord craignent l'introduction potentielle dans l'ouest du biotype de l'est du puceron lanigère de la pruche, car on ignore si les arbres en mourront autant que dans l'est des États-Unis.

Détection et identification

Symptômes

Identification

La figure 1, montre des niveaux variés de dépérissement et de mortalité dans le paysage. En s'alimentant, le puceron lanigère de la pruche entraîne la dessication des aiguilles et les arbres vont éventuellement avoir des reflets bleus verts avant que la mortalité survienne.
Figure 1 (photo : William Ciesla, Forest Health Management International)
La figure 2, montre des masses d'oeufs laineuses situées sur le revers des branches de pruche. Les larves rampantes immatures émergent des masses d'oeufs et s'établissent à la base des aiguilles de pruche sur le revers de la branche, où ils vont insérer leur stylet dans le tissu de la plante et commencer à s'alimenter.
Figure 2 (photo : Lorraine Graney, Bartlett Tree Experts)
La figure 3, montre un gros plan du puceron lanigère de la pruche adulte, couvert de filaments cireux blancs à apparence laineuse qui ressemblent à de petits noeuds de coton.
Figure 3 (photo : Lorraine Graney, Bartlett Tree Experts)
La figure 4, montre le signe le plus évident d'une infestation de pucerons lanigères de la pruche, avec les ovisacs blancs laineux situés à la base des aiguilles sur le revers de la branche de pruche.
Figure 4 (photo : Chris Evans, Illinois Wildlife Action Plan)

Conséquences

Aux États-Unis, des pans entiers de forêts de pruches ont été perdus. De nombreuses espèces d'oiseaux et d'autres espèces sauvages dépendent des pruches. Les pruches ombragent les cours d'eau des forêts en été, ce qui permet aux poissons d'eaux froides comme l'omble de fontaine de survivre, et offrent un abri aux cerfs et aux oiseaux en hiver.

Le bois de pruche est habituellement considéré comme un produit de créneau ou qui présente une importance à l'échelle locale seulement. Les arbres séquestrent cependant du carbone en poussant. La modification du cycle du carbone d'une forêt est une conséquence directe de la mortalité d'arbres à grande échelle. La perte de pruches peut également avoir des conséquences pour les propriétaires de chalets et de propriétés rurales qui ont beaucoup de pruches sur leurs terrains.

L'aire de répartition du puceron lanigère de la pruche vers le nord ne devrait pas englober la totalité de l'aire de répartition de la pruche au Canada, mais l'insecte est probablement capable de s'adapter au fil du temps et pourrait bien rattraper son hôte. Le changement climatique est également en cause dans l'expansion de l'insecte vers le nord. Les périodes de froid extrême devraient encore éliminer certaines populations, ou du moins affaiblir des populations locales, ce qui devrait ralentir la mortalité d'arbres dans la partie septentrionale de l'aire de répartition, mais les sécheresses et autres facteurs de stress pourraient précipiter la mort des arbres.

Avenir

Des lâchers expérimentaux de Pseudoscymnus tsugae, une toute petite coccinelle qui se nourrit spécifiquement de pucerons (pucerons introduits et indigènes [puceron lanigère du sapin et puceron de l'écorce du pin]), donnent des résultats prometteurs et pourraient offrir un moyen de lutte naturel contre le puceron lanigère de la pruche. Le Laricobius nigrinus est un autre coléoptère qui se nourrit de pucerons lanigères de la pruche dans l'ouest de l'Amérique du Nord et qui est étudié comme agent de lutte biologique. Certains coléoptères qui ne sont actuellement présents qu'en Asie font aussi l'objet d'essais en vue de déterminer s'ils pourraient être importés et relâchés en toute sécurité en Amérique du Nord. L'avenir de la lutte contre le puceron lanigère de la pruche reposera probablement à la fois sur le recours à des ennemis naturels et sur l'application de pesticides spécifiques en temps opportun – c'est ce qu'on appelle la lutte intégrée.

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